Critique Les confins du monde

Les confins du monde
Dans la moiteur de la jungle d’Indochine, des âmes perdues : un intelligent film de guerre, dépouillé de tout mélodrame.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Loin de la Vallée de la mort, où Guillaume Nicloux filmait dans la chaleur la troublante retrouvaille de Dépardieu et Huppert, c’est au conflit indochinois que s’intéresse le cinéaste français avec Les Confins du monde. Dans la moiteur de la jungle d’Indochine, des âmes perdues : un intelligent film de guerre, dépouillé de tout mélodrame.

Robert Tassen, un jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri, cruellement tué sous ses yeux. Un sentiment gît au fond de lui : celui de la colère, se dessine alors une envie de vengeance. Il souhaite coûte que coûte retrouver celui qui a laissé faire ce massacre. Alors qu’il vient de s’enrôler dans une unité de soldats, il rencontre la douce et charmante Maï. Le doute s’installe et les croyances disparaissent. Au coeur d’un terrible conflit historique, Nicloux installe des personnages sans repaires : humide et inhospitalier, le lieu comme la guerre qui se joue ne prête qu’à la confusion et à la folie. Arraché à la vie sur l’autel d’un conflit qui les dépasse, ils vivent face à une présence ennemie à la fois invisible et omniprésente. La nature elle-même agresse les soldats : serpents, sangsues, climat, maladies, etc. Un quotidien fait de craintes, qui dépouille les hommes et ne laisse que la chaleur d’un espoir lointain : celui de partir.

Un cinéma aride qui, comme une métaphore de la condition de ses personnages, montre sans vergogne l’animalité d’hommes  réduits à des pulsations. Une violence visuelle sèche, sans équivoque. Les corps sont mutilés, déformés, méconnaissable : le miroir évident d’un psyché en peine. Une transformation de l’homme en animal, l’instinct de survie comme seul boussole et le sexe (mais aussi la drogue) comme échappatoire heureux. On retrouve dans cette jungle, filmée en 35mm, un très correct Gaspard Ulliel, mais aussi un convaincant Guillaume Gouix, interprétant Cavagne, l’unique ami de Tassen. Dommage que ce dernier ne bénéficie pas d’une armature plus consistante, sa présence paraissant un peu en marge. L’actrice Lang-Khê Tran, dans son premier rôle au cinéma, se montre également particulièrement convaincante dans le rôle de Maï. A noter l’apparition d’un sincère et touchant Gérard Depardieu, acteur indispensable des dernières oeuvres du cinéaste.

Premier film de guerre de Guillaume Nicloux, Les confins du monde observe d’un œil patient et affirmé les conséquences psychologique de la guerre, à travers un conflit peu rencontré au cinéma. Adaptation à un cadre hostile, où l’animal qui gît au fond de nous prend la relève, unique moteur d’un combat pour la survie. Une oeuvre très esthétique, peut-être au détriment de l’émotion, mais qui appuie par ce biais son propos : une mise en abîme des sentiments, au profit d’une animalité retrouvée. Une puissante virée en enfer.

Informations

Détails du Film Les confins du monde
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Guerre - Historique
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 31/12/2018 Reprise -
Réalisateur Guillaume Nicloux Compositeur
Casting Gérard Depardieu - Gaspard Ulliel - Guillaume Gouix
Synopsis Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d'un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s'engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances.

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