Critique La Vie d'Adèle

La Vie d'Adèle
La Vie d’Adèle d'Abdellatif Kechiche raconte l’histoire d’amour la plus forte et passionnelle que le cinéma français nous ai offert depuis 37°2 le Matin. Nous ne sommes pas sûrs d’y revenir un jour, tout comme nous ne l'avons pas fait avec...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Palme d’or à Cannes l’année dernière, il est impossible de ne pas avoir entendu parler de La Vie d’Adèle. Véritable tranche de vie qui suit le quotidien d’une adolescente de 15 ans qui va découvrir sa sexualité en même temps que sa vie professionnelle se construit.

Au-delà du simple fait d’immiscer son récit au sein d’un couple lesbien, La Vie d’Adèle est surtout une œuvre poignante sur la vie de couple en général.

Au-delà du simple fait d’immiscer son récit au sein d’un couple lesbien, La Vie d’Adèle est surtout une œuvre poignante sur la vie de couple en général. La quête du grand amour, thème universel et cher au septième art, n’aura jamais été aussi proche de notre réalité. Le film partage absolument tout ce qui compose le bonheur : la passion, la joie, les rires, les doutes, la douleur… Abdellatif Kechiche choisit de filmer au plus proche des corps ajoutant une proximité presque étouffante avec le personnage d’Adèle. Comptez peut être une centaine de plans larges sur les trois heures de film. Impossible d’échapper à la moindre faille : Adèle n’aura plus aucun secret pour vous une fois le générique de fin commencé. Cette force de proximité jouit d’une grosse faiblesse malheureusement, il y a quand même certains plans dont on se passerait (la morve au nez, les aliments décomposés dans sa bouche lorsqu’elle mâche…) qui apportent une certaine gêne quant au sex-appeal de la très belle Adèle Exarchopoulos. A 20 ans, elle témoigne d’une réelle maturité bluffante. Nous partageons une bonne dizaine d’années de sa vie et même si la transformation physique pêche un peu, son jeu extrêmement vaste donne réellement l’impression de trouver une femme avec un vécu profond. Peut-être est-ce l’effet escompté par la réalisation de Kechiche ?

La Vie d’Adèle dépeint avec beaucoup de respect les relations homosexuelles.

La Vie d’Adèle dépeint avec beaucoup de respect les relations homosexuelles. Avec un ton très brut et qui ne fait pas de détour, on est loin de l’image de "fofolle" que le cinéma populaire français a l’habitude de nous servir (La Cage Aux Folles, Pédale Douce…) se rapprochant de ses consorts étrangers parmi lesquels on citera Monster, Shortbus ou encore Boys Don’t Cry pour les plus poignants. Le film vie la passion du désir de ses protagonistes dans une sorte de quintessence sexuelle à son paroxysme. Si le sexe au cinéma vous rebute, autant vous prévenir de suite : la première partie du film risque de vous mettre mal à l’aise. Cela dit, il faut avouer que toutes ces scènes n’ont pas leur place. La scène de masturbation est combinée à un rêve fantasmagorique emplit d’onirisme qui la rend particulièrement belle. La relation hétérosexuelle entre Adèle et Thomas tient sa place dans le sens où elle remet en question son orientation intime dans sa forme la plus pure. La première scène d’amour entre Adèle et Emma, quant à elle, scelle la confirmation d’une relation fusionnelle forte. C’est cru, c’est fort, c’est virulent : c’est sexuel tout simplement. Il y a une véritable envie de mettre complètement à nu les relations féminines dans cette (longue) scène qui magnifie la femme dans ce qu’elle a de plus beau. Notre interprétation reste subjective bien sûr et nous cautionnons parfaitement ceux qui n’y verront que provocation décadente à la limite de la pornographie. D’ailleurs, cette provocation nous l’avons clairement ressenti lors des autres scènes d’amour qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Elles n’ont de valeur que l’intérêt qu’il n’y a pas à appuyer sur la parfaite concordance des corps et de l’âme que ce couple nous convainc d’avoir depuis le début. La gratuité de ces scènes n’ajoute donc aucun nouveau crédit à la bestialité du désir que ces femmes ont l’une pour l’autre puisque nous le savions déjà.

C’est cru, c’est fort, c’est virulent : c’est sexuel tout simplement.

Autre faiblesse du film : le manque de repères dans le temps. Cette absence de repère dans les lieux, à force de se concentrer sur les corps, nous perd dans la temporalité du récit. Nous ne savons jamais combien de temps s’est écoulé entre certaines scènes avant que les personnages ne nous l’annoncent dans les dialogues. L’absence de toute musique renvoie une fois de plus à notre réalité. Dans la vie de tous les jours, il n’y a jamais aucune musique qui vient appuyer vos sentiments, c’est ce que veut nous dire Kechiche. Les rares passages musicaux ne se justifient que par le moment vécu qui impose la présence de la musique (une boom, un bar musical…). La musique intradiégétique de La Vie d’Adèle n’est pas seulement là pour faire jolie, elle emmène son héroïne à chaque fois dans un carrefour important de sa vie : la rencontre avec Emma, le moment où elle réalise qu’elle l’aime, le doute sur ses envies sexuelles… D’ailleurs, éternel combat que nous ne comprendrons décidément jamais, comment justifier la petite interdiction aux moins de douze ans ? C’est scandalisant, le film tient des propos qui ne sont clairement pas adressés à des adolescents de 12 ans. Nous ne sommes vraiment pas convaincus de la maturité de la jeunesse actuelle qui risquerait d’y voir une débauche de scènes hard pouvant fausser leurs idées sur la valeur véritable de l’idylle homosexuelle. Notre côté paternaliste nous perdra décidément.

Témoignage poignant, cru et abrupte, La Vie d’Adèle raconte l’histoire d’amour la plus forte et passionnelle que le cinéma français nous ai offert depuis 37°2 le Matin. Nous ne sommes pas sûrs d’y revenir un jour, tout comme nous ne l'avons pas fait avec le modèle cité ci-contre, de peur de ne plus ressentir l’impact puissant que nous avons vécu lors du visionnage du film. Une palme d’or justifiée qui redore un peu le blason des précédentes.

Informations

Détails du Film La Vie d'Adèle
Origine France Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Drame - Romance
Version Cinéma Durée 180 '
Sortie 09/10/2013 Reprise -
Réalisateur Abdellatif Kechiche Compositeur Aucun
Casting Aurélien Recoing - Léa Seydoux - Adèle Exarchopoulos - Salim Kechiouche - Jérémie Laheurte - Catherine Salée
Synopsis À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve.

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Commentaires sur " La Vie d'Adèle "
  • jujuvilaine

    jujuvilaine le 19/02/2014 à 17:16

    très bonne critique, même si je n'ai pas aimé le film . Il se traîne un peu trop en longueur pour moi

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