CRITIQUE : Les heures sombres (Darkest hour)


Les heures sombres

Critique du Film

Joe Wright est un cinéaste intrigant qui, dès son premier film, semble avoir été programmé pour remporter des Oscars. On pense d'ailleurs qu'il finira un jour malheureusement par remporter l'Oscar du meilleur film. Ce ne sera pas pour cette fois-ci, Les Heures sombres semblant avoir été conçu pour servir de véhicule prestigieux à Gary Oldman sur la route des récompenses. Néanmoins, il ne faut pas s'y tromper, le film ne présente guère d'intêrêt proprement cinématographique, hormis pour les grands paresseux qui auront surtout envie d'avoir un cours d'histoire en un peu plus distrayant et attractif. 

Le problème majeur vient surtout de Joe Wright qui a tellement peur de se voir qualifier d'académique qu'il bouge sa caméra dans tous les sens, la faisant aller dans les hauteurs, en dépit du plus élémentaire bon sens. Seuls ceux qui ne connaissent rien au cinéma peuvent croire un seul instant qu'il suffit de bouger sa caméra pour rendre son histoire passionnante alors que l'essentiel relève de ce qui se trouve dans le cadre.

Ce film revient en effet sur le début du gouvernement Churchill lorsque ce dernier a été nommé à un âge déjà avancé pour sauver la situation compromise de l'Europe, voire du monde. On apprend alors que, loin d'aller de soi, sa nomination était plus que contestée à l'époque. Les Heures sombres reviennent sur cet état des choses particulièrement périlleux, de manière apparemment documentée et agrémentée d'un peu d'humour venant surtout du pittoresque personnage de Winston Churchill n'hésitant pas à sortir nu de sa baignoire en prévenant sa secrétaire. 

Le film s'inscrit ainsi dans une sorte d'histoire filmée d'Angleterre, après l'excellent The Queen de Stephen Frears,  le distrayant et surévalué Discours d'un roi  de Tom Hooper (à ne pas confondre avec Tobe), le moyen Dame de fer et l'effroyable Diana. Parmi ces films aux réussites diverses, le film de Joe Wright se range dans la moyenne basse, pour trois principales raisons : 1) Gary Oldman, formidable acteur au demeurant, cabotine ici dans un rôle qui le lui permet, faisant flèche de toute réplique un peu acérée. Son maquillage et son triple menton factice sont tellement présents et visibles qu'il devient difficile de les oublier, alors qu'il est en pleine démonstration d'autosatisfaction. 2) Les scénaristes n'ont pas cherché particulièrement à innover et se contentent de resservir la recette qui semble avoir déjà marché pour The Queen ou Le Discours d'un roi, entre humour britannique et leçon d'histoire. Le seul aspect réellement intéressant survient dans la seconde partie du film lorsqu'il s'avère une sorte d'envers et de complément à Dunkerque de Christopher Nolan. On nous montre alors comment, politiquement, la situation va être dénouée et résolue par Winston Churchill, ce qui peut compléter notre vision de Dunkerque. 3) Le problème majeur vient surtout de Joe Wright qui a tellement peur de se voir qualifier d'académique qu'il bouge sa caméra dans tous les sens, la faisant aller dans les hauteurs, en dépit du plus élémentaire bon sens. Ce faisant, il tombe dans le travers qu'il pensait pouvoir éviter car il nous distrait de l'histoire et des personnages et enlève beaucoup de crédibilité à ce qui pouvait pourtant constituer une trame dramatique relativement intéressante. Seuls ceux qui ne connaissent rien au cinéma peuvent croire un seul instant qu'il suffit de bouger sa caméra pour rendre son histoire passionnante alors que l'essentiel relève de ce qui se trouve dans le cadre.   

On ne doute pas d'ailleurs de la bonne volonté de Joe Wright. Cependant, si l'on jette un regard rétrospectif sur sa carrière: Orgueil et préjugés tenait surtout grâce à l'intrigue romanesque de Jane Austen, tout en étant largement inférieur à Raison et sentiments d'Ang Lee ;  Reviens-moi, après une première partie assez éblouissante, révélant le talent de Saiorse Ronan, s'enlisait dans un film de guerre mélodramatique digne des plus mauvais moments d'Anthony Minghella; Anna Karénine tentait de moderniser l'intrigue d'un des plus beaux romans jamais écrits, de peur de sombrer dans l'académisme et souffrant du même travers que Les Heures sombres. Quant à Pan, il ne savait manifestement à quel public s'adresser, ayant été tourné pour un public enfant pré-ado,  et depuis remonté pour un public enfant de 5-7 ans. Bref, faut-il considérer Joe Wright comme une cause perdue pour le cinéma intéressant, innovateur et moderne? Presque car Les Heures sombres vient confirmer l'enlisement de ce réalisateur. Néanmoins, demeurent Hanna, film "survival" d'une adolescente surdouée, mis en musique par les Chemical Brothers et l'épisode de Black Mirror intitulé Chute Libre qui, en-dehors de sa fin trop improvisée et complètement ratée, est sans doute le meilleur film tourné par Joe Wright. Efficacité, clins d'œil, modernité, tout porte dans cet épisode, alors que l'on demeure presque indifférent aux Heures sombres, ce qui, étant donné la gravité de la situation historique, représente un comble et montre l'ampleur de l'échec de Joe Wright. 

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Les heures sombres (Darkest hour)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Guerre - Biopic - Historique
Version Cinéma Durée 125 '
Sortie 03/01/2018 Reprise -
Réalisateur Joe Wright Compositeur Dario Marianelli
Casting Gary Oldman - Lily James
Synopsis Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque. Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume- Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout. Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousée 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.

Par David Speranski