Critique La Nonne (The Nun)

La Nonne
A défaut d'être original, La Nonne se veut un bel hommage aux classiques du genre des années 50, mais avec une dimension horrifique exacerbée.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Thomas ARTEMNIAK

Critique du Film

L'univers de la série horrifique The Conjuring ne cesse de se développer. Après le succès du premier volet, une suite a été aussitôt mise en chantier, puis un premier spin-off a vu le jour concernant la poupée maléfique Annabelle, à laquelle il est fait allusion à plusieurs reprises dans le premier film. Le succès aidant, il y eut un préquel à Annabelle, la Création du Mal, qui revenait sur les circonstances de la création et de la malédiction de ce "drôle" de jouet. C'est maintenant au personnage de la Nonne, apparaissant dans le second volet de The Conjuring, d'obtenir les honneurs d'un film entier. Il faut avouer que ce personnage totalement terrifiant, avait le don de vous donner la chair de poule à chacune de ses apparitions. Les attentes étaient donc grandes pour les fans de la série, les producteurs promettant de livrer le film le plus terrifiant de tous les temps. Pour preuve, l'une de ses bandes-annonces avait même été retirée de certaines plateformes de vidéo après quelques heures de diffusion, car trop effrayante. Alors, le pari est-il réussi ? Cette Nonne vous fera-t-elle passer des nuits blanches ?

A défaut d'être original, La Nonne se veut un bel hommage aux classiques du genre des années 50, mais avec une dimension horrifique exacerbée.

Le scénario n'est que très classique: un cas de démonologie au sein d'un des couvents de la Roumanie des années 50, oblige le Vatican a y envoyer son meilleur exorciste et une jeune Soeur qui n'a pas encore prononcé ses voeux. Le couple de protagonistes composé du prêtre aguerri secondé par une jeune fille aux pouvoirs psychiques, mais sans expérience, n'est pas sans rappeler les duos d'un certain nombre de films de genre. Le réalisateur, Corin Hardy, ne cherche en effet pas à faire de l'inédit. Bien au contraire, son film est extrêmement référentiel, aussi bien dans ses personnages, que dans ses situations, ses décors ou encore ses éclairages. En effet, Hardy s'inspire très largement du cinéma d'horreur des années 50 et plus précisément de ces films gothiques que produisait le studio anglais de la Hammer.

Une véritable iconographie, une mise en lumière et un traitement du décor, faisaient de ses films d'horreur de véritables petits chefs-d'oeuvre baroques. Son réalisateur le plus illustre, auquel Hardy semble rendre hommage à chaque instant, Terence Fisher, a quasiment créé la bible cinématographique du studio anglais. Il a gravé dans le marbre les sacro-saintes règles du film d'horreur gothique.

La Nonne, à maintes reprises, utilise ses éléments caractéristiques. Il faut dire que les lieux mêmes du tournage ont été choisis en conséquence. Tout le film a été tourné en Roumanie et plus précisément en Transylvanie, province du comte Dracula, personnage récurrent des films de la Hammer. On y retrouve donc des forêts ténébreuses, des cimetières abandonnés et sans âge, une brume constante courant sur le sol, aussi bien en intérieur qu'en extérieur, des vieilles églises, un cloître qui tient plus de l'ancien château-fort médiéval que du couvent, des catacombes sombres et humides. Tout est fait pour nous transporter dans l'esthétique des films d'horreur des années 50 et l'on se surprend à éprouver un certain plaisir à retrouver tous ses bons vieux codes. Pour exemple, la lumière rouge, ultra kitsch, qui traverse le vitrail de l'église, réminiscence de l'époque, rappelle au spectateur que l'extérieur n'est pas plus sécurisant que l'intérieur.

L'éclairage et la photographie sont donc pour beaucoup dans la réussite du film. C'est un véritable huis clos, au sein d'un couvent immense et désert, où chaque pièce, chaque scène est éclairée à la lumière des bougies, comme Kubrick l'avait fait en son temps avec son Barry Lyndon. L'impression d'oppression n'en est que plus grande, et une bonne partie de la dimension horrifique vient de là, le couvent devenant un véritable personnage à part entière, un lieu détourné de sa fonction principale, un lieu passé de saint à maléfique, de rassurant à angoissant.

L'autre point fort du film, et qui a fait le succès de la série, est le refus des effets spéciaux numériques. Cela peut sembler un détail, mais pourtant trop de films de genre perdent de leur aura horrifique à cause de cela. Ici, les effets sont mécaniques, ils reposent sur des maquillages et des prothèses et cela fait toute la différence. Les quelques monstres qui apparaissent sont terrifiants car particulièrement crédibles, "palpables", ils sont réellement sur le plateau avec les acteurs. Enfin, la performance des acteurs et plus particulièrement des actrices est de grande qualité. Une mention spéciale pour Taissa Farmiga, jeune fille qui arrive à faire passer l'angoisse, la peur mais aussi le courage d'un simple regard. La petite soeur de Vera Farmiga (qui interprète Lorraine Warren dans la franchise) est une actrice au talent certain et dont le choix de casting ne peut pas être un hasard. L'avenir de la franchise The Conjuring nous le dira...

Et que dire de Bonnie Aarons, cette actrice au physique si spécial, qui prête ses traits à Valak, cette nonne démoniaque ? Chaque apparition de celle-ci glace les sangs et encore une fois, sa grande silhouette sombre, dégingandée et encapuchonnée, qui semble errer, habiter les couloirs sombres du couvent, rappelle immanquablement celle de Christopher Lee, éternel interprète du compte Dracula dans les productions Hammer. La boucle semble donc bouclée. La Nonne est un cri d'amour au film gothique, aux classiques de ce grand studio qu'a été la Hammer.

Alors certes, on peut reprocher à La Nonne sa tendance à avoir un peu trop recours aux jumpscares, qui sont toujours construits sur la même dynamique. C'est vrai, mais ces effets de manche faciles, n'en sont pas moins parfaitement exécutés, et même si le spectateur les sentira venir, il fera malgré tout de sacrés bonds. Il faut reconnaître que tout est fait ici pour vous faire sursauter, voire pour les plus sensibles, crier.

Hardy nous gratifie donc d'un film d'horreur classique et classieux, très référentiel, et qui joue sur les peurs ancrées par l'éducation judéo-chrétienne dans l'inconscient collectif: les religieuses, leur ordre, le couvent abandonnée, le bien, le mal, les démons...Tout cela fascine et terrorise à la fois. Au vu des chiffres de démarrage du film au box-office américain, le pari semble réussi. A défaut d'être original, La Nonne se veut un bel hommage aux classiques du genre des années 50, mais avec une dimension horrifique exacerbée. Vous aurez peur, vous aurez même très peur !!! Mais l'on en attendait pas moins d'un film de la franchise The Conjuring.

Informations

Détails du Film La Nonne (The Nun)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 97 '
Sortie 19/09/2018 Reprise -
Réalisateur Corin Hardy Compositeur Abel Korzeniowski
Casting Taissa Farmiga - Demian Bichir - Bonnie Aarons
Synopsis Quand on apprend le suicide d'une jeune nonne dans une abbaye roumaine, la stupéfaction est totale dans l'Église catholique. Le Vatican missionne aussitôt un prêtre au passé trouble et une novice pour mener l'enquête. Risquant leur vie, les deux ecclésiastiques doivent affronter une force maléfique qui bouscule leur foi et menace de détruire leur âme. Bientôt, l'abbaye est en proie à une lutte sans merci entre les vivants et les damnés…

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques