CRITIQUE : Numéro Une


Numéro Une

Critique du Film

On avait laissé Tonie Marshall avec Tu veux ou tu veux pas? On ne voulait pas de cet incroyable ratage déguisé  en comédie romantique improbable avec Sophie Marceau et Patrick Bruel. L'une des trois seules réalisatrices césarisées (avec Agnès Jaoui et Pascale Ferran) devait par conséquent à tout prix redorer son blason. C'est chose faire avec ce thriller polito-financier où une femme tente de briser le fameux plafond de verre en accédant à la direction d'une des plus grandes entreprises du CAC 40. Film servant la cause du féminisme, cause qui nous tient extrêmement à cœur, Numéro Une pèche malheureusement par un excès de bonnes intentions et une discrétion stylistique qui finissent par nuir (un peu) à son propos. 

Malgré ses quelques défauts, Numéro Une permet le retour au premier plan de Tonie Marshall, ce qui, après le désastre de Tu veux ou tu veux pas? était loin d'être gagné. Il y manque juste un je ne sais quoi de personnel ou d'investi qui aurait permis au long métrage d'être réellement passionnant. 

Emmanuelle Blachey est une cadre femme brillante qui s'est imposée dans sa carrière grâce à ses compétences et à son entregent. Un club féministe Olympe lui propose le plus grand défi de sa carrière, accéder à la tête d'un grand groupe industriel du CAC 40. Elle finit par accepter, tout en ne se doutant pas des pièges et démarches tordues que les hommes lui mettront au travers de sa route.

C'est Emmanuelle Devos qui campe cette femme d'affaires, sorte de transposition d'Anne Lauvergeon dans la fiction. Brillante comédienne, Emmanuelle Devos semble aujourd'hui la meilleure sur le créneau des femmes entre quarante et cinquante ans, conciliant vie de couple et vie professionnelle. Il n'en demeure pas moins qu'en dépit de tout son talent et de son abattage, elle semble parfois un peu nonchalante et légèrement trop "peuple" pour incarner cette grande bourgeoise friquée, armée pour déstabiliser la gent masculine des affaires. Trop souriante, sans que son sourire ne cache d'éventuelles mauvaises pensées, elle ne paraît pas assez "tueuse" pour le rôle. Etrangement, ce sont ses collègues féminines, Suzanne Clément (de plus en plus importée du Canada dans les castings français) et surtout la fascinante Anne Azoulay, véritable révélation de ce film, qui paraissent mieux incarner cette figure de femme d'affaires, impitoyable au bureau et programmée pour faire reculer le machisme ambiant. Au départ, Tonie Marshall aurait voulu traiter le sujet dans une série télévisée, ce qui laisse songeur sur le potentiel dramatique inexploité de certains personnages. 

Car la misogynie, si elle ne s'affiche pas ouvertement, imprègne les comportements des collègues et rivaux masculins d'Emmanuelle. Certes, nous ne sommes pas chez Donald Trump ou Harvey Weinstein. On échappera donc aux déclarations crues et intempestives, le harcèlement sexuel n'étant d'ailleurs pas le sujet du film. A un seul moment, le personnage paternaliste de Jérôme Deschamps posera la main dans un geste quasi-rohmérien sur le genou d'Emmanuelle, ce qui suffira à caractériser une intolérable intrusion. Tonie Marshall a préféré traiter ce que l'on nomme la misogynie bienveillante, ce qui est engendré par des générations d'ADN machiste dans l'entreprise. Or, cette subtilité nuit légèrement à son film qui aurait davantage viré à une guerre des sexes dans la réalité de l'entreprise d'aujourd'hui, les hommes possédant la plupart des leviers de commande. 

Néanmoins, remarquablement écrite et intelligemment réalisée (ces couleurs bleutées et froides, très fincheriennes, ce sens du flou et du décadrage), cette fiction à la Borgen demeure intéressante, même si on peut déplorer quelques choix musicaux éculés (Woman de Neneh Cherry, trop évident) ou hors sujet (l'Adagietto de la 5ème Symphonie de Mahler, après Mort à Venise, vraiment?). Malgré ses quelques défauts, Numéro Une permet le retour au premier plan de Tonie Marshall, ce qui, après le désastre de Tu veux ou tu veux pas? était loin d'être gagné. Il y manque juste un je ne sais quoi de personnel ou d'investi qui aurait permis au long métrage d'être réellement passionnant. 

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Numéro Une
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique
Version Cinéma Durée 125 '
Sortie 11/10/2017 Reprise -
Réalisateur Tonie Marshall Compositeur
Casting Anne Azoulay - Suzanne Clément - Richard Berry - Benjamin Biolay - Emmanuelle Devos
Synopsis Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l'énergie, jusqu'au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d'influence lui propose de l'aider à prendre la tête d'une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d'ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s'annonçait exaltante, mais c'est d'une guerre qu'il s'agit.

Par David Speranski