Critique Under the silver lake

Under the silver lake
Mitchell, en empilant des cascades de références, les vide de toute signification, ce qui expliquerait que son nouveau film, en visant un territoire moins circonscrit, soit nettement moins réussi que The Myth of The American Sleepover ou It follows....

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

David Robert Mitchell a réussi par le passé deux très beaux films sur l'adolescence et la peur du sexe (The Myth of The American Sleepover et It Follows). Il était enfin temps de passer à l'âge adulte. C'est chose apparemment faite avec Under the Silver Lake où Mitchell revisite les codes du film noir et les références de l'Age d'or d'Hollywood. Malheureusement, à l'occasion de cette transition, il perd beaucoup de subtilité et de finesse dans son art de la mise en scène, brouillant volontairement les pistes et épaississant artificiellement le mystère, en oubliant de préserver une certaine cohérence de l'œuvre, à défaut d'y apporter des explications. 

Mitchell, en empilant des cascades de références, les vide de toute signification, ce qui expliquerait que son nouveau film, en visant un territoire moins circonscrit, soit nettement moins réussi que The Myth of The American Sleepover ou It follows. Qui trop embrasse mal étreint.

A Los Angeles, Sam, sans-emploi de 33 ans, voyeur et grand glandeur devant l'Eternel, est sur le point de se faire expulser de son logement lorsqu'il fait la connaissance de Sarah, sa voisine, belle blonde sexy. Suite à sa disparition, Sam va partir à sa recherche et s'enfoncer dans un cauchemar permanent, truffé de codes et d'énigmes qu'il croit pouvoir décrypter. 

Avec Under the Silver Lake, Mitchell pensait passer à l'étape supérieure en traitant de l'âge adulte. Or son personnage principal, Sam, est en fait un vieil adolescent, ce que l'on nomme aussi "adulescent", qui n'a pu se déprendre de l'influence de sa mère qui l'appelle régulièrement au téléphone, et se livre sans complexes à des TOC pubertaires comme la masturbation, le voyeurisme, la compulsion fétichiste, l'obsession de la pop culture et du rock n'roll, etc. Le cinéma de David Robert Mitchell essaie pourtant de muer, de grandir, mais ne parvient pas à se débarrasser de ses scories identitaires. Il se révèle même plus adolescent dans son film sur l'âge adulte que lorsqu'il traitait directement de l'adolescence, comme si la thématique avait fini par contaminer durablement l'esthétique.

En effet, Mitchell montre cette fois-ci directement le sexe en action mais cette mise en scène s'avère beaucoup plus mécanique, anodine et sordidement pulsionnelle que le désir ou la phobie du sexe qui planait sur ses films précédents et en faisait un phénomène illusoire, fantasmé et infiniment plus beau. En fin de compte, le film pourrait se résumer par la leçon suivante : il vaut mieux éviter d'être attiré par une blonde sexy, au point de la suivre dans un univers cauchemardesque, alors qu'il suffit simplement d'opter plus sagement pour la cougar qui s'exhibe sous nos yeux. "L'ironie de la jeunesse est un enfermement", entend-t-on dans l'excellente chanson de R.E.M., "What's the frequency, Kenneth?", faisant partie de la B.O. du film, extraite du superbe album Monster. On souhaite à David Robert Mitchell d'en sortir.  

Dans sa fixation fétichiste, Mitchell convoque le cinéma hollywoodien tout entier, de L'Heure suprême de Borzage, via Janet Gaynor, l'idole de la mère de Sam, à Mulholland Drive et Inherent Vice. Ces références plus ou moins bien digérées envahissent le film, au point de le faire ressembler à un jeu de citations pour Trivial Pursuit. A quoi bon faire plonger Riley Keough dans une piscine, afin d'évoquer Marilyn dans un mimétisme stérile? Pourquoi la même Riley Keough aboie-t-elle comme un chien, ainsi que d'autres filles dans une scène ultérieure, dans un délire purement lynchien, sans que soit précisé le degré de réalité de la scène (rêve, fantasme, réalité)? Andrew Garfield a beau prendre l'air profond et tourmenté d'un jeune homme déboussolé, il dégage moins de mystère et de légende que les Philip Marlowe d'antan dont Under the Silver Lake s'acharne à rééditer la quête (et l'enquête).  

De même, on peut regretter que Mitchell soit passé de décadrages subtils dans The Myth of The American Sleepover et de plans-séquences élaborés dans It Follows, à une musique incroyablement emphatique et ronflante, évoquant de mauvais mélodrames hollywoodiens, et surtout un montage cut, sommaire et brouillon, dans son nouveau film. Mitchell semble ainsi organiser un puzzle aux pièces disséminées aux quatre coins de Los Angeles, puzzle qui ne parviendra jamais à être convenablement complété. 

Car, dans Under the Silver Lake, tout se résume à des codes et signes à décrypter. Pourtant, contrairement à Mulholland Drive ou Inherent Vice, ils ne finissent pas par faire sens mais étalent au contraire toute l'étendue de leur vacuité. Pour David Robert Mitchell, les signes ne parviennent plus à produire du sens, en dépit de tous les efforts de Sam pour leur en donner un, comme si le monde ou le cinéma n'en valait plus vraiment la peine. Ces énigmes représentent le reflet d'un monde sursaturé de symboles insignifiants. On a ainsi l'impression que Mitchell, en empilant des cascades de références, les vide de toute signification, ce qui expliquerait que son nouveau film, en visant un territoire moins circonscrit, soit nettement moins réussi que The Myth of The American Sleepover ou It follows. Qui trop embrasse mal étreint. 

Informations

Détails du Film Under the silver lake
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Thriller
Version Cinéma Durée 139 '
Sortie 08/08/2018 Reprise -
Réalisateur David Robert Mitchell Compositeur
Casting Topher Grace - Andrew Garfield - Riley Keough
Synopsis À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

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