Critique Phantom Thread

Phantom Thread
Si le film évoque superficiellement les œuvres très lisses d'Ivory, il existe un feu brûlant qui couve à l'intérieur de cette apparence trompeuse de séduction glacée. Via Daniel Day-Lewis, on se trouve en effet bien plus proche du romantisme passionné...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

On avait laissé Paul Thomas Anderson en roue libre dans le délirant et passionnant Inherent Vice adapté du romancier culte Thomas Pynchon. On sentait depuis The Master cette volonté de faire exploser tous les cadres et limites de son univers. Ce fantasme de créateur réalisé, cela ne faisait nul doute qu'il allait prochainement revenir à ce qui constitue un peu l'essence de son œuvre, l'obsession du contrôle et du perfectionnisme. C'est chose faite avec Phantom Thread où PTA part apparemment sur les traces d'un James Ivory, en racontant l'histoire d'un couturier vedette dans les années 50 à Londres. Or, si le film évoque superficiellement les œuvres très lisses d'Ivory, il existe un feu brûlant qui couve à l'intérieur de cette apparence trompeuse de séduction glacée. Via Daniel Day-Lewis, on se trouve en effet bien plus proche du romantisme passionné du Temps de l'Innocence de Scorsese (même si ce roman d'Edith Wharton se passe à New York), voire des rapports de domination et d'interdépendance d'un Lune de Fiel signé Roman Polanski.  

Si le film évoque superficiellement les œuvres très lisses d'Ivory, il existe un feu brûlant qui couve à l'intérieur de cette apparence trompeuse. Via Daniel Day-Lewis, on se trouve en effet bien plus proche du romantisme passionné du Temps de l'Innocence de Scorsese (même si ce roman d'Edith Wharton se passe à New York), voire des rapports de domination et d'interdépendance d'un Lune de Fiel signé Roman Polanski.

Avec Phantom Thread, Paul Thomas Anderson se livre à un autoportrait de l'artiste en couturier maniaque du détail et perfectionniste acharné dans la conception de ses robes à destination des mondaines se pavanant dans le Londres des années cinquante. Reynolds Woodcock, célibataire endurci, dirige ainsi avec sa sœur Cyril une maison de haute couture qui habille aussi bien les stars de cinéma que la haute société britannique. Sa vie sentimentale consiste en passades sans lendemain avec des clientes de sa maison, jusqu'à ce que l'amour frappe à sa porte, avec Alma, une serveuse immigrée d'Europe centrale. Elle va devenir sa muse puis sa femme, puis lui fera perdre progressivement le contrôle de son art et de sa vie.

Jusqu'où l'art peut-il concurrencer la vie? Que peut-on réellement contrôler dans son existence? Telles sont les thématiques exposées par Paul Thomas Anderson dans son nouveau film. Le film est dédié à la mémoire du regretté Jonathan Demme (Le Silence des Agneaux, Philadelphia), récemment disparu, l'une des plus grandes influences de PTA, un de ses mentors et amis personnels. La mise en scène, toute en plans-séquences magnifiquement maîtrisés et en mouvements de caméra ophulsiens, se trouve au diapason de ces thèmes et leur rend parfaitement justice. Certes, la direction artistique de ce film est tout bonnement exceptionnelle, en ce qui concerne les costumes, les robes et les décors mais l'essentiel ne se trouve pas là. La mise en scène et la direction artistique ne font surtout que servir les thèmes du film, - en particulier l'âme ardente qui s'y cache -, qui trouvent dans ce somptueux écrin un parfait refuge pour mieux se déployer dans toute leur ampleur.

Car Daniel Day-Lewis, pour ses ultimes adieux (?) à l'art dramatique, a rarement été aussi convaincant, osant peut-être pour la première fois montrer l'homme derrière l'impressionnante machine à jouer. En effet, même si on a pu admirer la virtuosité technique de ses précédentes prestations, le triple lauréat de l'Oscar du meilleur acteur ne fendait pas forcément l'armure, en incarnant ses personnages. Dans son inteprétation de Reynolds Woodcock, il ose ici nous montrer les fêlures d'un homme qui préfère lâcher prise, ne pouvant plus supporter la pression de la perfection ; d'un artiste aux prises avec une femme plus jeune, d'une classe sociale différente, dont il s'est épris pour le meilleur et pour le pire ; d'un amoureux sur le tard qui perd tous ses repères face au moindre geste inattendu de sa bien-aimée. Dans Phantom Thread, Vicky Krieps représente une authentique révélation, stupéfiante dans le rôle d'Alma, aussi crédible en serveuse modeste de restaurant qu'en dame de la haute société aristocratique et grand-bourgeoise. Entre les deux, Cyril, la sœur (excellente Lesley Manville), joue un peu le rôle d'une arbitre, décidée à perpétuer la continuation de la grande maison dont elle a la charge, et hésitant à prendre le parti de l'un ou de l'autre.   

On découvre alors que le scénario inspiré de James Ivory (Paul Thomas Anderson en est l'auteur unique) et des rapports de classe sociale ne constitue en fait qu'un prétexte pour évoquer un romantisme tourmenté et fiévreux hérité d'Hitchcock et des sœurs Brontë. Il serait même possible d'évoquer à ce sujet le thème de la "dégradation par l'amour" si cher au regretté François Truffaut et surtout traité dans sa Sirène du Mississipi. Ce qui attire Reynolds chez Alma dès le départ relève de l'attraction de la mère nourricière (c'est elle, en tant que serveuse, qui lui donne à boire et à manger), en particulier pour lui qui a perdu sa mère et ne cesse d'en parler.  Dans deux séquences formidables situées dans la seconde moitié du film, ce lien entre la mère et la nourriture est exposé au grand jour: lorsque dans un éclairage vespéral, la mère de Reynolds lui apparaît indistinctement au fond de sa chambre; et surtout dans une séquence d'anthologie, où la confection d'une omelette semble signifier une condamnation à mort. La dernière réplique du film '"Je commence à avoir faim", prononcée en position fœtale, est très significative à ce sujet. A ce moment, on a quitté depuis longtemps le cinéma de James Ivory et on retrouve alors le cinéma de Roman Polanski, cf. Cul-de-Sac et Lune de fiel, où les rapports de force et d'interdépendance psychologique dans le couple prédominent et où le plus fort n'est absolument pas celui que l'on croit. 

Informations

Détails du Film Phantom Thread
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 131 '
Sortie 14/02/2018 Reprise -
Réalisateur Paul Thomas Anderson Compositeur Jonny Greenwood
Casting Daniel Day-Lewis - Lesley Manville - Vicky Krieps - Camilla Rutherford
Synopsis Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

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