CRITIQUE : La Villa


La Villa

Critique du Film

Robert Guédiguian, c'est la chaleur de la Méditerranée, le soleil du Midi, la bonne humeur spontanée...Il faudra peut-être remiser ces clichés usés à la vision de La Villa, film assez bouleversant sur le passage du temps et l'avenir des migrants. Dans La Villa, son film le plus réussi depuis La Ville est tranquille, Guédiguian se confronte à la peur du deuil, les amours plus ou moins partagées et la signification d'une éventuelle transmission.   

C'est ainsi donc dans un ultime geste de générosité que se conclut La Villa où Guédigian met à l'honneur une nouvelle fois, ses fidèles complices, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, portant sur eux un regard dénué de complaisance mais rempli d'affection débordante.

Suite à l'AVC de leur père, Angèle, Joseph et Armand se retrouvent autour de lui. C'est l'occasion de faire un bilan de leur existence, de s'interroger sur leurs amours ou leur absence d'amour, et de s'inquiéter de l'avenir. Finie la bonne humeur même si la générosité persiste...Guédiguian a le cœur lourd et son nouveau film s'en ressent, arborant des accents bergmaniens. Cela paraît en effet hautement improbable et pourtant c'est vrai: le nouveau film de Guédiguian est bergmanien. Nous nous trouvons au cœur de l'hiver, même si le soleil luit encore, étant donnée la région, au cœur de l'hiver des saisons mais aussi des sentiments.

Face à son père qui n'est plus qu'un légume, Joseph éclate en sanglots comme un enfant qu'il n'a cessé d'être. Angèle et lui, pris dans des histoires d'amour avec des personnes beaucoup plus jeunes, voient ces histoires évoluer avec détachement, sans passion ni regrets particuliers (l'incompréhension entre les personnages de Darrousin et Demoustier ou la belle scène de séduction de Robinson Stévenin).  Tout est assez étale. Mais surgit de nulle part, au milieu du film, un flash-back bouleversant, évoquant la fin du Parrain 2, où l'on voit tout d'un coup ces personnages dans une joyeuse promenade en voiture, accompagnée musicalement par le fameux "I want you" de Bob Dylan. On s'aperçoit alors qu'il fut une époque, quarante ans plus tôt, où l'enthousiasme, la joie et la passion existaient, sur un autre rythme, quasiment une autre planète.

A partir de là, se met en place dans le second volet la problématique du legs et de la transmission. A qui transmettre quelque chose, lorsqu'on a du mal à se reconnaître soi-même? Guédiguian répond avec la générosité qui le caractérise, aux migrants qu'il faut accueillir et qui représente un nouvel avenir pour notre pays. Mais ce n'est pas une réponse béate et dépourvue de réflexion. Même s'il rejoint Kaurismaki dans ses conclusions (Le Havre, L'autre côté de l'espoir), Guédiguian demeure plus réaliste et lucide dans sa narration. Ces migrants d'abord muets vont ensuite avoir accès au langage en joignant leurs voix à celles des grands anciens. La transmission pourra avoir lieu. C'est ainsi donc dans un ultime geste de générosité que se conclut La Villa où Guédigian met à l'honneur une nouvelle fois, ses fidèles complices, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, portant sur eux un regard dénué de complaisance mais rempli d'affection débordante.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film La Villa
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 107 '
Sortie 29/11/2017 Reprise -
Réalisateur Robert Guédiguian Compositeur
Casting Jean-Pierre Darroussin - Anaïs Demoustier - Ariane Ascaride - Jacques Boudet - Gérard Meylan
Synopsis Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

Par David Speranski