Critique Marie-Madeleine (Mary Magdalene)

Marie-Madeleine
Si Marie-Madeleine avait été intégrée au groupe des Apôtres, pu propager la bonne parole au premier rang qui était le sien, et était devenue fondatrice d'une Eglise, voire Papesse, peut-être la face du monde, ou du moins de la religion catholique,...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Marie-Madeleine est un projet intéressant à plus d'un titre, en tant qu'entreprise de réhabilitation d'une figure mythique de notre culture judéo-chrétienne. Revoir la Passion du Christ sous l'angle d'une vision féminine peut en effet paraître passionnant. De plus, la distribution est particulièrement attractive, réunissant des comédiens américains et français (Tahar Rahim, Denis Ménochet), se réunissant par-delà l'Atlantique pour faire œuvre et cause communes. Il s'agit également du troisième film mettant en scène Rooney Mara et Joaquin Phoenix, en passe de devenir un couple légendaire d'Hollywood. Qu'en est-il donc de Marie-Madeleine

  Si Marie-Madeleine avait été intégrée au groupe des Apôtres, pu propager la bonne parole au premier rang qui était le sien, et était devenue fondatrice d'une Eglise, voire Papesse, peut-être la face du monde, ou du moins de la religion catholique, en eût été changée.

Le film commence par des images magnifiques de femme qui coule au fond de l'océan, des images oniriques qui laissent présager un grand film. On découvre alors la vie de Marie-Madeleine, femme modeste, issue d'une famille de pécheurs, promise à un fiancé qui ne l'intéresse guère. Elle paraît reliée à un autre monde, à d'autres préoccupations que celles du quotidien. Sa famille tente même de la guérir de névroses qui semblent affecter son fonctionnement intellectuel. Or ce côté décalé va enfin prendre un sens lorsqu'elle rencontrera sur sa route Jésus de Nazareth...

On découvre donc dans ce film que Marie-Madeleine était sans doute le 13ème Apôtre de Jésus, voire même la première parmi tous, car elle est clairement désignée par lui comme son "témoin". On y apprend même, pour ceux qui ne le sauraient pas, que l'image sulpicienne d'une Marie-Madeleine prostituée et pécheresse n'a probablement jamais existé en réalité. Marie-Madeleine souffrait en fait d'une maladie nerveuse, proche de l'épilepsie, maladie qui était caractérisée par ses proches, en ces temps où la médecine n'avait pas encore fait de progrès, de "démon". Elle fut le premier témoin de la Résurrection du Christ et celle qui apporta cette bonne nouvelle à ses Apôtres. Cette réhabilitation du rôle crucial de Marie-Madeleine a été officialisée assez récemment par le Pape le 10 juin 2016 qui a érigé le 22 juillet comme célébration de la fête de Marie-Madeleine. Nous sommes donc loin de l'image de pécheresse qui s'était incrustée dans l'inconscient collectif, colportée en particulier par La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese. 

C'est ce que le film nous apprend, en particulier dans les cartons finaux. On pouvait avoir des craintes quant à la mise en scène de Garth Davis, déjà responsable d'un Lion larmoyant. Marie-Madeleine se montre au contraire d'un naturalisme relativement convaincant. En revanche, ce naturalisme a un peu de mal à décoller de la simple retranscription de l'Evangile de Marie qui ne concerne d'ailleurs stricto sensu que les vingt dernières minutes. De plus, le film est quelque peu phagocyté par le charisme de Joaquin Phoenix qui dévore tous ses partenaires à l'écran, y compris Rooney Mara, ce qui déporte l'intérêt de Marie-Madeleine vers la relation habituelle Jésus-Judas. 

Bizarrement Rooney Mara est surtout convaincante dans le silence et la contemplation, bien davantage que dans la déclamation. On la voit assez souvent dormir et se réveiller et l'on se prend alors à rêver d'un film qui dépasserait son vérisme documentaire pour partir vers des horizons oniriques insoupçonnés. Ce n'est pas le cas dans Marie-Madeleine, hormis quelques plans aquatiques d'un bel effet. Les bases d'un beau film se trouvent donc dans le sublime regard halluciné, baigné de larmes, de Rooney Mara, qui possède l'un des plus beaux visages du cinéma actuel, mais n'ont pas été suffisamment développées. A la place de cette possible rêverie, le spectateur a droit à une démonstration de la pression misogyne qui s'exerçait déjà à l'époque lorsque Pierre, jaloux ou protecteur de ses droits, nie toute légitimité à Marie-Madeleine pour faire partie du groupe des Apôtres, alors qu'elle détenait la vérité révélée de la bouche même de Jésus. Si Marie-Madeleine en avait fait partie, avait pu propager la bonne parole au premier rang qui était le sien, et était devenue fondatrice d'une Eglise, voire Papesse, peut-être la face du monde, ou du moins de la religion catholique, en eût été changée. Cette possible réécriture de l'histoire, assez vertigineuse, vue ainsi en potentialité, représente sans doute le principal intérêt de ce film qui ne parvient pas à se détacher de l'imagerie sulpicienne traditionnelle.   

Informations

Détails du Film Marie-Madeleine (Mary Magdalene)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic - Historique
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 28/03/2018 Reprise -
Réalisateur Garth Davis Compositeur Jóhann Jóhannsson
Casting Joaquin Phoenix - Chiwetel Ejiofor - Rooney MAra - Denis Ménochet - Tahar Rahim - Ariane Labed
Synopsis Marie Madeleine est un portrait authentique et humaniste de l’un des personnages religieux les plus énigmatiques et incompris de l’histoire. Ce biopic biblique raconte l’histoire de Marie, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem.

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