CRITIQUE : Cinquante nuances plus claires (Fifty shades freed)


Cinquante nuances plus claires

Critique du Film

A l'issue de Cinquante nuances plus sombres, on avait laissé Anastasia Steele et Christian Grey, sur le point de convoler, ayant vaincu tous leurs antagonistes, une Mme Robinson sur le retour (Kim Basinger), une rivale mal remise d'une séparation (Bella Heathcote) et un supérieur hiérarchique un peu trop pressant (Eric Johnson). Cette fois-ci, dès le générique de début, ils se marient et partent en voyage de noces. Cela ressemble à une fin heureuse, c'est le début de Cinquante nuances plus claires. Le défi artistique était élevé: comment mettre fin à la franchise cinématographique la plus calamiteuse de cette décennie? Soyez rassurés, nous ne passons pas au chef-d'oeuvre, cela eût été étonnant ; néanmoins, dans la surenchère vers la médiocrité, cet opus est légèrement moins mauvais que les précédents. Cela tient à peu de choses mais cette infime amélioration nécessite d'être détaillée.  

Dans un monde où l'érotisme, voire la pornographie, a quasiment tout envahi, la franchise Cinquante nuances représente soit une fiction délicieusement surannée soit un océan de niaiserie.

Le premier volet était proprement consternant de laideur et de vacuité cinématographiques, mélangeant le SM pour les nuls, le trauma oedipien bien pratique et les personnages en carton-pâte. Le deuxième opus était légèrement moins pire, l'abondance d'antagonistes réussissant à faire illusion le temps d'une projection. Or, étrangement, le troisième chapitre de cette trilogie s'avère le plus surprenant, grâce à un humour (volontaire ou involontaire) distancié et une nette baisse des scènes SM qui s'étaient révélées d'un ridicule achevé lors des deux premiers volets, Dakota Johnson et Jamie Dornan étant aussi crédibles en dominant et dominée que le Pape en champion d'haltérophilie. 

Alors, certes, comme on ne change pas une équipe qui gagne, vous retrouverez les mêmes ingrédients de la recette habituelle: un montage évanescent, en particulier pour les scènes de sexe (car il serait indécent de fournir davantage que le minimum syndical alors que le moindre téléfilm érotique peut s'avérer plus émoustillant et authentique), une bande-son FM absolument affreuse et rédhibitoire qui intervient toutes les cinq minutes avec la régularité d'un métronome suisse, des décors d'un clinquant "nouveau riche" assez triste et pitoyable et surtout une absence totale d'alchimie charnelle entre les deux partenaires du couple censé être le plus brûlant de la littérature (de gare).

Dans un autre contexte et pris individuellement, Dakota Johnson et Jamie Dornan ne sont peut-être pas de mauvais acteurs. Mais Jamie Dornan s'avère ici toujours aussi creux et privé de regard expressif, presque touchant dans son incapacité à transmettre les émotions de son personnage ; quant à Dakota Johnson, pourtant plutôt agréable à regarder avec sa coupe à la cocker dans le style de Zooey Deschanel (quoique Zooey ne se serait jamais commise dans un tel désastre), il est assez affligeant de constater que la petite-fille de Tippi Hedren, la fille de Mélanie Griffith, se révèle être aussi sexy qu'un bout de bois, et que son plus grand charme à l'écran réside dans sa voix un peu rauque.   

On pourrait continuer l'énumération longtemps et se lamenter que le grand Danny Elfman, le compositeur de Tim Burton, ait participé à cette aventure, sans faire émerger la moindre bande originale digne de ce nom. On peut aussi regretter que James Foley, jadis jeune cinéaste prometteur du film culte Comme un chien enragé et réalisateur de bons épisodes de Twin Peaks ou de House of Cards, utilise désormais son savoir-faire comme un mercenariat destiné à déclencher le tiroir-caisse, en ne cherchant même pas à investir ses plans d'une âme qui serait plus que superflue. On peut aussi se désoler que le scénariste-dialoguiste aligne comme à l'abattage les poncifs et les phrases définitives du style "Je voulais t'offrir le monde" et que l'on ait droit à la fin à un épouvantable résumé visuel de toute la trilogie (Twilight avait déjà recouru à ce procédé vulgaire), censé nous faire verser notre petite larmichette sur ce temps perdu à regarder ces œuvres dépourvues de consistance. 

Que sauver donc de ce naufrage? Pourquoi manifester de l'indulgence envers ce troisième volet? Peut-être que notre résistance a lâché et que nous nous sommes habitués avec le temps à la médiocrité émanant de cette œuvre. Sans doute savons-nous déjà à l'avance désormais à quoi nous attendre, les passages obligés, les roucoulades FM, les scènes de sexe qui n'en sont pas, le SM "soft", les déclarations d'amour qui sonnent faux, et que toute cette mascarade ne nous choque plus. Il faut juste noter à l'actif de ce final deux ou trois choses: un certain humour teinté d'auto-dérision (la réplique "nous avons ce qu'il faut" lorsqu'on demande à Anastasia si elle possède de quoi attacher un agresseur, Christian Grey faisant la cuisine), une séquence de poursuite en voiture qui se révèle être la séquence la plus excitante du film et enfin le portrait d'un véritable antagoniste qui aurait pu être réellement intéressant, s'il n'avait été aussi caricatural, engendrant un petit suspense ainsi qu'une réflexion minimale, mais ayant le mérite d'exister dans ce film mainstream, sur l'inné et l'acquis. 

Ce n'est pas certes pas grand'chose mais cela permet à cette suite de creuser un peu l'écart par rapport à ses volets antérieurs. Elle ravira les fans et consternera un peu moins les autres. Dans un océan de médiocrité, on est toujours ravi de surprendre au loin quelques lueurs. Cinquante nuances plus claires permet donc à la franchise cinématographique la plus catastrophique depuis Twilight de s'achever à peu près dignement. Il ne reste plus qu'à souhaiter que Dakota Johnson et Jamie Dornan profiteront de leur célébrité chèrement acquise pour dénicher de meilleurs rôles, comme certains prédécesseurs tels que Kristen Stewart et Robert Pattinson, et qu'ils éviteront surtout de poursuivre la franchise. Le risque de nouvelles adaptations existe pourtant bel et bien car la terrifiante E.L. James ne compte pas lâcher le filon de sitôt, ayant déjà écrit Grey et Darker, revenant sur les événements de la trilogie, mais perçus du point de vue de Christian Grey. Il est étonnant d'observer que cette trilogie a commence sous l'égide du SM et se termine [ATTENTION SPOILER] de la manière la plus conventionnelle et banale qui soit: un mari, une épouse, deux enfants. Comme quoi le politiquement correct l'a définitivement emporté dans cette franchise sur toute tentative de subversion. La dernière réplique semble même un appel du pied ironique au féminisme ambiant: "Mme Grey, vous êtes très dominante mais je m'y ferai". [FIN DU SPOILER] Cette franchise n'en reste pas moins consternante. Au début du film, Anastasia se retrouve sur une plage et veut s'exhiber seins nus face aux récriminations de Christian: "mais partout sur cette plage il y a des nichons...Personne ne va s'intéresser aux miens". En effet, sans le savoir, le personnage d'Anastasia énonce une triste vérité: dans un monde où l'érotisme, voire la pornographie, a quasiment tout envahi, la franchise Cinquante nuances représente soit une fiction délicieusement surannée soit un océan de niaiserie.      

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film Cinquante nuances plus claires (Fifty shades freed)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Romance - Erotique
Version Cinéma Durée 106 '
Sortie 07/02/2018 Reprise -
Réalisateur James Foley Compositeur Danny Elfman
Casting Dakota Johnson - Jennifer Ehle - Jamie Dornan
Synopsis Pensant avoir laissé derrière eux les ombres du passé, les jeunes mariés Christian et Ana profitent pleinement de leur relation tortueuse et partagent une vie de luxe. Mais alors qu’Anastasia commence tout juste à s’adapter à son nouveau rôle de Madame Grey et que Christian s’ouvre finalement à elle, de nouvelles menaces viennent mettre en péril leur vie commune avant même qu’elle n’ait débutée.

Par David Speranski

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