Critique Trois Visages (Se rokh)

Trois Visages
Trois Visages égrène le temps par ses tunnels de dialogues qui évoquent un autre monde qui existe encore, une résurgence qui continue à influencer le présent, voire à empêcher le futur d'advenir.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Jafar Panahi, comme Kiril Serebrennikov, fait partie des deux cinéastes sélectionnés à Cannes qui sont malheureusement assignés à résidence dans leurs pays respectifs et n'auront pu donc présenter leurs films en personne en projection officielle. Ce désagrément ne les empêche pas pour autant de filmer et quand ils le font, c'est donc comme si leur vie en dépendait puisque le cinéma devient l'expression de leur liberté. Avec Trois Visages, Jafar Panahi renvoie de manière allusive à son expérience d'enfermement dans son propre pays et fait dévier progressivement son œuvre du drame vers la comédie. 

Le prétexte du film est pourtant relativement dramatique. Une actrice iranienne reçoit une vidéo troublante d'une jeune admiratrice qui se serait suicidée. Avec l'aide du réalisateur Jafar Panahi (en personne), elle va essayer d'élucider la situation en allant dans le village de la jeune fille, situé dans le Nord-Ouest de l'Iran, où les traditions ancestrales battent encore leur plein.  

Trois Visages égrène le temps par ses tunnels de dialogues qui évoquent un autre monde qui existe encore, une résurgence qui continue à influencer le présent, voire à empêcher le futur d'advenir.

Le début du film renvoie beaucoup à Taxi Téhéran dans un autre contexte géographique. L'on pense également à Ten, Le Goût de la Cerise et de manière générale au cinéma kiarostamien dont Panahi reprend le dispositif filmique: un conducteur, un passager, la caméra axée principalement sur le passager, et des routes sinueuses, caractéristiques des montagnes iraniennes. Ce dispositif est d'ailleurs hérité, hormis les paysages iraniens, de Rossellini et de son Voyage en Italie. Comme le pensaient Godard et Truffaut, le cinéma peut parfois être simple et consister à filmer deux personnes dans une voiture. Panahi n'innove pas franchement mais reproduit plutôt bien les caractéristiques du cinéma iranien, tel qu'il a été popularisé pour le grand public. 

C'est surtout dans la deuxième partie que le film trouve son originalité et sa personnalité propre, lorsque le drame s'évapore et se transforme progressivement en comédie satirique sur des mœurs un peu reculées. A partir de là, Panahi prend tout son temps, en évoquant Nuri Bilge Ceylan, et conclut sur un très beau plan final d'ensemble, inscrivant ses personnages féminins dans le paysage montagneux, laissant son propre personnage hors-champ, prisonnier du passé.  

Sans être extrêmement palpitant, Trois Visages égrène le temps par ses tunnels de dialogues qui évoquent un autre monde qui existe encore, une résurgence qui continue à influencer le présent, voire à empêcher le futur d'advenir. 

Informations

Détails du Film Trois Visages (Se rokh)
Origine Iran Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 06/06/2018 Reprise -
Réalisateur Jafar Panahi Compositeur
Casting Jafar Panahi
Synopsis Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice... Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

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