CRITIQUE : Wonder Wheel


Wonder Wheel

Critique du Film

Jamais, depuis Maris et femmes, la sortie d'un Woody Allen n'aura été aussi problématique. On s'était habitué depuis cinquante ans à recevoir sa carte postale cinématographique annuelle. Or, depuis le scandale Weinstein, tout a changé: lui qui était vénéré et couvert d'Oscars s'est vu rattraper par les accusations d'abus sexuel lancées par sa fille adoptive Dylan Farrow. Par conséquent, la stratégie adoptée pour la sortie de Wonder Wheel, son 48ème film (si on compte soit New York Stories, son film collectif coréalisé avec Scorsese et Coppola, soit Nuits de Chine, son téléfilm, dans le nombre de son œuvre pléthorique), est clairement le profil bas: pas de tournée promo à Paris, quasiment pas de projections de presse. Wonder Wheel n'a pas non plus fait le tour des festivals alors que Woody aime bien présenter hors compétition ses films à Cannes ou à Venise. Serait-ce un four annoncé, voire le plus mauvais Woody Allen depuis longtemps?

Wonder Wheel est ainsi une sorte de mélodrame williamsien ou sirkien que Woody Allen n'a jamais réellement expérimenté dans son œuvre.

Nous ne nous prononcerons pas sur les accusations de Dylan Farrow, ce n'est pas le lieu pour le faire. Seule compte ici l'appréciation de ce nouveau film de Woody Allen. Wonder Wheel, comme le film qui l'a précédé, Café Society, joue la carte de la nostalgie : Coney Island et sa plage, les années cinquante, des chansons jazzy. Woody Allen préfère désormais regarder dans le rétroviseur de son passé, lorsqu'il était gosse et traînait du côté de Coney Island. Depuis quelques films, il semble avoir tourné la page de sa tournée européenne (Londres, Barcelone, Paris, Rome, la French Riviera) et être définitivement revenu aux Etats-Unis, essentiellement depuis Blue Jasmine.  Or, pour lui, hormis le film précité et L'Homme irrationnel (finalement plus passionnant qu'on ne le croyait), son pays se vit désormais au passé. Woody Allen recrée, reconstitue, réinvente mais n'invente peut-être plus.

Pourtant il essaie d'innover: Wonder Wheel est ainsi une sorte de mélodrame williamsien ou sirkien qu'il n'a jamais réellement expérimenté dans son œuvre. Malheureusement on l'a déjà vu maintes fois ailleurs en mieux. Kate Winslet qui aurait dû tourner dans Match Point quinze ans auparavant, est ainsi récupérée in extremis pour l'oeuvre de Woody Allen et apporte ici son aura de femme frustrée, extrêmement façonnée par avance dans Les Noces rebelles, Mildred Pierce ou Little Children. Dans Mildred Pierce de Todd Haynes, elle se trouvait déjà face à la vive concurrence d'une rivale plus jeune, sa fille (Evan Rachel Wood). Juno Temple joue ici le rôle de sa belle-fille, rivale plus jeune, pour qui le temps commande de laisser la place. Rien donc de très nouveau sous le soleil de Coney Island ne se manifeste ici. De la même façon que dans Café Society, l'intrigue sentimentale est cousue de fil blanc et ne fascine guère. Wonder Wheel est ainsi un mélodrame bancal et languissant, un peu trop théâtral et bavard, même pour un Woody Allen, l'action se focalisant sur la maison de Humpty et Ginny et la plage. S'y exprime sans doute pour Woody la peur de se voir quitté pour quelqu'un de plus jeune, hantise normale à l'âge avancé qui est désormais le sien.

Pourtant Wonder Wheel n'est pas le pire des films de Woody Allen, loin de là. Ce triste privilège peut être réservé à To Rome with Love, Vous allez rencontrer un grand et sombre inconnu ou encore sa trilogie de comédies du début des années 2000 (Hollywood Ending, Le Sortilège du scorpion de Jade, Escrocs mais pas trop).  Il est même meilleur que September qui, dans la catégorie des drames, était un douloureux et terne échec. De toute manière, si Woody Allen est malgré tout un grand cinéaste, c'est qu'il parvient à ne jamais descendre en-dessous d'une qualité minimale de réalisation. Wonder Wheel en est encore un témoignage. En dépit de ses faiblesses, de ses lenteurs et de ses imperfections (Justin Timberlake, guère transcendant dans un rôle de narrateur voué à briser une nouvelle fois la convention du quatrième mur et Jim Belushi dans un emploi assez convenu de brute), il parvient néanmoins à émouvoir par ses actrices, Juno Temple, convaincante dans son premier vrai rôle d'adulte (il était temps à 27 ans!) et surtout Kate Winslet qui réussit encore à surprendre dans un personnage qu'elle a déjà joué beaucoup de fois, lors de plans-séquences époustouflants (celui du couteau ou sa crise de nerfs sur la jetée). De ce film, on retiendra donc surtout la performance de Kate Winslet, épatante en femme mûre qui voit son ultime chance de recommencer sa vie se fracasser contre les vagues de Coney Island, ainsi que la lumineuse photographie de Vittorio Storaro, le chef-opérateur des plus beaux Bertolucci, qui offre quelques-uns des plus beaux plans de toute la filmographie de Woody Allen : la discussion filmée en magnifique contre-jour entre Juno Temple et Kate Winslet ou encore la dispute sur la jetée, où il fait miroiter des éclairs sur les reflets du banc et de la barrière.

On ne sait pas si Wonder Wheel sera le dernier Woody Allen à sortir en salle. On espère que non. Son prochain film, A Rainy day in New York, avec Elle Fanning, Timothée Chalamet et Selena Gomez, disposant d'un casting destiné à séduire la jeune génération de spectateurs, est menacé de sortir en VOD par Amazon, voire même de ne pas sortir du tout. Comme on l'a déjà dit, on ne se prononcera pas sur les faits imputés à Woody Allen. On espère simplement qu'il pourra aller jusqu'au bout de son parcours artistique, s'il est avéré qu'il n'a rien à se reprocher, en l'absence d'éléments nouveaux dans cette affaire, et que nous pourrons voir ses prochains films. La roue tourne.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Wonder Wheel
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 31/01/2018 Reprise -
Réalisateur Woody Allen Compositeur
Casting Justin Timberlake - Kate Winslet - Juno Temple - James Belushi
Synopsis Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l'effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses.

Par David Speranski

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques