CRITIQUE : L'exécuteur (Shot Caller)


L'exécuteur

Critique du Film

Image 1 Shot caller Ric Roman Waugh, après Félon en 2008 et Infiltré en 2013, complète sa trilogie sur le sujet du milieu carcéral avec Shot Caller (L'exécuteur) dont le point de vue clairement affirmé conduit à une critique virulente du système judiciaire américain sous-tendu par le principe du tout répressif et de ses conséquences perverses. Tout semble réussir à Jacob Harlon, que ce soit dans sa vie privée où il file le parfait amour aux côtés de son épouse Kate, ou bien comme homme d'affaires apprécié de ses collègues de travail. Jusqu'à ce qu'il se rende responsable d'un accident grave de la circulation laissant son ami sur le carreau alors qu'il sortait d'un repas particulièrement arrosé. Immédiatement incarcéré au milieu des criminels les plus endurcis, il va devoir se plier aux règles pour survivre: "devenir soit un guerrier soit une victime. Il n'y a rien entre les deux." précise en voix off le personnage de Josh, dit "Money" par ses compagnons de cellule. Nouvelle identité qui pose la question de savoir jusqu'où la prison (ou toute autre expérience analogue) peut anéantir un homme, non pas l'être biologique ainsi désigné par ce terme auquel son "instinct de survie" est susceptible de le ravaler, mais sa capacité à se différencier des autres espèces animales en établissant un système de valeurs qui lui est propre: aigle plutôt que mouton. Conception individualiste de laquelle s'accommode aisément l'histoire du peuple américain issu des pionniers venus d'Europe qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes dans leur entreprise périlleuse de conquête du territoire, d'ailleurs sublimée par le genre du western.

Le montage en parallèle de deux séries indépendantes permet de mettre en relation d'une part la personnalité en formation de Josh, conditionnée par son nouvel environnement (analepse cinématographique), d'autre part, de développer l'intrigue principale au fil d'une seconde série chronologique prenant pour point de repère sa sortie de prison après sept années passées derrière les barreaux.

Ou plutôt, c'est leur opposition apparente, dynamisée par le mouvement dialectique du montage et aboutissant à la création d'une unité supérieure (totalisation des deux moments ou des deux séries fusionnant entre elles) que nous révèle le dénouement de l'intrigue en la personne de son héros, qui relie l'une à l'autre. Les premières images du film se complaisent ainsi à souligner le contraste, voire l'opposition, des deux faces présentées par le personnage à 7 années de distance. Money écrit une lettre d'adieu à son fils, corps tatoué de la tête aux pieds, moustache fournie, attitude prostrée, univers confiné, froid et sombre, hanté par la mort (un détenu vient de se pendre dans la cellule juste à côté de la sienne), des prisons. Tandis que nous le retrouvons avant l'accident, dans la séquence qui suit, jouant au squash avec son collègue de travail, en compagnie de son épouse, au restaurant, espace ouvert, lumineux et clair, gestes déliés, expansivité, atmosphère cordiale et humeur gaie sous l'influence d'une ivresse due à l'absorption d'alcool.

Image 2 Shot CallerLe montage en parallèle de deux séries indépendantes permet de mettre en relation d'une part la personnalité en formation de Josh, conditionnée par son nouvel environnement (analepse cinématographique), d'autre part, de développer l'intrigue principale au fil d'une seconde série chronologique prenant pour point de repère sa sortie de prison après sept années passées derrière les barreaux. Le rôle d'intermédiaire qu'il est amené à jouer dans le cadre d'une vente d'armes aux mexicains pour le solde d'une bande de criminels impitoyables dirigée depuis sa prison par La Bête ("The Beast"), qui semble le contraindre à éloigner sa famille de lui dans le souci de mettre cette dernière à l'abri d'éventuelles représailles, n'explique cependant pas sa décision de rompre définitivement avec elle. Jacob semble avoir un plan qu'il s'efforce de mettre méticuleusement en application, cependant que le scénario nous laisse dans l'incertitude de savoir à quelle fin est vouée l'entreprise dont la réussite repose sur ses épaules. Impénétrable et imperturbable, son comportement apparaît en effet étrangement protecteur à l'égard d'autres personnages impliqués plus ou moins directement dans l'affaire _ la prostituée qui lui est "offerte" par "Shotgun" dont il refuse les services, le soldat qui fait passer les armes d'Afghanistan aux Etats-Unis _ signe que le jugement qu'il porte sur les êtres humains n'a rien perdu de son acuité, bien au contraire, mais qu'il s'exerce désormais au-delà des préjugés moraux véhiculés par la société que représente le personnage de son agent de probation Kutcher, "par-delà bien et mal" serait-on tenté de dire. Il semble avoir fait de son expérience en prison une force insoupçonnée qui le rend capable de s'extraire de n'importe quelle situation délicate grâce à son intelligence, tout en ayant réussi non seulement à conserver sa part d'humanité mais encore à l'affuter au contact de la réalité.

Personnage nietzschéen par excellence, dont la dualité rappelle certains personnages au caractère ambigu des films de Michael Mann, mais qui se rapproche encore plus peut être, pour la glorification de la force physique, du personnage magnifiquement incarné par Jon Voight dans Runaway Train (1986) de Konchalovsky, le retour à la force brute caractérisant le combat final étant symptomatique du concept de volonté de puissance maladroitement assimilé par la pensée américaine (il faut bien en donner au public pour son argent), Jacob/Money symbolise la mauvaise conscience du peuple américain. Un scénario écrit avec soin où rien n'est négligé, de l'écriture des personnages au développement de l'intrigue avec ses nombreuses ramifications, sans que jamais l'enjeu de départ ne soit abandonné en route. Une réalisation maîtrisée et une tension parfaitement entretenue jusqu'au bout qui fait pencher _ pour notre plus grand plaisir _ Shot Caller plus du côté du thriller que du film d'action pure. Sans parler de l'interprétation de qualité des acteurs et tout particulièrement bien sûr de Nikolaj Coster-Waldau dans le rôle de Money. Une réussite incontestable du genre.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film L'exécuteur (Shot Caller)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 13 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 121 '
Sortie 15/12/2017 Reprise -
Réalisateur Ric Roman Waugh Compositeur Antonio Pinto
Casting Jessy Schram - Nikolaj Coster-Waldau - Jon Bernthal - Holt McCallany - Max Greenfield
Synopsis Jacob Harlon est un hommes d'affaires à succès et un père de famille épanoui jusqu'au jour où il tue son meilleur ami dans un accident de la route après une soirée trop arrosée. Envoyé dans une prison de haute sécurité, il doit se soumettre aux rites de passage et devient Money, un gangster violent et sans pitié. A sa sortie, surveillé par la police, ses anciens codétenus l'obligent à commettre un dernier crime.

Par Sébastien LAMOTHE

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