Critique Place publique

Place publique
Sans être le moins du monde mémorable, Place publique est sans doute légèrement meilleur que ce que la rumeur en dit alors que le constat inverse est certainement aussi vrai pour Le Sens de la Fête, moins brillantissime que ce qui a été rapporté.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Quelques mois après Le Sens de la Fête, on retrouve Jean-Pierre Bacri dans une autre fête, mais cette fois-ci dans un film qu'il a coécrit. Place publique est en effet le cinquième Jaoui-Bacri, toujours comme d'habitude coscénarisé par le même tandem (même s'ils sont séparés à la ville) et réalisé par Agnès Jaoui. La coïncidence s'avère assez troublante car Bacri, même s'il passe d'organisateur stressé dans Le Sens de la Fête à invité déstabilisé dans Place publique, se trouve donc une après-midi et une soirée dans une belle propriété de province. L'effet de film choral est exactement le même, ainsi que la volonté apparente de représenter des couches diverses de la société en âge et en classes sociales. Mais en quoi le projet de Jaoui-Bacri diffère-t-il du Tolédano-Nakache?  

Sans être le moins du monde mémorable, Place publique est sans doute légèrement meilleur que ce que la rumeur en dit alors que le constat inverse est certainement aussi vrai pour Le Sens de la Fête, moins brillantissime que ce qui a été rapporté.

Les deux films viennent peu ou prou du même endroit, le cinéma du milieu, décrivant des films de budget moyen, plutôt des comédies en l'occurrence, rassembleurs, unanimistes et misant sur une écriture soignée, dépourvue de vulgarité et une distribution de qualité. D'une certaine manière, depuis Le Goût des autres, les Jaoui-Bacri s'avèrent être un peu les précurseurs de Tolédano-Nakache dans ce domaine. Dans les deux cas, la réalisation n'est pas vraiment le point fort du film. Néanmoins, en dépit du manque flagrant d'originalité de la réalisation (on comptera sur les doigts d'une main les véritables efforts de mise en scène) reconnaissons à Tolédano-Nakache un rythme plus soutenu dans le montage des séquences et une efficacité comique plus grande dans la gestion des personnages.  

Ce qui distingue le projet de Jaoui-Bacri, ce sont une amertume et une mélancolie qui ne se dissimulent même pas, tranchant avec l'enthousiasme communicatif de Tolédano-Nakache. Une sorte de lien s'est rompu dans la description de la jeunesse, vue la plupart du temps soit de manière anodine (le personnage de Nina, la fille du couple séparé), soit de façon quasiment hostile et étrangère (les jeunes vus comme des traîne-savates et profiteurs de la pendaison de crémaillère). Si les Jaoui-Bacri ne portent pas un regard véritablement empathique sur cette nouvelle génération, c'est que malheureusement le fossé s'est creusé. Vingt ans ou presque ont passé depuis Le Goût des autres, où le chef d'entreprise inculte faisait néanmoins l'effort d'aller vers la culture. Ici, ce n'est plus le cas: on sent un regard presque réactionnaire devant l'invasion des selfies et des Youtubeurs paraissant représenter tout ce que Jaoui-Bacri détestent dans la vie contemporaine.   

C'est à la fois le grand défaut et paradoxalement la qualité de Place publique : le fait que Jaoui-Bacri ne puissent vraiment plus se connecter à la société actuelle, ce qui se transforme finalement en regard désespéré et très acide sur les relations humaines. Tout peut être résumé par la réaction du personnage de Bacri qui finit par clamer :" la jeunesse, c'est beau ; la vieillesse, c'est moche", alors que le filmage prouve le contraire ou du moins ne plaide pas en faveur de la jeunesse soi-disant triomphante. On pourra reprocher à Jaoui-Bacri d'enfoncer une porte ouverte mais il s'agit davantage dans ce cas d'une expression de désespoir face à l'arrivée d'une société qu'ils ne comprennent plus, ce qui s'avère finalement plutôt émouvant. A travers Bacri qui parodie de manière évidente le personnage de Thierry Ardisson, celui de Nina Meurisse celui de Justine Lévy ou celui du Youtubeur plus ou moins proche d'un Norman, c'est un peu le procès d'une société de faux-semblants et d'arrivisme qui est instruit mais malheureusement l'intensité de la mise en scène ne suffit pas à en faire une charge suffisamment puissante.  

Car Place publique est bien davantage un film doux-amer sur les relations d'aujourd'hui et le fossé des générations, qu'une véritable comédie ou satire en bonne et due forme. Il manque à Agnès Jaoui, hormis peut-être dans Le Goût des autres, un véritable sens de la mise en scène, une réelle originalité de regard sur ses personnages, pour se hisser à la hauteur d'un Resnais dont elle fut la scénariste. Les films qui ont suivi Le Goût des autres (Comme une image, Parlez-moi de la pluie, Au bout du conte) se sont tous révélés très transparents formellement. Place publique ne déroge pas à la règle.

Le seul moment où le film pourrait basculer, c'est lorsqu'un quidam pénètre dans la soirée, armé d'un fusil. Jaoui-Bacri connaissent quand même leurs classiques et s'inspirent alors de La Règle du Jeu de Jean Renoir (le garde-chasse Schumacher), voire de La Cérémonie de Claude Chabrol, pour montrer le ressentiment d'une classe sociale envers une autre. Mais cette tentative pour souffler sur les braises d'une révolte sociale retombe très vite. N'est pas Renoir qui veut. Le seul personnage assez mémorable et drôle sur cette thématique est sans doute Samantha (Sarah Suco), soubrette n'arrêtant pas de se servir de manière cocasse de son smartphone. Pour le reste, on se contentera d'observer superficiellement que Jean-Pierre Bacri est meilleur chanteur sur du Bashung que sur les Feuilles mortes, comme le film le montre à son générique de fin qui laisse une tendre impression d'inachevé, ce qui empêche de se montrer trop sévère. Il faut alors reconnaître que, sans être le moins du monde mémorable, Place publique est sans doute légèrement meilleur que ce que la rumeur en dit alors que le constat inverse est certainement aussi vrai pour Le Sens de la Fête, moins brillantissime que ce qui a été rapporté.     

Informations

Détails du Film Place publique
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 98 '
Sortie 18/04/2018 Reprise -
Réalisateur Agnès Jaoui Compositeur
Casting Léa Drucker - Nina Meurisse - Jean-Pierre Bacri - Agnès Jaoui - Sarah Suco - Kevin Azaïs
Synopsis Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd'hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu'Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux. Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d'imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein...

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