CRITIQUE Le Sens de la Fête

Le Sens de la Fête

Critique du Film

Le Sens de la Fête représente le retour au cinéma d'Eric Tolédano et Olivier Nakache, depuis le triomphe d'Intouchables et le semi-succès ou échec de Samba. On y retrouve l'esprit consensuel et unanimiste qui régnait dans ces films, ainsi qu'une certaine bienveillance qui s'exerçait à l'égard de tous les personnages. Ce film de Tolédano et Nakache s'est même permis de damer le pion, question entrées au box-office, à un blockbuster hollywoodien, Blade Runner 2049. Mais y a-t-il vraiment plus de cinéma dans le film de Tolédano et Nakache? 

Le Sens de la Fête rappelle cette remarque de Pierre Niney qui souhaitait que les films soient des "objets gentils". Or, pour provoquer des sentiments, hormis quelques exceptions, les bons films peuvent être tout sauf des "objets gentils" qui ne fâchent personne et essayent de contenter tout le monde.

Sous prétexte de dépeindre les préparatifs d'une cérémonie de mariage, Le Sens de la Fête dresse un portrait collectif du cinéma français en son ensemble, réunissant des acteurs qui, en temps normal, ne se seraient jamais rencontrés: des vedettes populaires (Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche), des acteurs du cinéma d'auteur (Vincent Macaigne, Antoine Chappey) des sociétaires ou ex-sociétaires de la Comédie-Française (Benjamin Lavernhe, Judith Chemla), des débutants en quête de reconnaissance (Eye Haidara, Alban Ivanov). La plupart sont extrêmement drôles avec une mention spéciale à Vincent Macaigne et Benjamin Lavernhe, Judith Chemla étant honteusement sous-employée. Pas de doute, Tolédano et Nakache possèdent le sens du casting. Le tout est dirigé par Jean-Pierre Bacri, le grand organisateur de la fête, réconciliant à lui seul les tendances opposées du cinéma populaire et du cinéma d'auteur, hilarant dans sa zone de confort préférée. 

Réconciliation, tel est le maître mot. Il s'agit en effet dans ce film de réconcilier tout le monde, à l'instar de la scène où Lellouche et Haidara qui se détestent cordialement, sont invités par Bacri à se faire des câlins. Le Sens de la Fête est un feel-good movie qui cherche à exprimer un sentiment d'harmonie supérieure qui transcenderait les désaccords et les difficultés, à l'image de la couleur politique dominante actuellement dans notre pays. Mais en ne cherchant à ne déplaire à personne, Le Sens de la Fête ne peut satisfaire vraiment tout le monde et encore moins les plus exigeants.  

En dépit de réelles idées d'écriture scénaristique (des saynètes assez drôles fonctionnant surtout par duos comiques Bacri-Macigne, Lellouche-Lavernhe, Rouve et son stagiaire), on se surprend à penser qu'il n'y a quasiment pas de cinéma dans ce film. Il en existe nettement moins que dans la saison 3 de Twin Peaks ou The Leftovers qui sont a priori de la télévision, et en fait à peu près autant qu'une série traditionnelle comme Dix pour cent. La seule véritable idée de cinéma consiste à suivre en steadycam à la manière de A la Maison-Blanche un ou deux personnages, sur fond de batterie jazz (clin d'œil à Birdman, autre film plus ou moins choral). Les seules autres tentatives de faire du style se soldent par des ralentis malencontreux et utilisés hors de propos. On regrette surtout qu'avec un tel prétexte scénaristique, Tolédano et Nakache ne soient pas parvenus ou n'aient même pas essayé de créer un ballet spatial de circulation et de chassés-croisés. Même si l'on exprime des réserves à l'égard de Blade Runner 2049, de véritables idées de cinéma s'y expriment, ce qui n'est pas le cas du Sens de la Fête, où l'on se trouve très loin des screwball comédies de Hawks, Capra, McCarey et consorts. 

Le Sens de la Fête rappelle cette remarque de Pierre Niney qui souhaitait que les films soient des "objets gentils". Or, pour provoquer des sentiments, hormis quelques exceptions, les bons films peuvent être tout sauf des "objets gentils" qui ne fâchent personne et essayent de contenter tout le monde. Derrière toute grande comédie, se cachent des films critiques à l'égard de l'establishment et de l'ordre établi, ce que n'est pas Le Sens de la Fête. Il est un peu dommage que cette comédie relativement bien écrite et sans aspérités soit célébrée comme un chef-d'oeuvre par certains. Autant dire que dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Pourtant on ne constatera pas l'ombre d'un cynisme chez Tolédano et Nakache, ils voient réellement la société comme un ensemble qui pourrait intégrer toutes ses contradictions. Ce qui permettra sans doute au Sens de la Fête, de terminer sa carrière en prime time sur TF1. 

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

David Speranski

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