Critique Pentagon Papers (The Post)

Pentagon Papers
Spielberg dégaine son arme maîtresse, la mise en scène. Relativement absente et compassée dans Lincoln ou Le Pont des Espions, elle effectue son grand retour dans Pentagon Papers. Vive et fluide, reposant sur un montage ultra-découpé et précis...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Chez Steven Spielberg, a toujours existé la tentation de retracer l'histoire des Etats-Unis à travers son œuvre, à partir d'Amistad. C'est la veine sérieuse, adulte de son cinéma, son versant académique (le côté film absolument conçu, écrit et réalisé pour les Oscars). Cet aspect s'est accentué ces dernières années: Lincoln (l'abolition de l'esclavage), Le Pont des Espions (la Guerre Froide) font manifestement partie de cette tendance. Pentagon Papers vient compléter cette trilogie historique: après le XIXème siècle et les années cinquante, le début des années 70. A partir d'une trame archi-classique de film-dossier, Spielberg parvient-il à transcender le sujet et à en faire un de ses meilleurs films? 

Spielberg dégaine son arme maîtresse, la mise en scène. Relativement absente et compassée dans Lincoln ou Le Pont des Espions, elle effectue son grand retour dans Pentagon Papers. Vive et fluide, reposant sur un montage ultra-découpé et précis et des mouvements de caméra complexes, elle fait oublier les transitions scénaristiques un peu lourdes du film.

Le film commence de manière trompeuse au Vietnam, ce qui fait penser aux grands films sur le sujet et permet à Spielberg quelques effets à la manière du Soldat Ryan mais ne dure pas très longtemps.  Très vite, nous voici plongés dans la révélation d'un scandale d'Etat: les journalistes du New York Times et du Washington Post découvrent un document du Pentagone révélant que, depuis une bonne dizaine d'années, le gouvernement américain (Johnson, Nixon mais aussi Kennedy) ment sur le Vietnam et y envoie des soldats pour se faire tuer, alors qu'ils n'ont aucune chance de remporter cette guerre. Le New York Times révèle l'affaire mais se fait attaquer en justice par Richard Nixon, Président des Etats-Unis à l'époque. Pour les journalistes du Post, se pose alors un grave cas de conscience: doivent-ils eux aussi révéler l'affaire, au risque de risquer la ruine et la fermeture du journal?

On reconnaît là la trame des films-dossiers dans le style des Hommes du Président de Alan J. Pakula ou plus récemment Spotlight, récemment célébré par l'Oscar du meilleur film. Comme par hasard, le coscénariste de Pentagon Papers est justement Josh Singer, le scénariste de Spotlight. Le film est donc brillamment écrit, très bavard et vaguement ennuyeux, car s'acheminant vers une fin déjà connue et très (trop?) édifiante. Singer n'oublie d'ailleurs pas de faire lien à la fin avec l'affaire du Watergate, expliquant ainsi que cette dernière découle directement, via la réaction de Nixon, de la révélation des Pentagon Papers. Quelle est donc la mission de Steven Spielberg? Elle va consister à rendre ce pensum historique plus attractif et digérable. 

Pour cela, il va utiliser deux de ses immenses qualités. La première, son talent hors pair de directeur d'acteurs. Il n'est en effet pas évident de réussir à éviter le cabotinage de Meryl Streep (seul Eastwood y était parvenu, avec peut-être Pollack). Spielberg y parvient sans difficulté, forçant Streep à composer un personnage émouvant de femme percluse de doutes, Kay Graham, devenue directrice de journal suite au décès de son mari, qui va progressivement réussir à s'affirmer. Sa co-vedette, Tom Hanks, change habilement de registre, en interprétant un personnage similaire à ceux de John Wayne (il sera d'ailleurs temps de redécouvrir les grands films de Ford puisque John Wayne est aussi une des grandes inspirations de Frances McDormand dans 3 Billboards). Droit dans ses bottes, bourru, le personnage de Ben Bradlee lui permet de jouer sur une palette qu'on ne lui connaissait pas. Le reste du casting est à l'avenant de cette excellence: Carrie Coon, Bob Odenkirk, Alison Brie, etc.

Spielberg dégaine en même temps son arme maîtresse, la mise en scène. Relativement absente et compassée dans Lincoln ou Le Pont des Espions, elle effectue son grand retour dans Pentagon Papers. Vive et fluide, reposant sur un montage ultra-découpé et précis et des mouvements de caméra complexes, elle fait oublier les transitions scénaristiques un peu lourdes du film. On y sent le véritable plaisir de Spielberg de filmer la presse, le travail en train de se faire, les articles qui se composent et s'impriment. A elle seule, la mise en scène vaut le coup d'œil, au-delà du principe de défense de la liberté de la presse, politiquement correct, édifiant et trop convenu.

Est-ce pour autant un grand Spielberg? Malheureusement non. Un bon film, certes, mais dépourvu de l'élan et du lyrisme de ses plus grandes réussites. Le plus souvent, ses films pour les Oscars sont relativement plombés par l'esprit de sérieux et la volonté de livrer une belle copie. Cette sensation, on ne la ressent jamais dans les films qu'il fait avant tout pour lui (et surtout pour nous) et non pour les membres de l'Académie, les Rencontres du 3ème Type, E.T., A.I., Arrête-moi si tu peux, Minority Report, La Guerre des mondes, etc.  Il faudra peut-être attendre Ready Player One pour retrouver ce Spielberg-là. 

Informations

Détails du Film Pentagon Papers (The Post)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Historique
Version Cinéma Durée 116 '
Sortie 24/01/2018 Reprise -
Réalisateur Steven Spielberg Compositeur John Williams
Casting Tom Hanks - Meryl Streep - Sarah Paulson - Bob Odenkirk - Carrie Coon
Synopsis Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s'associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d'État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d'années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

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