Critique Ghostland

Ghostland
Ghostland célèbre une certaine idée du féminisme au travers de ces trois personnages de femmes d’un courage psychologique forçant le respect. Volontairement dérangeant, ne reculant devant aucune scène, aucun acte pour choquer, le film contient...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Thomas ARTEMNIAK

Critique du Film

Ghostland - Image 1Pascal Laugier est un réalisateur français de films d’horreur, qui a commencé sa carrière en tournant le making-of du Pacte des Loups à la demande de Christophe Gans. C’est grâce à la qualité de ce documentaire qu’il obtiendra son premier long métrage Saint-Ange avec Virginie Ledoyen, film non abouti mais prometteur puis surtout Martyrs, qui avait choqué son monde au moment de sa sortie. Ce réalisateur jongle entre la France et le Canada, au gré des possibilités que chaque pays lui offre. Saint-Ange avait été tourné en France alors que Martyrs l'avait été au Canada. Cette fois-ci, Ghostland est une production franco-canadienne qui ne manque pas d’arguments pour réinventer un vrai cinéma d’horreur français.

Il a été présenté en avant-première mondiale au festival du film fantastique de Gérardmer et en est revenu auréolé du Grand Prix, du Prix du Public et du Prix du Jury SyFy, rien que ça. Au vu de ce palmarès impressionnant, le spectateur est en droit d’attendre un "vrai" film d’horreur, quelque chose de différent, osé, qui pourra bouleverser la donne, insuffler un peu de renouveau dans le cinéma de genre.

Ce film n’est pas propre, il sent la sueur, la peur, l’urine et le sang

On se souvient que Martyrs avait défrayé la chronique, échappant de justesse à une interdiction aux moins de 18 ans. Ce film particulièrement éprouvant et mettant en scène de jeunes filles subissant les pires sévices imaginables, avait choqué le public, mais en même temps imposé un nouveau type de réalisateur français. Ghostland, à l’inverse de son film précédent The Secret, renoue donc avec cette volonté. Nous sommes parfois proches du torture porn sans que cela en soit véritablement, ainsi que du film fantastique et du film d’horreur crapouille et malsain que n’aurait pas renié Tobe Hooper. 

De multiples références au genre émaillent cette oeuvre, de Massacre à la tronçonneuse à Sixième Sens en passant par Les Autres. Mais même si Laugier rend hommage aux grands du genre, sa source d’inspiration principale reste HP Lovecraft. Le film commence d’ailleurs par une citation du maître de l’horreur littéraire qui a sévi bien avant Stephen King. Il y est fait référence tout au long du film, par l’intermédiaire de Beth, l’héroïne principale, qui cherche à  devenir auteur d’histoires à faire frémir et dont il est le le modèle absolu.

Le film est une véritable épreuve psychologique d’une heure et demie

Or, la puissance de l’écriture de Lovecraft se situe dans sa faculté à faire entrer l’élément fantastique dans le réel et cela notamment par le biais de la folie. L’Indicible, ou l’horreur ultime selon l’écrivain, se manifeste toujours au travers des yeux de protagonistes perdant la raison ou essayant de lutter pour ne pas la perdre. C’est là la bonne idée du scénario de Ghostland : jouer avec la folie, avec le regard de Beth, avec les émotions du spectateur. Tout est fait pour nous mettre dans l’ambiance dès le début: le camion de bonbons dans lequel voyagent les psychopathes, la maison "hantée" où vient s’installer cette famille monoparentale, contenant tous les éléments classiques de l’horreur: des poupées omniprésentes dans chaque coin et recoin, des clowns, des cachettes secrètes, un sous-sol glauque au possible. On peine parfois à imaginer que deux adolescentes puissent accepter de venir vivre et surtout dormir dans une telle demeure.

Le traitement est ultra-réaliste: la photo est digne de Seven, dans les tons marronnasses cradingues et la caméra virevoltante, suivant au plus près les protagonistes dans leur lutte, est tellement proche que l’on en arrive à partager leur douleur, leur espoir, leur résignation, leur peur… Ce film n’est pas propre, il sent la sueur, la peur, l’urine et le sang. La direction d’acteurs est bluffante et le jeu de la jeune Emilia Jones incroyablement juste et mature. Tous les acteurs sont parfaits, même Mylène Farmer, dans le rôle d’une Mère Courage, prête à tout pour aider sa progéniture, fait sensation.

Ghostland - Image 2L’horreur ne se fait pas attendre et sera quasiment non-stop jusqu’à la fin. A peine arrivée dans la maison (au bout de 10 minutes environ), la famille se fait attaquer par deux psychopathes dans une scène d’une intensité incroyable. L’un d’eux est une espèce d’énorme armoire à glace, défiguré, ne s’exprimant que par borborygmes et cris. Ce vrai personnage de croquemitaine particulièrement imposant et impressionnant (une sacrée performance pour la star américaine des salles de musculation Rob Archer) n’est pas sans rappeler le Leatherface de Massacre ou encore le Pluto de la Colline a des yeux version Aja. Il va sans dire qu’une bonne partie de la tension et de l’horreur découle directement de ce personnage. Que peuvent bien faire une mère et deux adolescentes fragiles face à un monstre pareil ?

Volontairement dérangeant, ne reculant devant aucune scène, aucun acte pour choquer, le film contient des scènes gores, voire vraiment très gores, mais pas que... Ne vous y trompez pas… Nous n’avons pas à faire ici à un simple slasher: il y a une histoire qui nous montre à quel point la folie peut s’insinuer en chacun de nous et ce qu’elle peut nous faire faire pour survivre. Le scénario, en référence à  Lovecraft, est donc loin d’être aussi simpliste que ce qu’il parait être au premier abord. Ce film vous emmènera loin, jouera avec vos émotions, mais aussi avec vos repères et finira par vous retourner littéralement. Soyez attentifs aux moindres détails: il pourrait bien nourrir vos soirées- débats pendant longtemps...

Laugier, bien loin de la misogynie, signe là une ode à la femme, à son courage et à sa détermination, face à une société encore très patriarcale, où celle-ci doit lutter encore et toujours pour exister et être l’égale de l’homme.

Ghostland, - et par ce biais, son réalisateur -, pourrait facilement être taxé de misogynie, tellement le spectacle auquel il nous convie semble être celui totalement gratuit de la torture de deux jeunes filles par deux hommes plus âgés. Il est à noter par ailleurs que les psychopathes n’ont aucune ligne de dialogue, à aucun moment leurs actes ou leur provenance ne sont expliqués, l’impression de violence gratuite n’en étant que plus renforcée et ajoutant au sentiment de malaise et d’incompréhension que l’on peut ressentir durant toute la projection.

Mais en vérité, il n’en est rien. Bien au contraire, ce film célèbre une certaine idée du féminisme au travers de ces trois personnages de femmes d’un courage psychologique forçant le respect. Laugier, bien loin de la misogynie, signe là une ode à la femme, à son courage et à sa détermination, face à une société encore très patriarcale, où celle-ci doit lutter encore et toujours pour exister et être l’égale de l’homme.

Ghostland est donc beaucoup plus qu’un bon film d’horreur, c’est un bon film tout court et le jury de Gérardmer ne s’y est pas trompé.

Informations

Détails du Film Ghostland
Origine France - Canada Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 91 '
Sortie 14/03/2018 Reprise -
Réalisateur Pascal Laugier Compositeur Eric Chevallier
Casting Mylène Farmer - Crystal Reed - Emilia Jones - Taylor Hickson
Synopsis Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

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