CRITIQUE Mon Garçon

Mon Garçon

Critique du Film

Christian Carion s'était signalé auparavant par des films plutôt académiques, Une hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noel. Peut-être s'est-il senti enferré dans une routine, en tout cas, il a souhaité en sortir avec Mon Garçon, un thriller tourné en six jours, en méthode d'improvisation. Ce faisant, il renoue avec le thème de son précédent film En mai, fais ce qu'il te plaît, la quête d'un fils par son père. Or, même en changeant de méthode, ne risque-t-on pas de renouer avec ses faiblesses?

Le temps semblera quand même long face à un film qui enfonce les portes ouvertes et qui, sous prétexte de renier l'académisme, en crée un nouveau, tant l'académisme n'est pas seulement le contrôle excessif de la forme, mais également la compilation de recettes dénuées d'âme.

Commençons par le positif. Christian Carion est passé d'un cinéma hyper-acédémique, formalisé et ultra-dialogué à une forme davantage en prise avec le réel, utilisant la caméra à l'épaule, une intrigue épurée et des méthodes d'improvisation. Tous les metteurs en scène français installés ne prennent pas ce type de risques. Il faut reconnaître à Christian Carion un certain mérite et même un courage assez rare pour être ainsi sorti de sa zone de confort. 

Globalement, Mon garçon se focalise sur un père qui ne se remet pas de la disparition de son fils, retrouve son ex-femme, glapissante et larmoyante (Mélanie Laurent, toujours aussi égale à elle-même) et va même tabasser son nouveau compagnon, sur la base de soupçons mal étayés. Certes, il a quelques raisons de s'énerver contre la police et le monde entier en général. Quand il se mettra un peu plus à réfléchir, il se lancera sur la piste du démantèlement d'un sordide trafic d'enfants et se livrera à l'auto-justice (on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même), plus à la manière d'un Charles Bronson que d'un Clint Eastwood. 

Le souci, c'est que la forme du film, extrêmement concise et ramassée, n'engendre absolument aucune empathie pour les personnages. On entrevoit le projet de Carion, de faire un film "à l'américaine", débarrassé de toute psychologie, sec et abrupt, un peu à la manière d'un Jacques Audiard, mais cela nécessite un minimum d'incarnation. La méthode d'improvisation, a priori bonne, donne des résultats très variables selon les acteurs: Canet s'en sort plutôt bien ; il n'en est pas de même pour ses partenaires, sauf Olivier de Benoist, le nouveau compagnon de son ex-femme, très convaincant dans ce qui est sans doute la meilleure scène du film. N'est pas John Cassavetes qui veut. On retrouve d'ailleurs l'influence de Cassavetes dans la longue traque de la fin, dépourvue de musique (choix assez courageux) qui rappelle la longue scène d'attente de Ben Gazarra dans Meurtre d'un bookmaker chinois. Malheureusement, ce choix reste théoriquement séduisant mais ne prend pas vie à l'écran. On remarquera un clin d'œil amusant à la fin du film qui reprend (involontairement?) le dernier plan des Valseuses

Le grand avantage de Mon Garçon, c'est qu'il ne dure qu'une heure vingt-quatre et qu'on n'a presque pas le temps de s'ennuyer. Pourtant le temps semblera quand même long face à un film qui enfonce les portes ouvertes et qui, sous prétexte de renier l'académisme, en crée un nouveau, tant l'académisme n'est pas seulement le contrôle excessif de la forme, mais également la compilation de recettes dénuées d'âme.

Note : Maladroit sur de nombreux points. Verdict : Maladroit sur de nombreux points.

David Speranski

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