CRITIQUE 12 Years A Slave

12 Years A Slave

Critique du Film

Troisième réalisation de Steve McQueen, juste après Hunger et Shame, 12 Years a Slave nous plonge au cœur du sud des Etats-Unis d’avant-guerre de Sécession au sein d’une plantation qui verra un esclave affronter les exigences que cette vie lui impose pour retrouver sa liberté. Né en homme libre, le personnage de Salomon se retrouve malgré lui vendu à un maître tortionnaire. Le film nous conte comment un homme se bat pour ne pas perdre l’humanité qu’il a toujours connu.

Sujet évoqué au cinéma l’année dernière avec Le Majordome de Lee Daniels et Django Unchained de Quentin Tarantino, que peut-il bien se cacher derrière 12 Years a Slave que nous n’ayons déjà vu dans des œuvres du même type comme La Couleur des Sentiments ou La Couleur Pourpre ? Pas grand-chose à priori. Le film de McQueen, aussi sincère soit-il, laisse un goût bien trop familier dans la bouche pour qu’on daigne lui accorder autant d’éloges. 12 Years a Slave est malheureusement victime de sa propre démarche.

12 Years a Slave est malheureusement victime de sa propre démarche.

Absolument tout ce qu’il renferme a déjà été aperçu chez Spielberg et ses consorts. Il ne trouve pas d’écho intéressant (malgré quelques tentatives qui laissent espérer) aux alternatives qu’il pourrait laisser à son héros. Pensant, à juste titre, tenir un sujet fort entre les mains, McQueen ne prend pas le temps de développer toute la complexité de Salomon. Véritable mur en béton armé, on peine à percer les sentiments qui l’habitent, ce qui gâche l’intérêt que nous avons à suivre sa survie. Il ne se dévoilera véritablement à nous qu’en dernière demi-heure et c’est frustrant d’autant plus qu’Eijofor semble croire réellement en son rôle et le porte magnifiquement bien dans cette partie. C’est vraiment dommage puisque tous les seconds rôles qui l’épaulent ont un point d’ancrage important dans l’homme qu’il devient au cours de l’évolution du film. Le tout est trop lisse pour apporter une réelle richesse dans les propos que le film essaie de soulever.

Le tout est trop lisse pour apporter une réelle richesse dans les propos que le film essaie de soulever.

12 Years a Slave a beau s’offrir un casting vraiment accrocheur (Chiwetel Eijofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, Sarah Paulson, Paul Giamatti, Brad Pitt…), il ne transcende aucune de ses prestations. Il n’arrive pas à les élever au niveau supérieur et ne mérite clairement pas autant de distinctions pour lesquels il encoure aux Oscars cette année. Loin d’être inutile et soporifique pour autant, nous assistons juste impuissant, et malgré nous, à une énième fresque qui ne nous apporte rien que nous ne sachions déjà sur cette époque difficile dans l’histoire des Etats-Unis. Même au niveau de la réalisation en elle-même ça pêche. User et abuser de longs plans pour bien insister sur les douze ans que nous sommes en train de suivre est un procédé beaucoup trop simple pour garder le spectateur en haleine (d’autant plus qu’il y a un vrai soucis de temporalité qui nous perd dans son déroulé historique et si le titre ne nous l’indiquait pas, jamais nous ne saurions qu’il se déroule douze ans entre son début et sa fin). Cela dit, cet effet de style possède des avantages non négligeables notamment sur certaines séquences où la tension est réellement palpable. McQueen ne cherche pas à cacher aucune horreur de cette époque et certaines scènes vous demanderont d’avoir tout de même des nerfs d’acier. La banalité de la violence envers les esclaves faisant face à une réalité d’une philosophie de vie « blanche » s’inscrit dans les gènes de chacun rendant plusieurs scènes d’un réalisme sidérant. Pour ne citer qu’elle, la scène de torture par pendaison qui survient juste après la première grosse rébellion de Salomon envers un de ses maîtres témoigne, en un seul plan, de la docilité des codes instaurés à l’époque. Pendant que Salomon lutte pour sa survie, peinant à respirer, tout le reste de la plantation continue de vaquer à ses occupations n’accordant aucun crédit à l’homme qui se meurt sous leurs yeux de peur de subir le même sort. C’est par la richesse et la force d’un plan comme ce-dernier que nous avons pu distinguer les (trop) rares moments qui auraient pu élever le niveau du film vers une grâce qu’il mérite.

Loin d’être une énorme déception, 12 Years a Slave présente beaucoup trop de défauts pour acquérir autant d’engouements. L’encensement critique général ne suffira pas à rendre le film meilleur. Il est bon et honnête dans ses démarches mais ne trouve pas l’étincelle qui lui permet d’illuminer nos consciences.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Anthony Verschueren

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Commentaires des membres : 12 Years A Slave
Robin98

Robin98 le 08/03/2014 à 10:27

Je suis très content que le film est reçu l'oscar du meilleur film. Chez moi l'étincelle m'est apparu et m'a même fait lâcher une petite larme à la fin comme le Majordome d'ailleurs.