Critique Plaire, aimer et courir vite

Plaire, aimer et courir vite
Plaire, aimer et courir vite revient aux fondamentaux de Christophe Honoré, les chansons d'Alex Beaupain et Louis Garrel en moins, et sans être le choc cinématographique annoncé par des journalistes amis, s'inscrit comme le meilleur film de son auteur...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

On avait largement perdu de vue Christophe Honoré depuis Les Chansons d'amour et Les Bien-Aimés. Il s'était livré à des expérimentations, des adaptations plus ou moins contemporaines de grands classiques, les Métamorphoses d'Ovide et Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur. Cette fois-ci il réinvestit nettement son territoire qui est également celui de Truffaut et de Demy, c'est-à-dire de la bourgeoisie cultivée, branchée et bohème qui se préoccupe de ses peines de cœur et de ses tourments sentimentaux, entre indécisions sur le genre et regrets sur le temps perdu. Plaire, aimer et courir vite revient aux fondamentaux de Christophe Honoré, les chansons d'Alex Beaupain et Louis Garrel en moins, et sans être le choc cinématographique annoncé par des journalistes amis, s'inscrit comme le meilleur film de son auteur depuis Les Chansons d'amour.   

En 1993, Jacques, un écrivain parisien de quarante ans et Arthur, un jeune étudiant rennais, se rencontrent un jour dans un cinéma de Rennes. De là va naître une passion plus ou moins à distance, alors que Jacques sait déjà qu'il ne pourra aller jusqu'au bout de cet amour sans lendemain, car il est atteint du Sida...

Plaire, aimer et courir vite revient aux fondamentaux de Christophe Honoré, les chansons d'Alex Beaupain et Louis Garrel en moins, et sans être le choc cinématographique annoncé par des journalistes amis, s'inscrit comme le meilleur film de son auteur depuis Les Chansons d'amour.

Dans une certaine mesure, il s'agit d'un roman d'initiation car Jacques va être tout autant un mentor culturel que sentimental et sexuel pour Arthur. C'est l'occasion pour Christophe Honoré de nous faire revivre ses années de jeunesse sous couvert de récit quasiment autobiographique et un peu fantasmé. Il orchestre ainsi la rencontre avec son Moi jeune homme, étudiant se destinant à l'enseignement, et une sorte d'icône littéraire, mélange incertain de Bernard-Marie Koltès et d'Hervé Guibert, dans une Education sentimentale cinématographique où Frédéric Moreau vivrait une histoire d'amour avec un écrivain gay au lieu d'une Mme Arnoux. 

L'ensemble donne un joli mélodrame assez émouvant et possédant aussi de remarquables moments comiques (dus surtout à Denis Podalydès, formidable en vieil amant devenu ami de confiance, et Vincent Lacoste, débordant d'enthousiasme et de verve en jeune Arthur). Les destins se croisent comme dans Une Etoile est née ou All about Eve : l'écrivain d'âge mûr transmettra sa vision de la vie, tandis que le jeune étudiant en tirera des leçons pour la sienne. 

Néanmoins malgré la réussite formelle du film, on ne peut s'empêcher de penser qu'il pèche légèrement par manque d'inspiration et de talent naturel, comme si Honoré rassemblait tous les fétiches favorables des années 90 sans réellement parvenir à les incarner. L'un des exemples les plus flagrants relève des choix musicaux: Massive Attack, Cocteau Twins, Ride. Christophe Honoré fait preuve en la matière d'un goût impeccable digne d'une compilation des Inrocks de l'époque. Pourtant, à aucun moment, ces morceaux ne font véritablement sens dans l'histoire en se détachant de leurs artistes pour devenir une vraie bande originale. On en reste à un simple effet juke-box, agréable mais bien trop superficiel ; idem pour les fétiches cinématographiques ou littéraires lorsque Honoré filme Arthur dans sa visite sur les tombes de Koltès, Dominique Laffin ou François Truffaut. Dans l'écriture des dialogues, Honoré pèche parfois par excès d'ambition (la tirade incompréhensible sur Kerouac, Auden, etc.), en se référant souterrainement au texte sublime de La Maman et La Putain d'Eustache. Or il ne parvient pas réellement, sauf en de très rares occasions, à se hisser à ce niveau d'écriture des dialogues, ce qui fait qu'une partie des échanges sonnent involontairement faux et pédants. De manière plus générale, Plaire, aimer et courir vite pâtit de venir après beaucoup d'autres films sur le Sida (120 battements par minute, en tête), ce qui l'empêche de s'avérer véritablement émouvant. Il n'en demeure pas moins l'un des meilleurs Christophe Honoré, une jolie histoire mélodramatique, toute en retenue et subtilité. C'est déjà beaucoup.  

Informations

Détails du Film Plaire, aimer et courir vite
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 10/05/2018 Reprise -
Réalisateur Christophe Honoré Compositeur
Casting Denis Podalydès - Vincent Lacoste - Pierre Deladonchamps
Synopsis 1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

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