Critique Ni juge, ni soumise

Ni juge, ni soumise
Pour sa première apparition au cinéma, la série documentaire Strip-Tease nous prouve une fois encore que la réalité n’a parfois rien à envier à la fiction : « ce n’est pas du cinéma, c’est pire ».

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Pierre LARVOL

Critique du Documentaire

« Ce n’est pas du cinéma, c’est pire », c’est avec cette succincte phrase d’accroche que Ni juge, ni soumise se présente. Et difficile au fond de lui donner tort tant le documentaire de Jean Libon et Yves Hinant se joue du politiquement correct avec sa fenêtre grande ouverte sur le quotidien d’une juge atypique : les deux réalisateurs ne s’interdisent rien, quitte à déranger. Une première itération cinématographique pour le duo qui exporte avec brio la série documentaire Strip-Tease dans un format long, un moment assurément percutant qui a d’ailleurs convaincu cette année le Festival du film Grolandais de Toulouse.

Toujours dans le concret, le film documentaire choque, crée le malaise, fait rire et surtout réfléchir.

Déjà rencontrée à l’occasion d’un épisode de la série, nommé Madame la Juge, Anne Gruwez est à nouveau devant la caméra des deux silencieux réalisateurs. Connue notamment pour être une personnalité unique du système judiciaire belge, la juge Gruwez enquête dans le documentaire sur des faits qui remontent à plus de deux décennies : le meurtre de deux prostituées à Bruxelles. Les moyens d’aujourd’hui n’étant pas ceux d’hier, la juge espère enfin pouvoir mettre un nom sur le meurtrier. Un fil rouge qui évolue au gré des affaires. Une construction interessante qui permet de déshabiller un peu le processus suivi dans le cadre d’une enquête criminelle en Belgique, tout en montrant le quotidien d’un juge. Le spectateur est gâté : la caméra de Strip-Tease ne loupe rien et enregistre tout, sans distinction.

Avec son absence de textes ou de commentaires, le documentaire cherche comme à l’accoutumée avec la série à délivrer le plus authentiquement les situations. Une forme de neutralité, une recherche de la simplicité qui peut déstabiliser, mais qui constitue finalement l’ADN de la série : décomplexer ce qui a souvent été critiqué comme du voyeurisme pour montrer le difficile, le piquant, le choquant, l’impensable même parfois. La juge Anne Gruwez est justement confrontée, dans son travail, à tout ça. Sorte de Yolande Moreau du barreau, la rayonnante juge Gruwez bouscule, dérange et surtout fait régner la loi. Une personne rare, qui intrigue par son esprit et son regard : une forteresse qui se défend avec comme arme un sens dévastateur du mot, les reparties étant aussi savoureuses que parfois déplacées. Un choc peut-être nécessaire. Plus que des affaires, on rencontre dans le documentaire des personnes. Il y a, par exemple, ce récidiviste qui tente d’éviter la prison en plaidant avec émotion son cas, mais qui à la fin de son réquisitoire trouve l’appétit de grignoter quelque chose pendant que son avocat prend la relève. L’instant, le moment qui change la donne : rien n’est inventé et c’est ce qui marque finalement le plus, le vrai ayant l’apparence de la fiction.

Proposant une approche plus cinématographique, le long métrage du duo Jean Libon et Yves Hinant réussit le pari de porter sur grand écran la série de documentaire Strip-Tease. Une aussi intéressante que dérangeante plongée au coeur du système judiciaire belge, mettant en avant le facteur humain face à la loi : face aux textes, des vies, des choix et des conséquences. Toujours dans le concret, le film documentaire choque, crée le malaise, fait rire et surtout réfléchir. Une réflexion qui s’étendra même, à certaines occasions, sur le sens à donner à ce qui est montré, un montage restant toujours un point de vue. Une fois encore, la série nous prouve que la réalité n’a parfois rien à envier à la fiction : « ce n’est pas du cinéma, c’est pire ».

Informations

Détails du Documentaire Ni juge, ni soumise
Origine Belgique Signalétique Tous Publics
Catégorie Documentaire Genre Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 99 '
Sortie 07/02/2018 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting
Synopsis "Ce n'est pas du cinéma, c'est pire." Le premier long-métrage de la série documentaire Strip-Tease.

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