Critique La Nuit a dévoré le monde

La Nuit a dévoré le monde
Bel exercice que ce La nuit a dévoré le monde, œuvre acrobatique tentant une originale percée dans le registre du film de zombies.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

L'on peut penser ce que l'on veut du cinéma français, mais il faut lui reconnaître sa volonté de s'émanciper des genres habituels pour s'attarder à d'autres depuis maintenant quelques années. Que cela soit Grave ou encore Revenge, le film de genre français semble avoir trouvé une forme de dynamisme au travers de jeunes et prometteurs réalisateurs. Avec La nuit a dévoré le monde, l'angevin Dominique Rocher propose autant un premier long métrage qu'une originale incursion dans le registre du film de zombies.

Misanthrope, Sam ne semble au début pas si surpris de la transformation des hommes, mais la solitude va l'amener à questionner sa nature et ce qui le motive.

De passage pour récupérer des affaires chez son ex, Sam arrive au beau milieu d'une soirée qui bat son plein. Pas dans son élément, il préfère s'éloigner du mouvement et s'enferme dans une pièce à part, où il retrouve ses affaires. La nuit passée, il découvre un véritable carnage en ouvrant la porte : du sang, des corps, il est clairement le seul survivant de ce terrible événement. Des morts-vivants encerclent le batiment où il se trouve, au beau milieu de Paris. Commence alors pour Sam l'épreuve de la survie, seul. Le scénario du film est tiré du livre éponyme de l'écrivain Martin Page. Une adaptation relativement libre qui s'approprie le récit pour en délivrer une vision unique. Ainsi, de nouveaux personnages et axes apparaissent : notamment Alfred, incarné par l'acteur Denis Lavant. Pertinent mélange entre survie et psychologie, la force du scénario réside principalement dans la détermination de son survivant : Sam, joué par Anders Danielsen Lie, vu dans Personal Shopper ou encore Rodin. Retranché dans un immeuble haussmanien avec comme voisin des canines qui n'attendent qu'à croquer la vie, il élabore ses lendemains avec ce qu'il reste. Misanthrope, Sam ne semble au début pas si surpris de la transformation des hommes, mais la solitude va l'amener à questionner sa nature et ce qui le motive. Un questionnement partagé grâce justement à un mort-vivant enfermé dans une cage d'ascenseur : Alfred, sorte d'incarnation de Wilson du film Seul au monde.

La nuit a dévoré le monde dresse plus généralement le portrait d'une société aliénante, plongée dans une ville dense où le nombre et la proximité peuvent se montrer oppressants. A ce titre les décors incarnent en soi cette idée de bulles intimes, protégées des autres. Et là où Sam était jusqu'ici du genre à fuir, c'est désormais à lui de pénétrer dans l'individualité pour survivre. Pour faire vivre à l'image nos violents et désincarnés semblables, Dominique Rocher a misé sur le réalisme. Ils sont silencieux et m'émettent qu'une sorte de bruit : celui des mouvements. Il y a un véritable côté naturaliste, une volonté d'être authentique. Dans cet ensemble silencieux, le son est un élément capital sur lequel joue le film dans quelques drôles et intéressantes scènes. L'humour est d'ailleurs bien présent, comme un exutoire de cet univers confiné. Pour incarner ces facettes, tendant autant vers le tragique que la comédie, Anders Danielsen Lie est réellement le candidat idéal : électrique, intime, il délivre une excellente prestation. L'accompagnent une convaincante Golshifteh Farahani et un atypique Denis Lavant, rodé aux rôles surprenants.

Bel exercice que ce La nuit a dévoré le monde, oeuvre acrobatique tentant une originale percée dans le registre du film de zombies. Avec une certaine retenue, Dominique Rocher offre une vision intime de ce genre en embrassant le point de vue de son misanthrope survivant, cloitré avec ses questions dans un immeuble de la Ville-Lumière devenue en une nuit, bien silencieuse. Non exempt de défauts, cet intéressant et parfois inédit film de genre propose une intéressante réflexion sur le rapport aux autres dans un monde qui peut se montrer cruel. Se retirer pour se protéger (quitte à perdre le contrôle) ou prendre le risque de vivre ? Telle est la question.

Informations

Détails du Film La Nuit a dévoré le monde
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 94 '
Sortie 07/03/2018 Reprise -
Réalisateur Dominique Rocher Compositeur
Casting Denis Lavant - Anders Danielsen Lie
Synopsis En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre.

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