Critique Capharnaüm

Capharnaüm
Transposition d'un réel méconnu et éprouvant, Capharnaüm réhabilite le concept de Palme du cœur, style La Vie est belle ou Cinéma Paradiso, ces films adorés par le public festivalier en raison de leur immense capacité d'émotion, en dépit de...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Nadine Labaki, devenue récemment une deuxième fois maman, a voulu réaliser un film sur l'enfance en danger, une des thématiques récurrentes du cinéma contemporain et en particulier, si vous vous en souvenez, identifiée par nous comme la principale du 70ème Festival de Cannes. Par rapport à ses deux précédents films, Capharnaüm représente un tournant puisqu'elle n'y apparaît quasiment pas (sauf dans quelques scènes dans le rôle de l'avocate de Zain) et renonce totalement à jouer de la corde comique (pourtant un de ses points forts). Capharnaüm est ainsi un film énergique et salutaire qui joue un rôle d'alerte sur l'enfance maltraitée et négligée (ces enfants qui ne sont même pas déclarés à leur naissance et ne possèdent donc pas de papiers d'identité). 

Puissant, bouleversant et inoubliable, Capharnaüm va sans doute devenir l'étendard exemplaire d'un combat permanent pour sauver et mieux défendre les enfants délaissés sur toute la planète. Ce combat mérite largement d'être encouragé. 

A Beyrouth, Zain, gamin de douze ans, attaque en justice ses parents pour lui avoir donné la vie et ne pas avoir eu le temps de s'occuper décemment de lui. Ils refusent de l'envoyer à l'école, sous prétexte de misère. Le point de non-retour est atteint lorsqu'ils marient sa sœur seulement âgée de onze ans. Zain s'enfuit alors et fait la connaissance de Rahil, une sans-papiers venant d'Ethiopie qui finit par lui confier la garde de son enfant Yonas. 

Film choc, Capharnaüm frappe par sa puissance émotionnelle et son exceptionnelle direction d'acteurs. Si la première demi-heure du film paraît un peu conventionnelle, il se met à fonctionner réellement à partir de la rencontre entre Zain et Rahil. Entre l'enfant rejeté et la sans-papiers désorientée, le courant passe, ce qui permet au film de commencer véritablement. Lorsque Rahil disparaît sans explications, Zain se retrouve baby-sitter malgré lui, ce qui donne lieu à une heure extraordinaire où les deux enfants (le garçon Yonas est interprété par Treasure, une fille) sont livrés à eux-mêmes. En observant les moyens adoptés par le courageux Zain, on découvre les difficultés rencontrées pour survivre pour deux enfants abandonnés en pleine ville. On n'est alors pas si loin de Nobody knows de Hirokazu Kore-Eda, ou plus lointainement dans le temps d'Allemagne Année Zéro ou de Paisa de Roberto Rossellini, c'est-à-dire du pur mélodrame néo-réaliste, mis en scène avec simplicité et sobriété. Cette partie du film, lorsque le gamin tire derrière lui l'enfant éthiopien de Rahil, est vraiment digne de louanges, tant le risque de basculer vers le mélo larmoyant et gluant, s'avère tentant. Au lieu de cela, Capharnaüm retient ses effets, ce qui a pour conséquence de décupler notre émotion.

Malheureusement, dans la dernière demi-heure, où prend place le procès après un flash-back assez long,  cette rétention miraculeuse cesse. Nadine Labaki accumule alors les ralentis maladroits et les tranches de violonade. Malgré cela, le contenu du film se révèle être si fort qu'il permet d'occulter ces dérives malheureuses. Transposition d'un réel méconnu et éprouvant, Capharnaüm réhabilite le concept de Palme du cœur, style La Vie est belle ou Cinéma Paradiso, ces films adorés par le public festivalier en raison de leur immense capacité d'émotion, en dépit de qualités formelles très moyennes. Si le jury cannois attache peu d'importance aux pures qualités stylistiques, Capharnaüm se retrouvera très haut au palmarès de cette 71ème édition. Si, au contraire, le jury évalue les films par leur style, une manière de botter en touche serait de récompenser le gamin de douze ans, Zein El Raffea, qui mériterait incontestablement un prix, sa performance évoquant celle d'un Léaud dans Les 400 coups. Quoi qu'il en soit, puissant, bouleversant et inoubliable, Capharnaüm va sans doute devenir l'étendard exemplaire d'un combat permanent pour sauver et mieux défendre les enfants délaissés sur toute la planète. Ce combat mérite largement d'être encouragé. 

Informations

Détails du Film Capharnaüm
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 123 '
Sortie Prochainement Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting
Synopsis À l’intérieur d’un tribunal, ZAIN, un garçon de 12 ans est présenté devant le JUGE. LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? » ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie. »

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