Critique Les Eternels (Ash is purest white) (Jiang Hu Er Nv)

Les Eternels (Ash is purest white)
Quelque chose s'est un peu brisé dans le cinéma de Jia Zhang-ke qui demeure pourtant d'une belle tenue. Le recours aux sentiments a quelque peu banalisé son style en l'humanisant de manière excessive.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Quelque chose s'est un peu brisé chez Jia Zhang-ke. Il est pourtant reconnu comme un grand cinéaste mais est assez loin d'avoir obtenu la reconnaissance liée à son statut. Hormis un Lion d'Or à Venise pour Still Life et un Prix du scénario pour A Touch of Sin, Jia Zhang-ke court toujours après un véritable couronnement, surtout à Cannes. Après Au-delà des montagnes, Les Eternels représente une nouvelle tentative pour obtenir le Saint Graal. On y retrouve ainsi nombre de jolis éléments qui se juxtaposent sans pour autant constituer un tout parfaitement homogène.  

Quelque chose s'est un peu brisé dans le cinéma de Jia Zhang-ke qui demeure pourtant d'une belle tenue. Le recours aux sentiments a quelque peu banalisé son style en l'humanisant de manière excessive.

Depuis A Touch of Sin, sans doute son œuvre la plus réussie, les films de Jia Zhang-ke se déclinent en trois parties. Au-delà des montagnes reproduisait déjà cette structure, en se perdant quelque peu dans une troisième partie trop excentrée et futuriste. Les Eternels reprend ce découpage tripartite: dans la première partie, on suit Qiao (Zhao Tao, la compagne et muse de Jia Zhang-ke), coiffée à la Louise Brooks, amoureuse de Bin, chef de la pègre locale de Datong dans le Shunxi. Après avoir sauvé sa vie, elle est condamnée à cinq ans de prison. Dans la deuxième partie, après être sortie de prison, elle tente de retrouver Bin qui s'est mis en couple avec la sœur d'un ami. Ils finissent par passer une soirée ensemble mais ne parviennent plus à s'entendre. Enfin dans la troisième partie, près de douze ans plus tard, en 2017-2018, Bin, victime d'une hémorragie cérébrale et devenu impotent, revient à Datong auprès de la femme qui l'a toujours aimé. Resteront-ils pour autant ensemble?  

Dans ce nouveau film, on retrouve nombre d'éléments ayant fait leur apparition dans le précédent film de Jia Zhang-ke : la chanson pop-leitmotiv (cette fois-ci, Y.M.C.A. des Village People, en lieu et place de Go West des Pet Shop Boys), le changement de format d'écran, essentiellement dans la première partie (passage de l'écran carré au panoramique), l'aspect sentimental et mélodramatique qui couvre une à deux décennies. On peut également signaler une phénoménale scène de baston, comparable à celles de A Touch of sin, symbole de la touche kitanesque sur l'œuvre de Jia Zhang-ke. Si on remonte plus loin dans ses films antérieurs, on identifiera sans difficulté le versant antonionien dans la belle scène de discussion dans la chambre d'hôtel, tournée en un seul plan-séquence.  Jia Zhang-ke y renoue avec sa thématique de l'incommunicabilité dans le couple, parfaitement accomplie dans Still Life.

Pourtant ces éléments cohabitent dans la même œuvre, sans former un ensemble totalement cohérent, ressemblant davantage à un best-of des meilleurs moments de sa filmographie antérieure. Les trois parties sont par conséquent d'un intérêt inégal: la première paraît beaucoup trop artificielle et creuse, hormis l'impressionnante séquence de baston ; la deuxième s'avère être la plus passionnante, se concentrant sur les efforts de Qiao pour survivre et retrouver l'amour de Bin, voire un autre amour consolateur. Enfin la troisième se situe entre les deux, l'handicap de Bin se montrant un argument beaucoup trop mélodramatique pour être crédible, en dépit des tentatives touchantes de Qiao pour le rééduquer.

Quelque chose s'est un peu brisé dans le cinéma de Jia Zhang-ke qui demeure pourtant d'une belle tenue. Le recours aux sentiments a quelque peu banalisé son style en l'humanisant de manière excessive. Il ne reste plus à espérer que ce qui a été brisé puisse être un jour reconstitué. 

Informations

Détails du Film Les Eternels (Ash is purest white) (Jiang Hu Er Nv)
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Romance
Version Cinéma Durée 150 '
Sortie 26/12/2018 Reprise -
Réalisateur Jia Zhang Ke Compositeur
Casting Zhao Tao - Fan Liao
Synopsis En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

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