Critique Burning (Buh-Ning)

Burning
Lee Chang-Dong organise ce ballet des illusions, des amours et des haines de manière magistrale, en s'octroyant toujours une porte de sortie pour de multiples interprétations éventuelles, jusqu'à un final qui cloue le spectateur dans son fauteuil.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

En cinq films, Lee Chang-Dong a accumulé les prix, dont les deux derniers à Cannes, Secret Sunshine (Prix d'interprétation féminine pour Jeon Do-yeon) et Poetry (Prix du scénario). Pourtant on n'attendait pas forcément grand'chose de son sixième film, Burning, en compétition au Festival de Cannes. On avait tort. Commençant comme une comédie sentimentale anodine, le film se transforme de manière imprévisible en une plongée dans le vertige de la folie la plus totale. Lee Chang-Dong, en metteur en scène expert manipulateur, a bien trompé son monde, tout comme d'ailleurs les trois protagonistes principaux de son histoire. Qui trompe qui? Qui ment? Difficile de le savoir. Nous sommes ainsi pris dans un génial jeu de dupes où la tension se resserre inexorablement jusqu'à un final renversant. 

Lee Chang-Dong organise ce ballet des illusions, des amours et des haines de manière magistrale, en s'octroyant toujours une porte de sortie pour de multiples interprétations éventuelles, jusqu'à un final qui cloue le spectateur dans son fauteuil. Mettre ici une phrase importante en début de paragraphe

Lee Chang Dong adapte ici une nouvelle de Murakami, Les Granges brûlées. Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Ils ont étudié ensemble mais il la méprisait à l'époque. Attirés l'un vers l'autre, ils couchent ensemble. Elle lui demande de s’occuper de son chat - qu'elle seule semble voir -pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux et apparemment riche, qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

Le début du film est tout simplement passe-partout et ne laisse en rien présager de la suite. On en retiendra que Jongsu vient de la campagne et qu'il veut devenir écrivain, son modèle étant Faulkner. Un peu lymphatique et déphasé, il paraît voir la vie autrement que ses congénères. Il doit s'occuper d'un chat qu'il ne voit jamais. A ce moment, on peut se dire que Lee Chang-Dong prend un peu trop son temps pour conter son histoire et qu'il aurait pu couper au moins dix ou quinze minutes à cet endroit. Cependant la surprise de la suite ne serait sans doute pas aussi totale. 

A son retour, Haemi présente à Jongsu Ben, un garçon qui paraît sa complète antithèse. Riche, sûr de lui, désinvolte, venant de la ville, il se lie pourtant d'une amitié bizarre pour Jongsu, paraissant lui donner des conseils et le protéger. Puis un jour, Haemi disparaît comme Léa Massari dans L'Avventurra. A partir de là, les liens entre Jongsu et Ben vont paradoxalement se resserrer, opposant le rat des champs au rat des villes, l'un soupçonnant l'autre d'avoir assassiné Haemi. Cette version pourrait être crédible, si elle n'était pas marquée du sceau de la paranoïa et du complexe d'infériorité de Jongsu. N'oublions pas non plus que Jongsu souhaite devenir écrivain et possède donc une imagination très développée.  

Qui sait si Jongsu n'a pas tout imaginé, le remords face à la disparition d'Haemi le poussant à trouver une explication rationnelle? Qui sait d'ailleurs si, dans cette fiction à multiples tiroirs, Haemi n'a pas tout manigancé pour pousser Jongsu à commettre l'irréparable? Qui sait si Ben, goguenard dans une perversité infinie, ne s'amuse pas à faire mijoter dans son jus le pauvre Jongsu? On est ainsi perdu dans un jeu de billard qui ne cesse de rebondir d'un côté l'autre, sur fond de lutte des classes larvée entre celui qui a de l'argent et celui qui n'en a pas. Lee Chang-Dong organise ce ballet des illusions, des amours et des haines de manière magistrale, en s'octroyant toujours une porte de sortie pour de multiples interprétations éventuelles, jusqu'à un final qui cloue le spectateur dans son fauteuil. 

Informations

Détails du Film Burning (Buh-Ning)
Origine Corée du Sud Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 148 '
Sortie 29/08/2018 Reprise -
Réalisateur Lee Chang-Dong Compositeur
Casting
Synopsis Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

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