Critique Everybody knows (Todos lo saben)

Everybody knows
Everybody knows demeure un drame convenablement ficelé mais relativement poussif, dont le développement se révélera peu émouvant, en dépit de son potentiel mélodramatique certain.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Il est difficile de savoir ce qui fait un bon film d'ouverture. Parfois, nous avons affaire avec des films de gala, prestigieux dans leur forme et creux dans leur fond, comme Grace de Monaco ou Gatsby le Magnifique. D'autres fois, Thierry Frémaux surprend en programmant un film inattendu, style La Tête haute d'Emmanuelle Bercot, drame social, ou Blindness de Fernando Meireilles. L'ouverture idéale est sans doute un film de prestige, avec un casting attractif, et un traitement esthétique de qualité, ce qui ressemble assez à un film de Woody Allen (Minuit à Paris, Hollywood Ending, Café Society). Sauf que, paraît-il, on ne peut plus faire appel à Woody, même si A rainy day in New York était sans doute prêt. Tel quel, sous ses allures de drame familial mâtiné de thriller, Everybody knows s'inscrit dans les ouvertures aventureuses (premier film d'un réalisateur iranien à faire l'ouverture, premier film ni français ni américain à occuper cette case depuis La Mauvaise éducation en 2003). Remplit-il bien cet office?

Everybody knows demeure un drame convenablement ficelé mais relativement poussif, dont le développement se révélera peu émouvant, en dépit de son potentiel mélodramatique certain.

Dans Everybody knows, Laura revient pour assister à un mariage dans son village natal espagnol. Elle s'est mariée avec un bel Argentin, alors qu'elle a vécu une histoire d'amour avec Paco, un ami d'enfance. Sa fille va disparaître, faisant ressurgir bien des sentiments du passé... 

Depuis ses deux Oscars pour ses films iraniens, Une Séparation et Le Client, deux classiques incontestables, Asghar Farhadi fait figure de maître incontournable. Pour briser une routine lénifiante, il n'hésite pas à s'exiler cinématographiquement, en faisant des films en-dehors de son pays d'origine. C'était déjà le cas avec Le Passé, mettant en scène Bérénice Bejo et Tahar Rahim. Cela l'est à nouveau aujourd'hui avec Everybody knows, qui ressemble à s'y méprendre à un film espagnol, par son casting, son contexte local et son histoire. Le travail d'acclimatation s'avère remarquablement réussi. Il n'en est peut-être pas autant du traitement de l'intrigue.  

La plupart des films d'Asghar Farhadi sont construits autour d'une scène manquante, masquée par une ellipse. Une Séparation en est l'exemple manifeste laissant une ellipse béante au cœur de son processus dramatique. Le Client a réédité cette astuce en ne montrant pas la scène d'agression sexuelle génératrice du drame. Everybody knows ne se trouve pas en reste en laissant dans les limbes la scène de la disparition ou de l'enlèvement. Cette scène manquante est censée engendrer du trouble et de l'incertitude. Or dans Everybody knows, la tension du thriller est malheureusement un peu désactivée par la prévisibilité du retournement de situation, là où, dans Une Séparation ou Le Client, on était pris inexorablement dans les rets d'un implacable développement dramatique.  

Le kidnapping devient alors le prétexte d'une renaissance de jalousies mal éteintes ou de haines recuites, sur fond de lutte des classes toujours aussi prégnante. Car, comme Heathcliff des Hauts de Hurlevent, l'un des personnages est un enfant de domestiques, au service de la famille de Laura. A partir de cette référence littéraire qui n'aura pas échappé à grand'monde ayant lu ce roman inestimable de la littérature classique, Farhadi désamorce quelque peu son intrigue qui ne révélera rien de plus substantiel et ne ménagera pas les plages de tension ininterrompue observées dans ses chefs-d'oeuvre antérieurs, Une Séparation ou Le Client. Pour autant, Everybody knows demeure un drame convenablement ficelé mais relativement poussif, dont le développement se révélera peu émouvant, en dépit de son potentiel mélodramatique certain. 

Informations

Détails du Film Everybody knows (Todos lo saben)
Origine Iran Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 08/05/2018 Reprise -
Réalisateur Asghar Farhadi Compositeur
Casting Penélope Cruz - Bárbara Lennie - Javier Bardem - Ricardo Darin
Synopsis A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques