CRITIQUE : Laissez bronzer les cadavres


Laissez bronzer les cadavres

Critique du Film

Hélène Cattet et Bruno Forzani tiennent une place à part dans le cinéma français, celle d'expérimentateurs fous qui revisitent le film de genre (giallo pour leurs deux premiers films, western-spaghetti pour leur troisième et nouvelle oeuvre). On avait beaucoup aimé Amer, leur premier, signalé aux cinéphiles par un certain Quentin Tarantino, bien aimé mais un peu moins L'Etrange couleur des larmes de ton corps. Quid de Laissez tomber les cadavres, leur adaptation délirante d'un polar non moins délirant de Jean-Patrick Manchette?

Malgré le soleil et la Méditerranée, Laissez bronzer les cadavres paraît peu sensuel et assez désincarné, ce qui va à l'opposé du projet initial et surtout des deux premiers films de Cattet et Forzani qui parvenaient à instiller du mystère et de la chair dans leur "revisitation" du genre. Ici, trop de maniérisme tue le maniérisme.

L'action prend place la Méditerranée, l’été : la mer est d'un bleu azur étincelant, le soleil est sans pitié...Comme Rhino et sa bande qui viennent de voler 250 kilos de lingots d’or. Ils croient avoir trouvé la planque idéale : un village abandonné, habité uniquement par une artiste en manque d’inspiration. Mais les choses ne seront pas aussi simples...Des flics et des invités-surprise viendront troubler cet havre idéal, le transformant en champ de bataille dévasté par des fusillades mutliples.

Le projet d'une adaptation de Manchette par Cattet et Forzani, apparaissait plus que sympathique. On avait adoré Amer et beaucoup aimé L'Etrange couleur des larmes de ton corps. On fondait donc de vifs espoirs en Laissez bronzer les cadavres. Contrairement aux acteurs des premiers films qui nous étaient rigoureusement inconnus, ceux de Laissez bronzer les cadavres forment une étrange galerie de trognes décalées, de visages peu vus (un ex-boxeur, Stéphane Ferrara reconverti dans l'art dramatique, un ex-chanteur d'un groupe de hard-rock, Trust, avec son fameux "Antisocial, tu perds ton sang-froid") ou remarqués dans des films d'auteur, ceux de Philippe Grandrieux (Marc Barbé) ou de Hal Hartley (Elina Lowensohn).

Quant à lui, le film est quasiment indescriptible, virtuose pour le sens du cadre et hallucinant pour le montage. L'originalité du film provient à l'évidence du style de Cattet et Forzani, éminemment reconnaissable, mais aussi de la restitution de la chronologie du roman de Manchette qui est raconté en indiquant exactement la minute précise de l'action. D'où provient pourtant une certaine déception qui s'insinue en nous pendant la projection? C'est que, malgré le défilé de gueules dignes d'un film de Jean-Pierre Mocky, on ne s'intéresse pas plus que cela aux personnages qui demeurent les vecteurs presque abstraits d'une action qui reste pour nous relativement indifférente. Malgré le soleil et la Méditerranée, Laissez bronzer les cadavres paraît peu sensuel et assez désincarné, ce qui va à l'opposé du projet initial et surtout des deux premiers films de Cattet et Forzani qui parvenaient à instiller du mystère et de la chair dans leur "revisitation" du genre. Ici, trop de maniérisme tue le maniérisme. La sidération laisse la place à la saturation. Dans le maniérisme post-moderne, De Palma était tout aussi, sinon plus, virtuose mais cette virtuosité ne se mettait jamais en travers de la narration et de l'intérêt pour les personnages. C'est malheureusement un peu le cas dans ce nouveau film de Cattet et Forzani mais cela n'enlève rien à leur originalité et leur brio, en espérant qu'ils tourneront moins à vide dans leur prochain projet.   

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Laissez bronzer les cadavres
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Thriller
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 18/10/2017 Reprise -
Réalisateur Hélène Cattet - Bruno Forzani Compositeur
Casting Elina Lowensohn - Bernie Bonvoisin - Stéphane Ferrara
Synopsis La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Par David Speranski