Critique T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied (Don't worry, he won't get far by foot)

T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied
Loin d'être un film dépressif sur un groupe d'handicapés, T'inquiète pas...devient alors une jolie ode à la vie et à la capacité que chacun a de se relever et de transformer son existence.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Dans l'univers féroce et impitoyable du cinéma, pour sa carrière, chaque metteur en scène ne vaut malheureusement que ce que vaut son dernier film. Gus Van Sant a dû méditer cet adage hollywoodien face à l'échec public et critique de son dernier film sorti en salles, Nos Souvenirs (anciennement baptisé La Forêt des Songes). Lui, d'ordinaire vénéré par la presse, en particulier pour sa tétralogie de la solitude, Elephant-Gerry-Last Days-Paranoid Park, s'était fait descendre sans ménagements par ces mêmes journalistes qui l'adoraient quelques temps plus tôt. Cela ne fait aucun doute qu'il a su voir des similitudes entre son carambolage critique et ce qui a pu arriver à John Callahan, alcoolique notoire, qui a pu trouver dans son accident de voiture l'occasion d'une renaissance. Sous des atours modestes, Gus Van Sant revient de façon inattendue à ce qui constitue son talent merveilleux de metteur en scène, un regard ironique, non dénué d'empathie, évitant miraculeusement la sensiblerie larmoyante.   

Loin d'être un film dépressif sur un groupe d'handicapés, T'inquiète pas...devient alors une jolie ode à la vie et à la capacité que chacun a de se relever et de transformer son existence.

Son nouveau film, T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied, ne paie en effet pas de mine, tout comme son titre à rallonge, délibérément anti-commercial, qui est le titre de l'autobiographie de John Callahan. On plonge donc dans l'existence de John Callahan, revenant en flash-back sur son passé pré-accident. Gus Van Sant, avec l'habileté qu'on lui connaît, entrelace divers niveaux temporels, tout en gardant la pleine maîtrise narrative de son film. On découvre John Callahan dans son établissement pour personnes handicapées, engagé dans des réunions sans fin avec d'autres colocataires, et revenant progressivement sur son passé, puis se projetant dans un avenir de reconnaissance publique et de célébrité, le tout entremêlé de rêves, brefs flashes ou fantasmes. Si, narrativement, la structure est plutôt complexe, le film paraît de prime abord assez sage d'un point de vue esthétique, en étant très souvent filmé en gros plans, très près des visages. On se trouve assez éloigné de l'esthétisme d Elephant ou de Paranoid Park. Certains pourraient même se demander où le talent formaliste de GVS a bien pu disparaître, lors de cette première demi-heure. 

C'est oublier un peu vite que le talent de GVS possède plusieurs facettes dont l'une, et non des moindres, consiste de faire flèche de tout bois et de s'adapter pour se mettre au service de son sujet. Comme dans Will Hunting ou A la rencontre de Forrester, T'inquiète pas...est une œuvre à forte charge mélodramatique, où GVS va s'efforcer -et réussir- à tenir à distance le larmoyant qui guette au coin de chaque plan. On imagine en effet sans peine ce qu'aurait pu donner une telle histoire dans les mains d'un cinéaste moins sensible que GVS: une avalanche de bons sentiments gluants, une démonstration incessante de cabotinage. Or Van Sant évacue d'emblée le sentimentalisme à bon marché en se concentrant sur des détails très concrets, par exemple, lors de leur première rencontre, les chuchotements de Callahan à Annu (fantasme irréel de beauté nordique, illuminé par une Rooney Mara parfaite) ou la course folle du fauteuil électrique de John Callahan.

Loin d'être un film dépressif sur un groupe d'handicapés, T'inquiète pas...devient alors une jolie ode à la vie et à la capacité que chacun a de se relever et de transformer son existence. GVS s'est ainsi focalisé sur la pulsion de vie qui demeure en ces corps condamnés à l'immobilité, et qui n'attend qu'à se répandre dans tous les sens. Dans ce sens, il a même employé des acteurs comiques et leur a donné une partition inédite où ils se révèlent tous excellents : Jonah Hill en mentor vacillant sur ses certitudes, et Jack Black qui, bien que debout et sans séquelles de l'accident, a peut-être raté sa vie alors que son compère, tétraplégique, l'a sans doute réussie. Qui gagne perd; qui perd gagne. Mais le film de GVS ne serait pas ce qu'il est, sans un Joaquin Phoenix, éblouissant, dans un rôle à Oscars, qui habite littéralement son personnage, avec pudeur, sans céder au pathos, confirmant une nouvelle fois que le plus grand acteur de sa génération n'est certainement pas un Di Caprio survendu. Avec lui, on ne compatit pas au sort de John Callahan, on le partage ainsi que son irrévérence salvatrice. Dans T'inquiète pas..., John Callahan se relève de son marasme personnel et permet ainsi à Gus Van Sant de sortir de sa traversée du désert artistique.   

Informations

Détails du Film T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied (Don't worry, he won't get far by foot)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 113 '
Sortie 04/04/2018 Reprise -
Réalisateur Gus Van Sant Compositeur
Casting Joaquin Phoenix - Rooney MAra - Jonah Hill - Jack Black
Synopsis Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… Il crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie…

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