Critique Diamantino

Diamantino
En plaçant leur film au cœur du système misogyne du football et en lui opposant la douceur et l'hyper-sensibilité d'un footballeur, les réalisateurs Abrantes et Schmidt ont su exprimer une certaine vision du monde, joliment absurde et surréaliste

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

De tous les films du Festival de Cannes 2018, Diamantino a certainement le pitch le plus farfelu et improbable. Les réalisateurs Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt ont en effet décidé de raconter l'histoire du footballeur le plus adoré de la planète, un personnage plus ou moins calqué sur Cristiano Ronaldo, et d'en faire un ultra-sensible qui rêve de vivre entouré de bébés animaux et ne comprend pas la méchanceté de ce monde. Grand Prix de la Semaine de la Critique, le film étonne par ses idées loufoques et son sens du merveilleux, bien que n'étant pas exempt de défauts, surtout du côté du rythme de la mise en scène.

En plaçant leur film au cœur du système misogyne du football et en lui opposant la douceur et l'hyper-sensibilité d'un footballeur, les réalisateurs Abrantes et Schmidt ont su exprimer une certaine vision du monde, joliment absurde et surréaliste.

Diamantino est ainsi un grand bébé innocent qui a un don unique pour dribbler et marquer des buts mais tout s'enraie le jour du match le plus important de sa vie. Il manque le pénalty ultime et devient alors une star déchue. C'est le moment pour lui de se confronter à la cruauté du monde, entre usurpation de son compte en banque par ses deux sœurs traîtresses, problème des migrants, clonage fasciste de son enveloppe corporelle et manipulation génétique défectueuse...

On ne pourra reprocher aux metteurs en scène leur manque d'imagination car les idées les plus farfelues s'accumulent au fil des plans, Diamantino devenant une sorte d'Idiot dostoievskien qui essaie de sauver le monde par sa bonté, par exemple, en adoptant un réfugié africain, comme Madonna ou Mia Farrow. Le plan le plus symbolique de cette œuvre loufoque est ainsi celui de Diamantino se rêvant au milieu de chiots géants, dans un bain de mousse, comme dans une publicité pour un adoucissant. Descendu de son piédestal d'idole, Diamantino (excellent Carloto Cotti, déjà vu maintes fois chez Miguel Gomes) ne sert plus à rien et ne sait rien faire, constatant les ravages de la crise des migrants, de l'usurpation financière et des manipulations génétiques. Le film se permet un regard lucide mais relativement bienveillant envers ces fléaux, bien que le filmage, un peu trop sage, ne suive pas forcément cette effervescence scénaristique. 

Peu importe. En plaçant leur film au cœur du système misogyne du football et en lui opposant la douceur et la sensibilité d'un footballeur (même si sa sexualité ne se trouve pas véritablement traitée dans le film), les réalisateurs Abrantes et Schmidt ont su exprimer une certaine vision du monde, joliment absurde et surréaliste, pas très éloignée de celle d'Heureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher, autre film important de la sélection cannoise 2018. Une tentative drolatique de déconstruction de la masculinité toxique.

Informations

Détails du Film Diamantino
Origine Portugal - Brésil Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 92 '
Sortie 06/02/2019 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting
Synopsis Diamantino, icône absolue du football, est capable à lui seul de déjouer les défenses les plus redoutables. Alors qu’il joue le match le plus important de sa vie, son génie n’opère plus. Sa carrière est stoppée net, et la star déchue cherche un sens à sa vie. Commence alors une folle odyssée, où se confronteront néo-fascisme, crise des migrants, trafics génétiques délirants et quête effrénée de la perfection.

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