CRITIQUE : Battle of the sexes


Battle of the sexes

Critique du Film

En ces temps troublés, où la polémique Weinstein fait rage, suivie des affaires Hoffman, Spacey, Louis C.K. etc., ce film, Battle of the sexes, va paraître tristement d'actualité. C'était d'ailleurs son intention première puisque, lors de l'écriture de son scénario, il visait particulièrement Donald Trump et ses déclarations misogynes pendant la campagne électorale américaine. Néanmoins l'actualité hollywoodienne va sans doute lui donner une résonance inattendue. On avait un peu perdu de vue le duo Valérie Faris et Jonathan Dayton (on remarquera l'inversion judicieuse des noms pour ce film car auparavant on disait Dayton et Faris) depuis l'échec public de Elle s'appelle Ruby. Révélé par le triomphe international de Little Miss Sunshine, le duo Faris-Dayton est l'un des rares tandems mixtes de cinéastes (avec la paire Straub-Huillet qui n'existe plus aujourd'hui). Il paraît donc le tandem idéal pour traiter de cette affaire spectaculaire de match mixte de tennis qui a fait les unes du monde entier dans les années 70.

Certains films sont plutôt des films de scénariste et d'acteurs, ils ne sont pas vraiment des films de metteurs en scène, mais ne boudons pas notre plaisir: c'est le cas de Battle of the Sexes.

En 1972, Billie Jean King était numéro un mondiale du tennis féminin. Elle était aussi extrêmement militante des droits des femmes. C'est alors que Bobby Riggs, ancien numéro un mondial, la cinquantaine passée, profondément misogyne et provocateur, décide pour l'argent et le plaisir du scandale de l'inviter à jouer contre lui pour prouver, selon lui, que les femmes seront toujours inférieures aux hommes.

Dire que le film repose sur un suspense insoutenable serait une pure mystification puisque, même sans avoir besoin de consulter Wikipédia, le résultat du match est en quelque sorte dévoilé par la campagne publicitaire du film. Néanmoins, même la mise en scène d'un sport aussi cinégénique que le tennis se révèle être ici très plate. Faris et Dayton sont davantage des illustrateurs de scénario que d'authentiques créateurs d'univers plastiques et sonores. Dans leur œuvre constituée de trois films, on peut donc largement préférer Little Miss Sunshine et sa description affectueuse de perdants magnifiques ou surtout Elle s'appelle Ruby, écrit et interprété par Zoé Kazan, où ils prennent véritablement des risques en portant à l'écran une histoire très personnelle et originale de muse virtuelle "de papier" qui finit par s'incarner dans un être de chair et de sang. Or, de risques, il n'y en aura pas dans Battle of the sexes. Le film suivra son chemin balisé par le pilotage automatique du politiquement correct d'aujourd'hui.  D'une part, Billie Jean King mènera son combat féministe, parfaitement reconnu aujourd'hui, alors que dans les années 70, il était plutôt mal vu. D'autre part, Bobby Riggs tiendra des propos rétrogrades qui feront se lever tous les féministes de notre époque, propos qui passaient encore relativement bien à cette époque.

Si la mise en scène présente assez peu d'intérêt, tout le sel du film se trouve dans ce décalage habile puisque nous sommes amenés à considérer cette histoire avec ce décalage rétrospectif, en constatant que, d'une certaine manière, les mœurs ont bien évolué mais que d'un autre côté, rien n'a vraiment changé puisque Trump peut se permettre de tenir des propos équivalents et Weinstein continuer à traiter les femmes comme des marchandises ou des objets sexuels. On notera néanmoins que Billie Jean King n'osait pas encore assumer sa préférence homosexuelle ni même sa bisexualité, chose que Martina Navratilova fera quelques années plus tard. Il était sans doute encore trop tôt pour des comportements qui sont aujourd'hui courants pour Kristen Stewart ou Cara Delevingne, sans que plus personne ne s'en offusque, du moins officiellement.  De plus, on s'apercevra que la misogynie de Bobby Riggs était surtout de façade et qu'elle sert surtout à masquer celle de son ami, commentateur sportif, (très bien interprété par Bill Pullman) qui dénigre et méprise profondément les femmes.

Par conséquent, le réel intérêt (principalement scénaristique) du film réside plutôt dans ce décalage cocasse qui permet de réfléchir sur l'évolution des mœurs en une quarantaine d'années. Si le spectateur passe un moment plutôt agréable, c'est également surtout grâce aux acteurs. Emma Stone, formidablement crédible en Billie Jean King, prouve qu'elle n'a sans doute pas volé son Oscar, en pouvant absolument tout jouer, ce qu'on n'aurait jamais escompté d'une jeune ado qui a débuté dans Supergrave de Greg Mottola. On lui doit d'ailleurs le plus beau moment du film où elle craque dans les vestiaires après ce match tant attendu. Mais elle n'est que le plus beau fleuron d'une distribution parfaite. Tous, de Steve Carell à Elisabeth Shue, en passant par Andrea Riseborough, méconnaissable, Alan Cumming, toujours aussi sarcastique ou Sarah Silverman, contribuent à faire de ce film un honnête divertissement. Certains films sont plutôt des films de scénariste et d'acteurs, ils ne sont pas vraiment des films de metteurs en scène, mais ne boudons pas notre plaisir: c'est le cas de Battle of the Sexes.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film Battle of the sexes
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Biopic
Version Cinéma Durée 121 '
Sortie 22/11/2017 Reprise -
Réalisateur Jonathan Dayton/Valerie Faris Compositeur Nicholas Britell
Casting Elisabeth Shue - Steve Carell - Emma Stone - Alan Cumming - Bill Pullman - Sarah Silverman - Andrea Riseborough
Synopsis 1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s'engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C'est alors que l'ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l'affronter en match simple…

Par David Speranski