Critique Un Grand voyage vers la nuit (Di qiu zui hou de ye wan)

Un Grand voyage vers la nuit
Un Grand Voyage vers la nuit demeure une sorte de prototype expérimental, l'exemple-même d'un film de festival qui cherche à impressionner ses spectateurs par ses partis pris de mise en scène, tout en laissant ses personnages sur le bas-côté de...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Beaucoup attendaient avec impatience Un Grand Voyage vers la nuit, le nouveau film de Bi Gan, dans l'espoir de voir surgir une relève du cinéma chinois grâce à ce potentiel successeur de Wong Kar-wai. Certains rêvaient même pour ce film d'une sélection en compétition, tant ils avaient été éblouis par Kalili Blues, premier film prometteur qui faisait se mélanger avec une certaine virtuosité rêves, souvenirs et traversée du vécu. Un Grand Voyage vers la nuit ne fut retenu que dans la section Un Certain Regard et ce qui pouvait apparaître comme une injustice s'est en fin de compte révélé relativement normal, Bi Gan ne confirmant qu'à moitié les promesses de son fulgurant premier film, en se laissant envahir par l'ennui et la prétention.   

Un Grand Voyage vers la nuit demeure une sorte de prototype expérimental, l'exemple-même d'un film de festival qui cherche à impressionner ses spectateurs par ses partis pris de mise en scène, tout en laissant ses personnages sur le bas-côté de la route.

Luo revient dans sa ville natale, Kalili, et ne sait plus si ce visage de femme qui le hante a réellement existé ou a peut-être été le fruit de ses rêves. Elle apparaît puis disparaît comme dans un songe. D'autres souvenirs l'assaillent comme celui de cet ami Wildcat, a priori assassiné, dont il revoit régulièrement la mère, propriétaire d'un salon de coiffure. On se croirait dans un roman de Chandler ou plus exactement dans ce film de Howard Hawks Le Grand Sommeil où on finit par ne plus savoir qui a tué qui. Certains évoqueront même Lynch et ses fictions où s'estompent les frontières entre réel et imaginaire. Néanmoins on se trouve beaucoup plus proche du Resnais de Marienbad car les bases narratives sont nettement plus mouvantes et fluctuantes que chez Lynch. On est sans cesse balancé entre la croyance et la distanciation, tant ce personnage féminin, pourtant joliment incarné par la ravissante Tang Wei, relève de la pure abstraction. Une fois sur deux, elle n'existe pas ou plutôt existe sans réellement exister, sans avoir de réelles conséquences sur le personnage masculin.

Ce film est ainsi assez proche d'une autre œuvre présentée au Festival de Cannes 2018, Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, et lui ressemble par son côté bancal et volontairement distancié, caractéristiques que les films de Lynch ne partagent pas, car ils sont bien davantage bâtis sur un objectif de croyance, même si, à première vue, les réalités s'interpénètrent et nous égarent quelque peu. A l'opposé des films de Lynch, malgré une certaine virtuosité et un évident sens du cadre, Un Grand Voyage vers la nuit se distingue par un côté chic et un peu toc. Le film est ainsi découpé en deux parties, tout d'abord, "Pavot", où le protagoniste explore les infinitésimales variations de ses souvenirs et de ses rêves, et "Mémoire" où, après être entré dans une salle de cinéma et avoir mis des lunettes 3D, il va tenter d'explorer les mille et un recoins de l'espace, cette partie donnant lieu à un plan-séquence d'une heure en 3D, performance technique dont Bi Gan est friand, Kalili Blues en présentant déjà un d'une quarantaine de minutes.

Sur le principe théorique, on ne peut rien reprocher à Bi Gan, excepté que ses idées peinent à s'incarner à l'écran, ce qui n'était jamais le cas chez Wong Kar-wai. Un Grand Voyage vers la nuit demeure une sorte de prototype expérimental, l'exemple-même d'un film de festival qui cherche à impressionner ses spectateurs par ses partis pris de mise en scène, tout en laissant ses personnages sur le bas-côté de la route. Certes, comme Bi Gan n'est pas n'importe qui, son film demeure d'une joliesse esthétisante très regardable mais au lieu de fasciner, ennuie en jouant l'épate plutôt que l'émotion.

Informations

Détails du Film Un Grand voyage vers la nuit (Di qiu zui hou de ye wan)
Origine Chine Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 22/08/2018 Reprise -
Réalisateur Bi Gan Compositeur
Casting Sylvia Chang - Tang Wei - Huang Jue
Synopsis Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Quiwen…

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