Critique Contes immoraux

Contes immoraux
Mettant en scène le libertinage à travers le temps, Walerian Borowczyk nous invite à explorer quatre contes: dans « La Marée » l'initiation d'une jeune fille à la fellation, dans « Thérèse philosophe » l'histoire de Thérèse, une adolescente...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

 

Image1Les Contes Immoraux de Borowczyk puisent aux sources de la petite – un article tiré de La Gazette du Dimanche pour Thérèse philosophe –  comme de la grande Histoire – Lucrezia Borgia – ainsi qu'aux récits (littéraires et de tradition orale) mettant en scène des personnages semi légendaires ou fictionnels – Elisabeth Bathory et le personnage d'André dans le cas de La Marée, adaptation d'une nouvelle d'André Pieyre de Mandiargues dont il a lui-même écrit le scénario –  faisant de Borowczyk un formidable compilateur, qui ont tous pour point commun de mettre en évidence l'universalité du pouvoir masculin sur les femmes et de s'adonner par la même occasion à une satire féroce da sa version tant politique que religieuse. La comtesse hongroise constituerait une exception, n'était que son lesbianisme l'apparente aux hommes en tant qu'elle prend pour objet de son désir des femmes et que son rang l'associe au pouvoir détenu par ces derniers dans la société. Satire féroce du pouvoir ecclésiastique et politique, le film se veut dans le même temps un hymne à la libération sexuelle de la femme, dont le désir fut violemment réprimé à travers les siècles ou considéré comme nul en regard de celui des hommes .

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Ce "recueil" de contes érotiques (qualificatif réducteur employé par la critique que réprouvait avec agacement Borowczyk et dont il ne parviendra jamais réellement à se débarrasser), au-delà de la diversité de ses sources, des époques, des lieux et des personnages représentés, tire donc toute sa cohérence d'une thématique commune explorée jusqu'à l'obsession par le cinéaste depuis ses débuts (cf. articles précédents), d'une esthétique aussi, comme nous le verrons. La femme subit la cruauté plus ou moins raffinée de son/ses geôlier(s), qui prend une forme différente en fonction du cadre spatio-temporel choisi et de la forme de pouvoir exercée. A tel point que les objets, essentiellement liturgiques, prennent le pas sur les personnages auxquels ils se substituent au sein du cadre qui les montre en gros plan: détournement à valeur satirique bien sûr de leur fonction première – la Bible en guise de boîte à gâteaux dans Lucrezia Borgia–  qui a pour pendant la réduction à l'état d'objet sexuel de la femme. Mais ce qui frappe, c'est, à chaque fois, le soin avec lequel le prédateur attire sa proie dans ses filets, employant plus ou moins grossièrement la ruse, à moins de faire montre de brutalité et d'autorité pour parvenir à ses fins – le pape Alexandre VI et son fils le Cardinal Cesare Borgia faisant "disparaître" manu militari Giovanni Sforza, le mari de Lucrèce, afin de s'adonner au plaisir sexuel avec son épouse.

Mais ce qui frappe, c'est, à chaque fois, le soin avec lequel le prédateur attire sa proie dans ses filets[...] qui tend à la mise en scène et qui fait du spectateur un voyeur à double titre: en tant que spectateur de cinéma à proprement parler d'une part [...] en tant que complice passif du dispositif piégeux dont il tire bénéfice d'autre part, puisqu'il jouit d'un spectacle dont il connaît par avance la nature érotique du contenu.  

Image3Soin qui tend à la mise en scène et qui fait du spectateur un voyeur à double titre: en tant que spectateur de cinéma à proprement parler d'une part (se reporter à la théorie qui conçoit la situation du spectateur de cinéma comme une répétition de la scène primitive chez l'enfant), en tant que complice passif du dispositif piégeux mis en place par les personnages masculins et/ou de pouvoir du film dont il tire bénéfice d'autre part, puisqu'il jouit d'un spectacle dont il connaît par avance la nature érotique du contenu. Borowczyk nous renvoie ainsi à notre propre condition d'homme, sans détours mais aussi sans complaisance. Car les personnages masculins n'ont pas le beau rôle, grotesques (les gros plans grimaçants du pape et de son cardinal de fils) et ridicules dans leur sentiment de toute puissance - ces contes ne sont pas tant immoraux que les personnages qui les peuplent. Ficelles de théâtre – parois amovibles à l'égal d'un panneau de décor dans Lucrezia Borgia – ou ruses dignes d'un roman comique – André qui coordonne son plan d'action en fonction des horaires de marée – cérémonial qui rappelle ceux des sacrifices humains perpétrés dans les civilisations précolombiennes – les soins donnés aux jeunes filles pauvres enlevées par la comtesse Bathory (corps débarrassés de leur crasse, huilés et parfumés) avant que d'être passées au fil de l'épée par son page afin de recueillir leur sang: André, le pape Alexandre, Bathory, apparaissent comme des doubles cruels et sans pitié du réalisateur qui met en scène ses personnages. Leitmotiv de l'œuvre de Borowczyk, celui de la claustration des femmes et du piège qui se referme sur elles (cf. Blanche enfermée dans son domaine, Glossia sur son île): Thérèse enfermée dans sa chambre, les jeunes filles pauvres réunies dans une salle luxueuse du château, Lucrèce dans une pièce du palais, et Julie "coincée" entre la falaise à laquelle elle est adossée et l'océan qui lui fait face.

Image4Les quatre tableaux de ce que Borowczyk lui-même considère comme un tétraptyque figurent comme autant d'exempla de la répression du désir et de la sexualité des femmes à travers les siècles – le symbole blasphématoire de Lucrèce allongée sur la croix en martyre de la condition féminine – c’est-à-dire qu'ils sont l'œuvre d'un moraliste au sens plein du terme qui étudie et analyse la société, en peint les caractères et en fustige les excès. Cependant qu'à travers la satire perce l'ironie grinçante de l'auteur: c'est la remarque déstabilisante de Juliette à André qui manifeste une reprise en main de sa sexualité, le détournement à des fins sexuelles par Thérèse d'objets liturgiques afin de satisfaire malgré tout son désir, le triomphe final du petit page féminin au service de la comtesse sur la tyrannie que celle-ci lui impose, et l'enfant nouveau-né issu des flancs de Lucrèce qui sourit au monde à venir. A la ruse des hommes s'oppose celle des femmes dans une lutte pour l'accession à leurs droits toujours d'actualité. Borowczyk: un cinéaste contemporain.

Informations

Détails du Film Contes immoraux
Origine France Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 22/02/2017 Reprise -
Réalisateur Walerian Borowczyk Compositeur Maurice Leroux
Casting Fabrice Luchini - Lisa Danvers - Charlotte Alexandra - Paloma Picasso
Synopsis Mettant en scène le libertinage à travers le temps, Walerian Borowczyk nous invite à explorer quatre contes: dans « La Marée » l'initiation d'une jeune fille à la fellation, dans « Thérèse philosophe » l'histoire de Thérèse, une adolescente rebelle, qui expérimente le plaisir solitaire avec une cucurbitacée, dans « Ersebet Bathory », une histoire centrée sur la comtesse Bathory et ses légendaires orgies sadomasochistes en compagnie de jeunes filles pauvres enlevées à leur famille, et dans « Lucrezia Borgia », les plaisirs incestueux d'une des familles les plus influentes de l'Italie du XVème siècle.

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