Critique Blanche

Blanche
Le roi s'invite chez un vieux châtelain qui garde jalousement sa jeune épouse, Blanche, enfermée dans les limites de son domaine. Son charme innocent opérant, ce dernier ainsi que son page vont immédiatement se laisser séduire et tout faire pour...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

La jeune et pure Blanche (Ligia Branice), mariée à un très vieux seigneur (Michel Simon) qui la garde jalousement en son château, vit un amour innocent et chaste avec son beau-fils Nicolas (issu d'un premier mariage du châtelain). Mais une visite inopinée du roi (George Wilson) va tout bouleverser, la jeune femme devenant dès lors la proie du désir concupiscent de celui-ci en même temps que de son page Bartolomeo (Jacques Perrin), au risque d'attiser le sentiment de jalousie de son seigneur d'époux.

Image1Blanche se présente comme une variation thématique à mettre en regard de son long-métrage précédent, Goto (voir la critique), tant on découvre de correspondances entre les deux. Une nouvelle fois, le personnage féminin du film se retrouve au centre de l'intrigue; une nouvelle fois il est interprété par Ligia Branice. Mais les deux films se répondent sur bien d'autres points encore plus essentiels. Ainsi, si l'histoire de Goto s'inscrivait dans un cadre spatio-temporel relativement abstrait – renvoyant allégoriquement aux vicissitudes de l'Histoire du XXème siècle – celle de Blanche se déroule dans un Moyen-Âge aux limites géographiques imprécises. Le tournage devant en effet se dérouler d'abord en Pologne, il eut finalement lieu en France pour des raisons d'ordre politique. En effet, le drame éponyme dont s'inspire Borowczyk, du poète romantique Juliusz Słowacki, met en scène le héros national ukrainien, commandant en chef de l'armée des cosaques du pays, Mazepa, qui inspira Byron et Victor Hugo. Le nationalisme véhiculé par sa figure légendaire – autant qu'historique – venant contredire la puissance hégémonique de l'Union Soviétique sur ses pays satellites. Borowczyk transpose donc l'intrigue du XVIIème siècle où vécut Mazepa à une époque antérieure. Ces déplacements dans l'espace et le temps – même dus à des circonstances extérieures à la dimension proprement créative de l'œuvre –  en dépit du soin apporté par le réalisateur à un certain réalisme (par le choix des décors auquel il préside, des costumes, et de pièces musicales d'époque, dont différents arrangements issus des Carmina Burana), témoignent de l'universalité du propos qu'il délivre.

Image2Blanche reprend ainsi un certain nombre de traits propres à l'art baroque et plus particulièrement au drame shakespearien. Débutant comme une comédie de mœurs légère – quiproquo (le roi, allant frapper la nuit à la porte de la chambre de Blanche, pris pour son page), relation dialectique maître-valet, "marivaudage" – l'histoire bascule insensiblement dans la tragédie, s'achevant par une hécatombe voyant la plupart des personnages mourir de façon violente. Poison, suicide, duel: Hamlet n'est pas loin. Mais la mise en relation de la soif de pouvoir des hommes avec leur folie destructrice associées au thème de l'amour rejoint les préoccupations du cinéaste affichées dans Goto. Encore une fois, la jeune femme innocente de l'histoire – à laquelle on peut difficilement reprocher de "tromper" son vieillard de mari avec un beau jeune homme de son âge, encore que cet amour ne soit pas consommé – se retrouve au centre d'un triangle d'hommes qui se disputent sa possession, quitte à mettre leur vie dans la balance. La métamorphose du vieillard, merveilleusement interprété par Michel Simon, d'époux tendre et bonhomme en dragon furieux et impitoyable, rappelle le double visage de Goto (Pierre Brasseur), et Blanche se fait le catalyseur d'une violence sauvage contenue tout au long de la première partie du film dont elle est, à l'instar de Glossia, la victime innocente. L'éclairage si particulier voulu par Borowczyk dont bénéficie son visage en gros plan – lumière crue et ombres en allongeant le contour – suggère d'ailleurs le caractère supra terrestre de son personnage en rupture avec l'animalité de tous les autres acteurs du drame. Un bestiaire symbolique évident rend compte de cette distribution des rôles: une colombe encagée pour Blanche, un singe (symbole de malice et de ruse) qui accompagne le roi. Le château isolé (les scènes extérieures du film furent tournées en Auvergne) au sommet d'une colline faisant office de cage dorée pour la jeune femme, comme l'île pour Glossia.

La rareté des mouvements de caméra – travellings accompagnant le déplacement des personnages – et l'absence de profondeur de champ sont caractéristiques d'un cinéaste issu du film d'animation:  le mouvement naît de l'intérieur du cadre plutôt que de la succession des plans, imprimant une durée interne propre à chacun et rendant à chaque scène son unicité

Image3Ici, comme dans Goto, les cadres formés par le décor (fenêtres et encadrements en tous genres) s'enchâssent entre eux et avec celui de la caméra, créant un sentiment d'oppression croissant dans la durée que viennent matérialiser l'alcôve emmurée et la cellule dans laquelle sera jetée Blanche. Tout le monde s'épie et tout le monde s'espionne (on repense à Goto observant aux jumelles le couple adultère dans ses ébats amoureux). Les décors ont d'ailleurs été méticuleusement dessinés par Borowczyk lui-même à partir de tableaux d'époque, tout comme les objets confectionnés par celui-ci, dont chacun joue un rôle à part entière: le missel contenant le poison, la crécelle du nain annonçant l'entrée du roi, ainsi que les objets liturgiques des moines accompagnant celui-ci et se transformant en armes blanches qui révèlent l'alliance du sabre et du goupillon. La rareté des mouvements de caméra – travellings accompagnant le déplacement des personnages – et l'absence de profondeur de champ sont caractéristiques d'un cinéaste issu du film d'animation:  le mouvement naît de l'intérieur du cadre plutôt que de la succession des plans, imprimant une durée interne propre à chacun et rendant à chaque scène son unicité. Pour autant la linéarité du récit n'est jamais rompue à l'exemple d'une tapisserie composée de tentures qui se succèdent les unes aux autres. Tandis que son sens original du cadrage attentif à chaque détail (la croupe d'un cheval, les pieds des duellistes) déplace l'attention du spectateur, associé à l'insertion de plans très brefs venant trancher dans la fluidité de leur enchaînement, créant un effet poétique vivifiant sur tout le film, proche de celui produit par les attractions chères à Eisenstein.

A l'image de son réalisateur, Blanche est un film hors du commun, façonné par un artisan génial à l'esprit aiguisé qui ne laissera pas insensible les cinéphiles avertis et les autres, curieux de découvrir un cinéma et un auteur injustement méconnu du grand public.

Informations

Détails du Film Blanche
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 92 '
Sortie 22/02/2017 Reprise -
Réalisateur Walerian Borowczyk Compositeur Christian Boissonnade
Casting Jacques Perrin - Michel Simon - Ligia Branice - Georges Wilson
Synopsis Le roi s'invite chez un vieux châtelain qui garde jalousement sa jeune épouse, Blanche, enfermée dans les limites de son domaine. Son charme innocent opérant, ce dernier ainsi que son page vont immédiatement se laisser séduire et tout faire pour la posséder. Au risque d'éveiller le dragon qui sommeille au fond du cœur du vieillard ...

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