CRITIQUE : Bienvenue à Suburbicon (Suburbicon)


Bienvenue à Suburbicon

Critique du Film

Avec le temps, les frères Coen exercent une influence de plus en plus grandissante. Non seulement contents d'avoir réalisé quelques-uns des meilleurs films du cinéma américain de ces trente dernières années, ils ont aussi soit influencé une bonne partie du cinéma indépendant soit directement écrit le scénario de certains films. On reconnaît ainsi leur influence dans des films récents comme le très bon Logan Lucky de Steven Soderbergh ou l'excellent Three Billboards (qui sortira en 2018) de Martin MacDonagh. On reconnaît d'autant plus leur patte quand ils écrivent eux-mêmes le scénario de films qu'ils ne réalisent pas. C'était le cas du Pont des Espions de Steven Spielberg. C'est encore davantage le cas pour Bienvenue à Suburbicon de George Clooney où on reconnaît leur style constitué d'humour noir et de violence froide.

Intéressant mais guère inoubliable, Bienvenue à Suburbicon demeure un divertissement de qualité qui s'inscrira dans l'histoire du cinéma comme un film que les Coen auraient peut-être pu ou dû réaliser.

Par rapport au Pont des Espions, Bienvenue à Suburbicon semble présenter un autre aspect de l'Amérique de la fin des années 50. D'un côté la famille Lodge, une famille de blancs WASP, apparemment biens sous tous rapports, qui se révélera bien plus tordue qu'on ne le croit de prime abord ; de l'autre, la famille Meyers, des afro-américains s'installant dans la banlieue a priori inoffensive de Suburbicon. Mais la violence va se mêler de ces vies tranquilles et les plonger dans un tourbillon dont elles ne sortiront pas indemnes.

Cela ressemble au départ à Blue Velvet de David Lynch avec cette description clinique d'une banlieue trop propre pour être vraie. Mais l'humour et surtout le manque d'innocence rapprochera beaucoup plus le film des frères Coen. Comme dans Le Pont des Espions, on assistera aussi en filigrane à une description des Etats-Unis de l'époque, datant de l'enfance des deux frères. On identifiera donc leur humour sardonique, leur sens affûté de la violence, leur attachement à des perdants humains, trop humains.

Oui, mais ce ne sont pas les frères Coen qui ont réalisé Bienvenue à Suburbicon, mais George Clooney, l'un de leurs acteurs fétiches. Cela change-t-il quelque chose à l'appréciation du film? Un tout petit peu, car Clooney est légèrement plus mollasson dans son rythme de mise en scène, ce qui était déjà perceptible dans Les Marches du pouvoir ou Good Night and Good Luck. Bénéficiant d'un excellent scénario, Clooney ne parvient à faire s'emballer les choses qu'à partir du dernier tiers, c'est-à-dire lors de l'apparition d'Oscar Isaac en agent d'assurances, qui crève l'écran et finit par emporter (presque) à lui seul le morceau, éclipsant Matt Damon ou même Julianne Moore dans un double rôle.  La caractéristique de Clooney est d'avoir instillé une ligne narrative sociale avec l'arrivée des Meyers, afro-américains, à Suburbicon, mais malheureusement il n'arrive pas à faire fusionner utilement cette ligne narrative avec le reste du film. Par conséquent, Bienvenue à Suburbicon laisse une impression mitigée et un goût d'inachevé, car il paraît s'arrêter beaucoup tôt, au moment où les choses commencent vraiment, et sans que l'intrigue secondaire ne puisse véritablement nous convaincre de son caractère essentiel. Intéressant mais guère inoubliable, Bienvenue à Suburbicon demeure un divertissement de qualité qui s'inscrira dans l'histoire du cinéma comme un film que les Coen auraient peut-être pu ou dû réaliser.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Bienvenue à Suburbicon (Suburbicon)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Comédie - Policier
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 06/12/2017 Reprise -
Réalisateur George Clooney Compositeur Alexandre Desplat
Casting Matt Damon - Julianne Moore - Oscar Isaac
Synopsis Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence... Bienvenue à Suburbicon.

Par David Speranski