CRITIQUE : Ça (It)


Ça

Critique du Film

Ça, le roman légendaire de Stephen King, arrive enfin au cinéma, vingt-quatre ans après une version télévisée qui avait hanté les marmots de l'époque. Le défi apparaît donc énorme : traduire à l'écran la peur et l'horreur suscitée par l'un des romans les plus cultes de l'écrivain le plus célèbre et réputé de notre temps, ainsi que se hisser à la hauteur d'un téléfilm qui a représenté le summum de l'horreur de certains cauchemars d'enfance. D'après le buzz outre-Atlantique, offrant un triomphe public et critique au film d'Andy Muschietti, le défi semble avoir été relevé haut la main. Qu'en est-il vraiment après avoir vu cette nouvelle version?  

La réussite incontestable de Ça se loge, non pas dans les séquences d'horreur, parfois trop mécaniques, mais plus simplement dans la description d'un groupe d'ados décalés, méprisés et formidablement attachants qui essaient de survivre dans un monde cruel.

Par rapport au roman qui mélangeait les époques et les protagonistes enfants et devenus adultes (1957, 1984), le film ne traite que d'une seule période, celle de l'enfance, en replaçant l'action du film en 1989. C'était déjà ce que le téléfilm avait effectué, découpant l'action en deux parties, ce qui se justifie sans trop de difficultés, la matière du roman étant beaucoup trop dense pour être adaptée d'un seul tenant. En passant, le film dure déjà 2h15, durée très inhabituelle pour un film d'horreur, et aurait pu être allégé au moins d'un quart d'heure. L'autre différence notable réside dans le traitement de certaines scènes qui est assez affadi pour des raisons de censure. Non, on ne retrouvera pas dans ce film la séquence de rapports sexuels de Beverly avec chacun des membres du Club des Ratés, censée réunifier le groupe, ni certains détails trop peu ragoûtants, difficiles à faire passer à l'image. Ces restrictions peuvent se justifier par la nécessité de préserver une audience large. 

Ce qui se justifie un peu moins, c'est l'extrême classicisme, la quasi-prévisibilité du style mis en œuvre. De la montée surpuissante du son au décadrage savant mais un peu rebattu, tout est terriblement prévisible et ne surprend guère. Chaque spectateur aura sa petite dose de jumpscares programmés et de montées d'adrénaline trop attendues qui révéleront un sérieux écueil du film: hormis quelques séquences très précises, il ne fait pas vraiment peur car il se repait de recettes déjà mille fois vues. En revanche, lorsqu'il parvient à relier une peur potentielle à un quotidien partagé, Ça atteint de façon très impressionnante sa cible, en faisant surgir une terreur inattendue de l'ordinaire le plus banal, ce qui arrive essentiellement dans trois séquences (celle du lavabo, du projecteur et en partie de la maison). 

Cette déception relative n'enlève rien à la belle tenue artistique du film (photographie extraordinaire du chef opérateur de Park Chan-Wook, Chung Hoon-Chung et belle partition musicale de Benjamin Wallfisch) mais son paradoxe réside qu'il est trop peu surprenant là où il devrait l'être, alors qu'il s'avère excellent dans un domaine où il n'est pas trop attendu. En effet, alors que les séquences de pure horreur sont un peu décevantes, hormis les importantes exceptions précitées, Ça se montre extrêmement réussi dans un domaine où existe pourtant une forte concurrence, le portrait de groupe d'adolescents. Andy Muschietti prouve un talent exceptionnel de directeur d'acteurs en créant ce groupe homogène de jeunes qui sonnent toujours très justes (mention spéciale à Sophia Lillis dans le rôle de Beverly, peut-être promise à une carrière à la manière de Jessica Chastain, qui jouait déjà dans Mama de Muschietti). Certes, Ça semble arriver un peu tard, bien après les ados des productions Spielberg, ou des hommages qui ont suivi (Super-8 de J.J. Abrams, Stranger things) mais il faut se souvenir qu'au contraire, Stephen King était le précurseur en la matière. De ce fait, d'un point de vue comique et même émotionnel, la réussite incontestable de Ça se loge, non pas dans les séquences d'horreur, parfois trop mécaniques, mais plus simplement dans la description d'un groupe d'ados décalés, méprisés et formidablement attachants qui essaient de survivre dans un monde cruel. 

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film Ça (It)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller - Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 135 '
Sortie 20/09/2017 Reprise -
Réalisateur Andy Muschietti Compositeur Benjamin Wallfisch
Casting Bill Skarsgård - Finn Wolfhard
Synopsis À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu'un petit garçon poursuivant son bateau en papier s'est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou …

Par David Speranski