CRITIQUE : Gaspard va au mariage


Gaspard va au mariage

Critique du Film

Cela fait sept ans qu'Antony Cordier n'avait pas tourné. Il revient donc sur le devant de la scène cinématographique avec un film qui ne ressemble pas a priori à ses précédents films (Douches froides, Happy few) qui se rangeaient plutôt du côté des drames naturalistes. Avec Gaspard va au mariage, nous voici partis vers la loufoquerie la plus totale, la fantaisie burlesque. Pourtant, même dans ce film qui semble symboliser une rupture avec le reste de son œuvre, Antony Cordier n'est sans doute jamais meilleur que lorsqu'il filme ce qu'il ressent le mieux, le retour à l'état sauvage, l'animalité profonde des êtres humains. 

Bien plus que le thème un peu trop usité de la famille dysfonctionnelle, Gaspard va au mariage raconte la tentation involutive de retour vers l'enfance pour échapper à une réalité trop désespérante.

Gaspard, jeune homme de 25 ans, revient dans sa famille à l'occasion du remariage de son père. Il nourrit une certaine appréhension à l'idée d'y retourner et se munit pour l'affronter d'une fausse petite amie rencontrée sur une voie de chemin de fer. Il est pourtant loin de se douter qu'en retrouvant le zoo de son enfance (cf. Nouveau départ de Cameron Crowe), il sera en bisbille avec un père trop volage pour se remarier, un frère trop raisonnable et casanier et une sœur un peu dérangée qui se balade, vêtue en permanence d'une peau d'ours.

La thématique de la famille dysfonctionnelle, personne ne l'a sans doute mieux traitée que Wes Anderson dans La Famille Tenenbaum. En s'y attelant, Antony Cordier s'expose sans coup férir à cette comparaison périlleuse. Or Gaspard va au mariage pèche principalement par l'étalage de ses bonnes intentions. Antony Cordier manque un peu de style cinématographique pour montrer ou suggérer les choses avec élégance. Il ne suffit pas de filmer des personnages au ralenti pour faire aussi bien que le ralenti "Wes Andersonien", figure récurrente du style du metteur en scène américain., ni de découper son histoire en chapitres pour se focaliser sur des personnages à la manière d'un Woody Allen, dans Hannah et ses sœurs. De ces figures imposées demeure surtout le geste, à défaut de restituer un sens.

Le film d'Antony Cordier est ainsi légèrement desservi par une campagne de promotion un peu mensongère. Il ne s'agit pas de la comédie la plus hilarante, imaginative et loufoque du cinéma français depuis une décennie. C'est plutôt un film mélancolique sur la régression vers l'état sauvage, et le bonheur que cette régression procure. Bien plus que le thème un peu trop usité de la famille dysfonctionnelle, Gaspard va au mariage raconte la tentation involutive de retour vers l'enfance pour échapper à une réalité trop désespérante.  

Or le cinéma de Cordier s'avère assez inégal sur la pente de la comédie unanimiste et rassembleuse. Certes, il se distingue de la grasse comédie franchouillarde, mais manque d'une réelle inspiration pour traiter poétiquement des mille et une manières de se détourner du réel. En revanche, Cordier demeure enthousiaste et lyrique dans la célébration des corps, accompagnant la régression vers l'animalité. Il effleure son véritable sujet qui est celui de la transgression avec les relations quasi incestueuses entre Gaspard et sa sœur Colline, clin d'œil vivant au personnage de Peau d'Ane. Après le triolisme de Douches froides, l'échangisme de Happy few, Antony Cordier s'attache sans l'attaquer à ce qui représente peut-être le dernier tabou, la possibilité d'inceste entre un frère et une sœur, voire entre un père et sa fille. Bien aidé par la beauté incandescente et naturelle de Christa Théret, épatante en sœur rebelle, Cordier fait passer des situations à la limite du scabreux avec une innocence comparable à celle des nouveaux-nés. Si le film s'était recentré sur le traitement de l'inceste, au lieu de s'éparpiller inutilement et de vouloir à toute force faire croire à sa drôlerie et sa légèreté, on l'aurait bien plus apprécié de façon spontanée. Gaspard va au mariage est décidément le type de films qu'on regrette de négliger, en raison de son style inégal, et qu'on aurait aimé davantage aimer mais qui ne restera dans les mémoires qu'un seul été. 

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Gaspard va au mariage
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 31/01/2018 Reprise -
Réalisateur Antony Cordier Compositeur
Casting Félix Moati - Christa Theret - Laetitia Dosch
Synopsis Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir... Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance.

Par David Speranski

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques