Critique Terrain Mineurs 1ère partie

Terrain Mineurs 1ère partie
Un travail documentaire rassemblant un matériau relativement riche qui manque cependant d'être suffisamment mis en relief, faute d'un point de vue affirmé, saillant, sur le sujet...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Documentaire

Un couloir, celui du Tribunal de Grande Instance de Paris, sur l'Île de la Cité, où officie le tribunal pour enfants, sur chaque côté duquel des portes s'ouvrent derrière lesquelles, dans le secret du bureau de trois magistrats _ le couple de réalisateurs ayant réussi à obtenir l'autorisation exceptionnelle de filmer en huis clos là où personne en dehors des familles n'a le droit d'entrer _  juges pour enfants (ou procureurs) dont la caméra a suivi le travail sur une période de temps d'environ 10 mois (du 6 septembre 2016 au 10 juillet 2017), le sort de mineurs en perdition se joue. Le documentaire s'attache à suivre le fil du processus (pour ne pas dire " de la procédure") selon lequel les juges sont amenés à accomplir la mission première qui leur a été assignée par la loi française: celle de protéger les mineurs, quels que soient les faits qui peuvent leur être reprochés. Rôle qu'ils outrepassent pour se changer en éducateurs lorsqu'il s'agit de la tâche difficile de faire comprendre à ceux-ci le sens de la loi, voire des mesures ou de la peine qui est prise à leur encontre, ainsi que de leur faire toucher du doigt la gravité des actes délictueux qu'ils ont commis.

D'essayer de rendre conscientes à leur esprit les conséquences d'actes de violence physique portés sur des mineurs de leur âge dans le cadre de bagarre entre bandes rivales voire contre des adultes, pour des raisons souvent d'ailleurs futiles. Les mineurs concernés sont de profil et d'âge divers (jusqu'à 17 ans) mais ont tous pour caractéristique commune d'être issus d'un milieu défavorisé, ou en rupture familiale, révélant un mode dysfonctionnel de relations à l'intérieur de la famille qui conduit parfois le jeune garçon encore adolescent à endosser un rôle paternel trop grand pour lui (auquel s'associe presque systématiquement l'absence du père réel): du dialogue avec une mère se plaignant de l'irrespect dont fait preuve son fils à son encontre et de la réponse de l'éducateur qui lui fait face mettant en lumière l'existence d'une charge émotionnelle envahissante préjudiciable au développement normal de l'adolescent. Protéger les mineurs c'est donc aussi parfois les éloigner de leur famille, de leur quartier, de leurs mauvaises fréquentations, comme ce jeune garçon de 16 ans soupçonné de violence en bande à qui le juge interdit de retourner sur le lieu de son délit, ou bien cet adolescent d'à peine 12 ans qui ne manque pas d'aplomb face au juge, convaincu de rackett, à l'encontre duquel la juge décide d'une mesure de placement. Conscient d'être dépassé, le père accepte voire semble se satisfaire de cette décision sans que l'amour qu'il porte à son fils ne soit à aucun moment remis en question, bien au contraire. De la dignité d'un homme qui retient ses larmes lorsqu'est évoquée la situation d'un fils aîné lui-même déjà en prison. Des situations de famille particulièrement difficiles, voire inimaginables (et pourtant) _ ce père polytoxicomane qui demande à son fils qu'il va visiter en prison de lui fournir de la drogue _ une liste d'infraction déjà longue pour certains d'entre ces mineurs à un âge précoce qui donne la mesure du chemin à parcourir pour sauver ces adolescents de leur perte. Sans oublier le cas d'enfants directement victimes de la violence des adultes et/ou du monde adulte, comme cette jeune fille qui trouve le courage de porter plainte contre son agresseur après avoir été victime d'atteintes sexuelles de sa part de l'âge de 7 ans jusqu'à ses 15 ans sous le toit de ses parents. Ou comme cet enfant, réfugié étranger, qui se retrouve sans foyer.

La difficulté du travail remarquable des magistrats résidant de façon inattendue dans le refus qu'oppose souvent le mineur à l'aide qu'on lui propose illustré par cet adolescent accusé de dealer de la drogue qui continue de prétendre face à l'éducateur qui finit par s'emporter contre lui qu'il ne voit rien de grave dans la commission de son délit. Mais le plus souvent, il n'en voit pas l'utilité parce qu'il ne croit tout simplement plus en lui, pas plus qu'en son avenir d'ailleurs. La détention comme dernier recours, en désespoir de cause, et un dialogue trop souvent à sens unique face à des mineurs inconscients de la réalité de leur situation ou incapables d'imaginer une alternative possible à leur vie actuelle. La surcharge de travail aussi, esquissée au travers d'une séquence où la juge reçoit sur son bureau un dossier de 500 pages à consulter dans l'urgence, en une demi-heure, le temps qui lui reste avant d'y accueillir le mineur.

Le dispositif mis en place nous situe face au juge, adoptant le point de vue du jeune délinquant, plans serrés sur ses mains qui se tordent dans l'attente inquiète d'une décision susceptible de changer le cours de son existence mais dont il ne comprend pas encore le sens, qu'il ne comprendra d'ailleurs peut être jamais, face à un juge qui fait de son mieux avec sa conscience. Un travail documentaire rassemblant un matériau relativement riche qui manque cependant d'être suffisamment mis en relief, faute d'un point de vue affirmé, saillant, sur le sujet et dont on peine à discerner l'aboutissement logique (la deuxième partie du film que nous n'avons pas pu encore voir remédiant peut-être à ce défaut), qui pâtit sans doute aussi du nombre important de travaux déjà effectués sur le sujet. Reste un documentaire dont il faut saluer le travail même s'il n'apporte pas grand-chose de plus sur le sujet à ce que nous savions déjà.

Informations

Détails du Documentaire Terrain Mineurs 1ère partie
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Documentaire Genre Drame
Version TV Durée 118 '
Sortie 26/01/2018 Reprise -
Réalisateur Bertrand de Solliers - Paule Muxel Compositeur
Casting
Synopsis Le tribunal pour Enfants de Paris, installé au tribunal de Grande Instance sur l’île de la Cité, a compétence sur la justice des mineurs. Pendant un an, après une longue préparation et des autorisations exceptionnelles, le film suit de façon attentive différentes audiences dans le cabinet de trois juges des enfants. Des audiences pénales et éducatives, un face à face direct avec les mineurs, dans certains cas en contexte international (mineurs isolés étrangers), des moments tendus à l’issue incertaine.

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