Critique The House that Jack built

The House that Jack built
Tous les artistes ont bien évidemment le droit de nous offrir des œuvres moins réussies ; The House that Jack built est sans doute le film le plus faible du talentueux danois depuis Manderlay ou The Direktor, ce qui n'empêche pas qu'il restera passionnant...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Lars Von Trier était attendu comme le loup blanc sur la Croisette. Quand on a entendu qu'il tournait une histoire de serial killer, étant donné le jusqu'au-boutisme du bonhomme cf. Nymphomaniac, on s'imaginait bien que ce projet n'allait pas finir avec des Bisounours. Pourtant le film est finalement moins choquant qu'on aurait pu le croire, surtout nettement plus anodin et prévisible, une sorte d'autoportrait de l'artiste en meurtrier. De l'assassinat considéré et décrit comme l'un des Beaux-arts, empruntant la voie d'une comparaison un peu rebattue.  

Tous les artistes ont bien évidemment le droit de nous offrir des œuvres moins réussies ; The House that Jack built est sans doute le film le plus faible du talentueux danois depuis Manderlay ou The Direktor, ce qui n'empêche pas qu'il restera passionnant à scruter, en attendant avec impatience le prochain.

A la demande expresse de Lars Von Trier, le film a été projeté à Cannes sans le fameux générique des marches, accompagné par la musique du Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns. Il commence donc par un dialogue en voix off sans image, entre Jack le serial-killer et un homme plus âgé, Verge (qui sera plus tard identifié en Virgile) qui ressemble de loin à une confession face à un psychanalyste. Apparemment, depuis Nymphomaniac, le dispositif psychanalytique plaît manifestement à Lars Von Trier.  Le film est également construit en cinq incidents qui relatent certains épisodes criminels de Jack (Matt Dillon), ce serial-killer malgré lui des années 70, qui ne tue parfois que lorsque certaines personnes le provoquent, cf. le personnage d'Uma Thurman. Cinq incidents comme les cinq obstructions, défis lancés par Lars Von Trier à son collègue Jørgen Leth de tourner des occurrences de son court métrage L'Homme Parfait avec des contraintes qu'il lui impose. Cette fois-ci, Jack le serial killer n'a pas vraiment de contraintes mais tuera successivement une MILF provocatrice, une veuve, une mère et ses deux enfants, une jeune femme séduisante et enfin un homme d'âge mûr. 

A chaque fois, les armes et les circonstances varieront, ainsi que les catégories de personnes. A plusieurs reprises, Jack laissera en vain des indices pour se faire arrêter. Ces séquences seront parfois entrecoupées d'apartés sur Glenn Gould, les constructions en ogive, des poèmes de William Blake, etc., reprenant ainsi la structure chapitrée et digressive de Nymphomaniac

Or, paradoxalement, le film est assez inoffensif. A force de parler du Mal, on ne le ressent pas en fin de compte. Hormis une séquence assez terrifiante de découpage de seins et si l'on veut, de meurtre assez convenu d'enfants, le reste semble presque anodin et ennuyeux, ressemblant à de la fausse provocation, tant on n'habite pas la personne de Jack, qui permet à Lars Von Trier, de se décrire comme un névrosé obsessionnel, atteint de la folie des grandeurs. Or cette névrose, plus que par le crime, s'avère perturbante par le goût frénétique du nettoyage des scènes de crime. De plus, Lars Von Trier s'accroche désespérément à des fétiches rock comme la reprise des panneaux du clip de Subterranean Homesick blues de Dylan ou l'utilisation récurrente de Fame de l'album Young Americans de Bowie, qu'il semble le plus apprécier dans la discographie du regretté David. 

Pour le reste, puisque Lars Von Trier n'est à l'évidence pas n'importe qui, on a enfin droit dans l'épilogue à une belle séquence qu'on jurerait tournée directement des Enfers, via un Virgile que LVT a peut-être confondu avec Dante. Mais malheureusement, elle survient un peu tard pour donner un sens à un ensemble plus complaisant que bouleversant. En dehors du contexte #metoo (Jack privilégie largement les victimes féminines), on peut comprendre a posteriori pourquoi Lars Von Trier n'a été sélectionné que hors compétition cette année avec ce film. Le principal et presque unique intérêt du film, c'est lui, Lars Von Trier, artiste surdoué qui se voudrait maudit, souffrant de maux cérébraux, psychologiques ou physiques, TOC et autres obsessions inavouables, ce qui en fait l'artiste parfait pour les écrivains et autres artistes en mal de projection existentielle qui profiteront de ce miroir pour refléter et déverser leur souffrance intérieure. Tous les artistes ont bien évidemment le droit de nous offrir des œuvres moins réussies ; The House that Jack built est sans doute le film le plus faible du talentueux danois depuis Manderlay ou The Direktor, ce qui n'empêche pas qu'il restera passionnant à scruter, en attendant avec impatience le prochain. 

Informations

Détails du Film The House that Jack built
Origine Danemark Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 155 '
Sortie Prochainement Reprise -
Réalisateur Lars Von Trier Compositeur
Casting Matt Dillon - Bruno Ganz - Uma Thurman - Riley Keough
Synopsis États-Unis, années 70. Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L'histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d'art en soi. Alors que l'ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher (ce qui exaspère Jack et lui met la pression) il décide - contrairement à toute logique - de prendre de plus en plus de risques. Tout au long du film, nous découvrons les descriptions de Jack sur sa situation personnelle, ses problèmes et ses pensées à travers sa conversation avec un inconnu, Verge. Un mélange grotesque de sophismes, d’apitoiement presque enfantin sur soi et d'explications détaillées sur les manœuvres dangereuses et difficiles de Jack.

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