CRITIQUE : Justice League


Justice League

Critique du Film

A la sortie de Thor Ragnarok, on s'inquiétait de ce que pouvait préparer le DCEU (DC Extended Universe). La bande-annonce de Justice League ne nous rassurait guère. On n'avait pas tort, même si le film présenté par la Warner sans projections de presse ni avant-première se laisse voir comme un divertissement très impersonnel, il ne se trouve certainement pas à la hauteur du potentiel qu'aurait pu engendrer la réunion de cinq grands super-héros, Batman, Wonder Woman, Flash, Aquarius et Cyborg. Dans le DCEU, c'est censé être l'équivalent de l'alliance mythique du MCU (Marvel Comics Universe) décrite dans Avengers.

Avec ses nombreux défauts (interprétation au rabais, montage souvent sans logique, mise en scène plus qu'impersonnelle) et ses quelques rares qualités, Justice League bénéficie donc de toute notre indulgence, pour ne pas pénaliser un film bicéphale, schizophrène et cyclothymique, qui veut pleurer avec ceux qui pleurent et rire avec ceux qui préfèrent rire, sans choisir son camp. 

Or, bien que les nouveaux venus semblent piaffer d'impatience, les figures de proue semblent nettement au bout du rouleau. Justice League est surtout un film un peu schizophrène à apparence bicéphale : en effet Zach Snyder qui le signe officiellement,a dû l'abandonner en raison du décès de sa petite fille, tandis que Josh Whedon le reprenait et le parsemait de touches plus légères. La répartition se ferait autour de 80-85% pour Snyder et 15-20% pour Whedon. En fait, la balance se fait davantage par moitié, tant Snyder, avant sa défection, avait déjà dû baisser les bras et infléchir son style. A l'arrivée, on se retrouve avec un produit Warner complètement hybride, entre la noirceur et la jubilation, les deux s'annulant l'un l'autre. Certes, on s'éloigne de la catastrophe Suicide Squad mais on vogue dans les rives de l'impersonnalité très moyenne d'un Wonder Woman incroyablement surestimé. 

Le film reprend les choses, quelques jours après Batman V Superman. Le monde se trouve encore sous le choc de sa disparition. Batman, très affecté, se sent responsable et décide de mettre en place un groupe de justiciers, en recrutant d'autres personnes dotées de super-pouvoirs. Il peut compter sur Wonder Woman toujours dans les parages et se met en quête de Flash, Cyborg et Aquarius. Il pressent la menace d'un personnage maléfique Steppenwolf (oui, le Loup des Stappes, comme le groupe de rock ou le roman de Herman Hesse) qui cherche à s'approprier trois boîtes pour prendre le contrôle de l'univers. 

Autant le dire tout de suite, le grand méchant du film, Steppenwolf (Ciaran Hinds) est extrêmement raté. Il est décrit de telle façon qu'on ne s'interroge ni sur ses motivations ni sur son être profond. Or, comme disait Hitchcock, "plus le méchant sera réussi, plus le film le sera aussi". Par conséquent, si le méchant ne remplit même pas son office, ne restent que les interactions entre les différents super-héros et le style de mise en scène. Examinons donc ces deux points. 

Pour la mise en scène, Justice League ne s'extirpe pas du très moyen et de l'impersonnel. On peut compter les scènes véritablement réussies sur les doigts d'une seule main, peut-être la présentation de Cyborg, une jolie scène au ralenti où Flash donne un coup de pouce pour glisser une épée dans la main de Wonder Woman et quelques autres. Pour tout le reste, on se trouve dans le pré-mâché qui ne surprendra strictement personne, tout en remplissant sa nature de divertissement pop-corn, efficacement mais sans génie. Ce qui est un peu un comble pour une œuvre qui s'annonçait comme le summum des films de super-héros du DCEU. Le film oscille ainsi de scène en scène entre une noirceur tragique (surtout la première partie se concentrant sur les effets de la mort de Superman et la présentation des nouveaux super-héros au passé complexe et troublé) et une relative insouciance (surtout la deuxième partie se focalisant sur la lutte contre le grand ennemi et la réunion des forces en présence). Le problème, c'est qu'il ne choisit pas son camp. Mais il ne s'agit pas ici d'une alliance entre le grotesque et le tragique comme chez Shakespeare mais d'une alternance mécanique, sans âme, entre deux styles qui coexistent sans se fondre harmonieusement en un seul. Ce qui gâte en plus le spectacle, c'est un montage sans queue ni tête, effectué en dépit du bon sens, à la hache, tant les producteurs avaient apparemment peur d'ennuyer et de ne pas se retrouver en-dessous des deux heures, générique compris. Résultat: on se retrouve en-dessous des deux heures mais la plupart des scènes avec dialogue ont toutes un goût d'inachevé. 

Reste surtout l'interaction entre les personnages du groupe. Force est de reconnaître que celle-ci ne fonctionne pas si mal et qu'elle est même supérieure à la somme des parties. Car, malheureusement, si on se penche sur chaque personnage (et son interprète), le bilan n'est pas fameux et reste largement en-deçà du bilan des Avengers. En ce qui concerne les trois figures de proue, Batman a rarement paru autant au bout du rouleau ; Ben Affleck semble revenu à sa période pré-Argo, traînant la mauvaise réputation de Daredevil. Henry Cavill apparaît assez peu par la force des choses mais paraît toujours aussi insignifiant en Superman. Quant à Wonder Woman, en dépit d'une plastique éblouissante (le metteur en scène semble prendre la fâcheuse habitude de la filmer de dos, en contre-plongée), Gal Gadot ne possède en tout et pour tout que deux expressions de visage en guise de jeu dramatique. Par conséquent, le film part déjà très handicapé, de par ses figures de proue insuffisantes ou inexistantes. Le salut se trouve (un peu) du côté des nouvelles recrues : Cyborg est présenté de manière intéressante mais le film échoue à donner une réelle consistance à ce personnage de génie de l'informatique ; Aquarius montre un bel étalage de muscles sans que le jeu suive réellement ; la seule réelle bonne surprise se trouve du côté de Flash où Ezra Miller, dans un personnage assez proche de Quicksilver chez les X-Men, crève l'écran et réjouit par des répliques bien senties. Le paradoxe du film, c'est que, hormis pour Flash, le meilleur acteur, de très loin, se trouve être le seul qui n'interprète pas un super-héros, en la personne de Jeremy Irons, toujours aussi parfaitement caustique dans le rôle d'Alfred, le majordome de Bruce Wayne. 

Avec ses nombreux défauts (interprétation au rabais, montage souvent sans logique, mise en scène plus qu'impersonnelle) et ses quelques rares qualités, Justice League bénéficie donc de toute notre indulgence, pour ne pas pénaliser un film bicéphale, schizophrène et cyclothymique, qui veut pleurer avec ceux qui pleurent et rire avec ceux qui préfèrent rire, sans choisir son camp. 

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Justice League
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 15/11/2017 Reprise -
Réalisateur Zack Snyder Compositeur
Casting Ben Affleck - J.K. Simmons - Ciarán Hinds - Henry Cavill - Gal Gadot
Synopsis Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et The Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique…

Par David Speranski