Critique The Disaster Artist

The Disaster Artist
De l'histoire de la création d'un nanar, James Franco a réussi à tirer un bon film, ce qui, en soi, - même si on aurait pu espérer mieux, du côté du renversement du miroir des apparences -, représente une réelle performance.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

On a souvent retracé les débuts hollywoodiens de débutants qui se sont révélés être par la suite des stars. Mais lorsque l'absence de talent se révèle incontestable, comment percer dans un métier artistique où il existe beaucoup d'appelés et peu d'élus? Comment réussir, pourquoi continuer, lorsque l'envie de jouer et de tourner reste chevillée au corps et que pourtant toutes les portes se ferment? Dans The Disaster Artist, cet anti-La La Land, James Franco se penche sur le problème, en adaptant au cinéma The Disaster Artist, le récit mouvementé de l'amitié et de la collaboration artistique entre Greg Sistero et Tommy Wiseau, deux acteurs débutants, qui aboutira au tournage de The Room (rien à voir a priori avec Bergman ou Lynch), film de Tommy Wiseau, consacré depuis comme le Citizen Kane des nanars.  

De l'histoire de la création d'un nanar, James Franco a réussi à tirer un bon film, ce qui, en soi, même si on aurait pu espérer mieux, du côté du renversement du miroir des apparences, représente une réelle performance.

The Disaster Artist s'ouvre d'ailleurs, un peu à la manière des faux documentaires, dans le style d'Accords et désaccords, par des déclarations enamourées d'actrices et d'acteurs (Kristen Bell, Lizzy Caplan, Adam Stone, etc. ) pour The Room qui, pour eux, leur a révélé une autre manière de faire du cinéma. Le film embraye ensuite en 1998 sur la rencontre inattendue et le coup de foudre d'amitié entre Greg Sistero, un jeune acteur de 19 ans, et Tommy Wiseau, un homme sans âge, incroyablement riche, dans un cours d'art dramatique. Entre eux, le courant passe: le premier a beau vénérer Maman j'ai raté l'avion et l'autre ne croire qu'en Marlon Brando et James Dean, ce sera désormais à la vie à la mort, entre eux. Ils se promettent d'aller jusqu'au bout à Holywood et de ne jamais abandonner leurs rêves de réussite. 

Le grand souci, c'est qu'ils n'ont véritablement aucun talent. Encore Greg pourrait-il passer pour un bon acteur de sitcom avec sa bonne humeur et son allure de jeune premier ; mais Tommy, avec son air de vampire des Carpates et sa façon de beugler "Stella!" ou Shakespeare, se trouve largement au-delà du bon goût. Il faudra que Tommy se retrouve un soir un restaurant face à Judd Apatow pour qu'il appréhende la triste vérité qui a souvent traversé l'esprit de tout aspirant acteur : il n'est pas fait pour ce métier et devrait laisser tomber. Greg a alors l'illumination qui va les porter tous les deux dans une autre dimension: pourquoi ne pas écrire et faire son propre film? Le tournage de The Room aura donc lieu, financé de manière très obscure par six millions de dollars, avec son cortège de difficultés (Wiseau incapable de se souvenir de répliques courtes qu'il a lui-même écrites, renvoi d'acteurs et de techniciens, incohérence du scénario, narcissisme impénitent du metteur en scène), jusqu'à la réussite miraculeuse et improbable. 

On voit très bien ce qui a pu intéresser James Franco dans un tel projet: rendre hommage aux Schpountz de tous les pays, ceux sans qui l'élite n'existerait pas, puisque leur manque de talent sert de piédestal aux autres., ceux qui croient être à tort ou à raison élus pour jouer un rôle artistique hors du commun, par amour de l'art et du cinéma, et s'illusionnent sur leurs réelles capacités. On en connaît tous autour de nous, des gens qui croient écrire magnifiquement bien, même si leurs textes sont bourrés de fautes, des personnes qui croient pouvoir jouer brillamment, alors qu'elles se font rembarrer à chaque casting. A ces personnes, The Disaster Artist tend un miroir cruel, ce qui fait que le film n'est pas aussi drôle qu'on aurait pu le croire. James Franco fait d'ailleurs mine de choisir le parti de la comédie alors que le film ne regorge pas de répliques ou de situations hilarantes. Néanmoins ce film offre aussi un point de vue optimiste et plein d'espoir à ces personnes dépourvues du plus élémentaire talent: comme Tommy Wiseau et Greg Sister, il suffit de s'accrocher et la chance finira par sourire. Certes, la célébrité est un miroir aux alouettes et ce point de vue est sans doute trop optimiste pour la majorité des artistes peu doués qui continueront à croupir dans la médiocrité mais à défaut d'avoir réalisé un drame sublime, à la manière de Tennessee Williams ou d'Arthur Miller, comme il l'aurait souhaité, Tommy Wiseau deviendra connu pour avoir conçu le plus invraisemblable des nanars, comme quoi même la médiocrité aboutit à la reconnaissance. Les intentions des auteurs, c'est bien connu, sont souvent dépassées par la réalisation des œuvres, c'en est un exemple assez cocasse. 

Le film reste assez superficiel sur cet aspect, en se cantonnant dans son aspect de comédie sympathique, peu ambitieuse également sur le plan formel. Avec The Disaster Artist, on est loin de Ed Wood, un très beau film de Tim Burton, hommage au cinéma à travers l'un de ses serviteurs les moins doués, grand concurrent de Tommy Wiseau pour le titre de réalisateur du plus mauvais film de l'histoire du Septième Art. James Franco tient surtout le fil rouge de cette histoire de buddy movie, de ce roman d'amitié masculine, en célébrant sa petite famille cinématographique: son frère Dave dans le rôle de Greg, son ami Seth Rogen en script et même Judd Apatow incarnant celui qui mettra Tommy face à ses contradictions.   A travers la question qui parcourt le film, la personnalité de Tommy Wiseau, (on ne saura toujours pas son âge, ses origines et la raison de sa fortune), on se doute que James Franco nous pose et se pose peut-être à lui-même celle de son identité: qui est réellement James Franco, acteur et réalisateur boulimique et comment trouve-t-il le temps de faire tout ce qu'il peut produire? Dans le film, Franco, pourtant très appliqué à reproduire la diction traînante de Wiseau, paraît encore trop jeune et sympathique pour interpréter celui qui se voudrait l'émule de Kubrick et d'Hitchcock, dans un fantasme d'hyper-contrôle et de narcissisme complètement assumés.  L'idée de génie aurait été d'engager Wiseau pour jouer son propre rôle mais le résultat n'aurait pas été garanti. De l'histoire de la création d'un nanar, James Franco a réussi à tirer un bon film, ce qui, en soi, - même si on aurait pu espérer mieux, du côté du renversement du miroir des apparences -, représente une réelle performance. 

N.B.: on vous conseille de rester pour le générique de fin qui présente une comparaison en écrans divisés de The Room et de la recréation des scènes par l'équipe de James Franco, ainsi qu'une scène inédite à la toute fin des crédits. 

Informations

Détails du Film The Disaster Artist
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 07/03/2018 Reprise -
Réalisateur James Franco Compositeur
Casting Seth Rogen - James Franco - Dave Franco
Synopsis En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s'y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n'y a pas qu'une seule méthode pour devenir une légende !

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