CRITIQUE : Le Brio


Le Brio

Critique du Film

On a plutôt de la sympathie pour Yvan Attal, acteur doué et heureux époux de Charlotte Gainsbourg. Ma Femme est une actrice, déclaration d'amour (et de jalousie) à sa femme, s'était révélé plutôt réussi, allègre et entraînant, Charlotte Gainsbourg ayant rarement été aussi bien mise en valeur que dans ce film. Néanmoins, on avait depuis perdu un peu la trace d'Yvan Attal, le réalisateur, entre ses essais d'adaptation d'un film des Duplass (Do not disturb) et une comédie paranoïaque sur la persécution des juifs (Ils sont partout). Le charme de son cinéma s'était quelque peu perdu en route. Avec Le Brio, il tente de le récupérer via une comédie populaire et grand public sur l'intégration et la confrontation de cultures différentes existant en France.   

Pour paraphraser Gide, ce ne sont pas les meilleures intentions qui font le meilleur cinéma. De cette maxime, Le Brio est une assez bonne illustration.

Ce film est en effet la confrontation de deux fortes personnalités et de deux cultures différentes : la bourgeoise classique chic et l'immigrée de banlieue, à travers les personnages de Pierre Mazard, professeur de droit à l'Université Panthéon-Assas, et de Neïla Salah, venant de Créteil, une étudiante qui rêve de devenir avocate grâce à ses études. Suite à des dérapages en cours, la carrière de Pierre Mazard est menacée...Pour se racheter, il devra alors préparer Neïla Salah à un prestigieux concours d'éloquence organisé par l'université... 

On reconnaîtra sans peine la trame dramatique de Pygmalion de George Bernard Shaw, déjà adaptée au cinéma par George Cukor dans  My Fair Lady. Le Brio y ressemble beaucoup, mâtiné d'une version en faculté de La Couleur de l'argent, où un mentor expérimenté formera pour de mauvaises raisons un élève doué. A partir de là, le suspense n'existera pas beaucoup dans le film. Mais le film d'Yvan Attal, si on y réfléchit, laisse une impression très mitigée et probablement due à des choix de mise en scène et de scénario trop conventionnels qui gâchent des thématiques pourtant très intéressantes, voire passionnantes.

Le premier sujet abordé par Attal est ainsi l'intégration par la maîtrise du langage, sujet fascinant et malheureusement trop vite abordé. Si Attal avait ralenti le rythme du film et était vraiment rentré dans les détails de l'apprentissage de l'éloquence, il ne serait pas passé loin d'un film excellentissime. Malheureusement tout cela est dessiné à très grands traits, Attal ne s'y attardant pas et Camélia Jordana, révélation incontestable du film, n'apparaît pas en dépit de tous ses efforts très crédible en banlieusarde touchée par la grâce du concours. Elle articule à peine plus à la fin qu'au début, ce qui est d'ailleurs l'un de ses charmes (avec sa voix rocailleuse de chanteuse surdouée). Mais la transformation de l'étudiante en bête à concours semble plus qu'hasardeuse. Attal zappe d'ailleurs très vite le sujet. On ne ressentira donc pas la métamorphose de la chrysalide en papillon, Attal se contentant de résumer les tours antérieurs à la finale (hormis le premier tour) par de brèves interventions orales de Neïla, sans même montrer comment elle remporte ses duels ni même le visage de ses adversaires, comme si le principe de suspense dramatique avait déjà été abdiqué. Par conséquent, alors qu'on aurait pu étudier de manière amusante le principe de l'éloquence, le film l'effleure de très loin, Camélia Jordana se montrant relativement peu convaincante dans cet exercice.

Ne reste alors qu'un seul véritable sujet à Attal: qu'est-ce qui constitue la France d'aujourd'hui? Malheureusement, il aborde ce sujet essentiel sous la forme de deux versants antinomiques et quasiment irréconciliables, le versant chic et le versant populaire, comptant essentiellement sur les coups de force de son scénario pour montrer le rapprochement possible entre les deux, au lieu de l'explorer patiemment, de manière crédible.  Ce faisant, il décrit les deux milieux de manière très caricaturale, croulant sous les clichés : le professeur bourgeois sera forcément riche et égoïste tandis que l'étudiante sera entourée d'une famille ouverte d'esprit et d'amis généreux (son amoureux la conduisant jusqu'à sa finale). Mais cette comparaison apparaît aussi artificielle et superficielle que dans Tout ce qui brille et ne sent pas le vécu et la densité humaine qui caractérisent les films de Kéchiche.

Le Brio laisse donc sur une impression très partagée, ce qui justifie une note moyenne qui reflète mal les points forts et faibles de ce film qui se compensent et s'annulent plus ou moins. En dépit de thématiques intéressantes (l'intégration par le langage, la définition sociologique d'un pays), la mise en scène et le scénario ne s'élèvent jamais à leur hauteur, tout étant dessiné à très gros traits. Cela s'avère fort dommageable et fait regretter que les points du film soient aussi mal exploités, l'interprétation d'acteurs complices (Camélia Jordana s'avérant à la hauteur d'Auteuil, hormis pour nous convaincre qu'elle peut être une très brillante avocate) et surtout un dialogue intelligent et très écrit, presque surécrit. Mais malheureusement, pour paraphraser Gide, ce ne sont pas les meilleures intentions qui font le meilleur cinéma. De cette maxime, Le Brio est une assez bonne illustration.  

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Le Brio
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 95 '
Sortie 22/11/2017 Reprise -
Réalisateur Yvan Attal Compositeur Michael Brook
Casting Daniel Auteuil - Camelia Jordana
Synopsis Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

Par David Speranski