Critique The Florida Project

The Florida Project
Balançant entre les Quatre cent coups et Le Kid, entre le documentaire et le mélodrame, The Florida Project finit par choisir la fiction: rien de mieux face aux sanglots d'une petite fille que de l'emmener au jardin des merveilles.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Avec les frères Safide et Jordan Peele, Sean Baker fait partie de la cinquième et toute nouvelle génération du cinéma américain. Après celle du cinéma muet (Griffith, Borzage), des classiques hollywoodiens (Ford, Hawks, Wilder), des barbus des écoles de cinéma (Coppola, Scorsese, Spielberg, De Palma) et la génération vidéo-club (Tarantino, Fincher, Soderbergh), apparaît donc une nouvelle génération qui doit se confronter aux nouvelles images issues de la téléréalité, des jeux vidéo et des séries. Une nouvelle génération qui a appris à faire flèche de tout bois. Sean Baker a ainsi tourné son précédent film Tangerine sur un I-phone.  Avec The Florida Project, il revient à un mode de travail un peu plus standardisé, quoiqu'à peine plus, tout en continuant à se pencher sur des marginaux, ceux que l'Amérique trumpiste laisse sur le bas-côté de la route (des travestis dans Tangerine, une mère célibataire et sa fillette délurée dans The Florida Project). Pourtant son nouveau film n'est absolument pas misérabiliste et parvient à montrer le bonheur d'une famille a priori dysfonctionnelle, à travers le filtre du regard d'une gamine de six ans. 

Balançant entre les Quatre cent coups et Le Kid, entre le documentaire et le mélodrame, The Florida Project finit par choisir la fiction: rien de mieux face aux sanglots d'une petite fille que de l'emmener au jardin des merveilles.

Moonee a en effet six ans et aime faire les quatre cent coups avec sa bande de gamins effrontés. Elle vit avec sa très jeune mère célibataire Halley dans un motel déclassé à Orlando, à deux pas de Disneyworld, symbole insolent du rêve américain. Mais Moonee n'est pas malheureuse, loin de là. Elle voit la vie en rose, comme dirait la chanson. Le film semble en effet repeint de façon étrange avec des couleurs pétantes, en rose fluo, épousant l'hallucination optimiste de la petite fille (épatante Brooklyn Prince). Tout ou presque sera vu par son regard, ce qui explique des ellipses sur des événements qui dépassent le niveau de sa compréhension. 

The Florida Project est ainsi un film très bizarre qui, au départ, ne fait absolument rien pour se faire aimer, à l'image de la mère célibataire du film (formidable Bria Vinaite) qui semble avoir un don exceptionnel pour gâcher sa vie. Sur un mode punk, elle multipliera les provocations, en débordant en vain d'énergie. Elle abandonnera par exemple de la nourriture, en ne faisant rien pour la ramasser et reproduira plusieurs fois ce comportement caractéristique d'auto-destruction. Pourtant, au-delà de cet aspect un peu hirsute, le film finira par nous attacher à ses personnages, comme il faut apprendre à voir "over the rainbow", cf. un très beau plan symbolique d'arc-en-ciel, clin d'œil au Magicien d'Oz.  Willem Dafoe y tient d'ailleurs l'un de ses rares rôles positifs, ce qui change par rapport à sa face plus obscure. 

Dans The Florida Project, la roche Tarpéienne n'est jamais très loin du Capitole. Entre deux moments de grâce, Halley se livrera à des amours tarifées afin de survivre et de subvenir aux besoins de sa fille. A côté du motel miteux, se trouve Disneyland le parfait repaire pour Moonee et ses amis. Le film oscillera donc au gré des humeurs cyclothymiques de la mère vues par sa fille. Or, si le film montre quelque chose, c'est que les familles pauvres sont bien plus heureuses et unies que les autres. En témoigne à la fin Halley lorsqu'elle constatera que les services sociaux ne sont même pas capables de surveiller correctement sa fille, alors qu'ils lui donnent des leçons de moralité. Sean Baker pourrait à ce moment-là céder à la tentation du mélodrame mais il se rattrape in extremis. Balançant entre les Quatre cent coups et Le Kid, entre le documentaire et le mélodrame, le film finit par choisir la fiction: rien de mieux face aux sanglots d'une petite fille que de l'emmener au jardin des merveilles.  

Informations

Détails du Film The Florida Project
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 111 '
Sortie 20/12/2017 Reprise -
Réalisateur Sean Baker Compositeur
Casting Caleb Landry Jones - Willem Dafoe - Brooklynn Prince - Bria Vinaite
Synopsis Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

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