CRITIQUE Barry Seal : American Traffic (American Made)

Barry Seal : American Traffic

Critique du Film

On n'attendait pas grand'chose de ce Tom Cruise-Movie qui s'annonçait être un énième film d'action sans goût ni saveur. On avait tort. Sans être pour autant un chef-d'oeuvre, Barry Seal: American Traffic se révèle un film éminemment distrayant tout en étant en filigrane un portrait à charge des Etats-Unis et de son gouvernement. Le mérite en revient à Doug Liman, parfois faiseur peu inspiré (Fair Game, Mr et Mme Smith), souvent artisan efficace (La Mémoire dans la peau, Edge of tomorrow). Cette fois-ci, c'est au bon Doug Liman que nous avons affaire, qui se livre à la déconstruction de la politique de son pays en même temps qu'à celle, avec son consentement, de l'icône Tom Cruise. 

Pour tous ceux qui aiment Tom Cruise, il représente, selon leurs âges respectifs, leur enfance, leur adolescence, leur jeunesse. En ne vieillissant pas à l'écran, c'est comme si Cruise donnait l'illusion à ceux qui l'aiment de ne jamais vieillir.

Dans les années 80, Barry Seal, ex-pilote d'une grande compagnie aérienne, fut recruté par les cartels de Medellin pour effectuer des livraisons de drogue, ainsi que par la CIA pour espionner les sandinistes du Nicaragua. Arnaqueur de première classe, protégé en haut lieu, pourchassé par tous, il parvient à se sortir des situations les plus invraisemblables. 

Avec Barry Seal : American Traffic, Doug Liman se livre à une critique en règle des années Reagan et de leur compromission sans nom. Par des images vintage et la musique pop-rock de l'époque, il nous plonge dans ces années-là où des personnages joyeusement amoraux comme Barry Seal pouvaient se constituer leur place au soleil. Dans un amusant jeu de masques et de changements de bord, Barry Seal ressemble presque à un Little Big Man politique où Seal, selon les circonstances, sera soit du côté du gouvernement américain soit du côté de Pablo Escobar. Ce faisant, Doug Liman n'hésite pas à adresser ses remontrances au gouvernement américain actuel, toujours taxé du plus flagrant opportunisme. Il en profite aussi pour dresser le portrait accablant d'une Amérique jouisseuse et amorale, dévouée au culte du Dieu Argent. 

Dans cette plongée dans les années reaganiennes, Doug Liman joue également du décalage avec la légende de Tom Cruise, en particulier par le film qui l'a fait devenir superstar, Top Gun. Après le très réussi Edge of Tomorrow, il poursuit ainsi sa savante entreprise de déconstruction de l'icône. Lâche et un peu dévirilisé dans Edge of Tomorrow, Cruise apparaît ici menteur et opportuniste, avec néanmoins tout le charme qui le caractérise. Il n'est pas allé jusqu'à entrer dans le personnage physique de Barry Seal, ventripotent et guetté par une calvitie naissante. Cruise continue à 55 ans à en paraître 35, tout en restant crédible en père d'un enfant en bas âge. Il n'hésite pourtant pas à se moquer de son image de Peter Pan, en apparaissant lors d'une scène les cheveux blanchis par la poussière et en appelant un ami, censé être du même âge, "Fiston". Pour tous ceux qui aiment Tom Cruise, il représente, selon leurs âges respectifs, leur enfance, leur adolescence, leur jeunesse. En ne vieillissant pas à l'écran, c'est comme si Cruise donnait l'illusion à ceux qui l'aiment de ne jamais vieillir.

Très humoristique et particulièrement drôle, Barry Seal : American Traffic représente un joli pas de côté pour Tom Cruise entre deux franchises de film d'action (Jack Reacher, Mission : Impossible), un rôle décalé qui lui permet de montrer qu'il a conservé toute sa fraîcheur d'acteur, ainsi que toute l'étendue de sa palette de jeu, en particulier comique. Une contre-allée passionnante, faite de clins d'œil et de savoureuse auto-dérision, qui s'apparenterait davantage dans son parcours à Tonnerre sur les Tropiques qu'à Magnolia.  

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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