CRITIQUE : Mary (Gifted)


Mary

Critique du Film

La thème du surdoué est un immense poncif dans le cinéma hollywoodien qui peut éventuellement se confondre avec celui de l'enfant rejeté, l'élève ou le camarade mal-aimé. Mary de Marc Webb reprend ce poncif mais en détourne-t-il les clichés afférents? Après une comédie romantique extrêmement inventive et réussie sur les affres du couple moderne, avec Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt (500 jours ensemble), Marc Webb s'était quelque peu égaré avec The Amazing Spider-Man 1 et 2 qui n'avaient guère convaincu, contrairement à la trilogie de Sam Raimi ou le tout récent Spider-Man : Homecoming. Arrivera-t-il à relancer sa carrière, voire son œuvre? Quid donc de Mary?   

Dans son genre, Mary est plutôt un mélodrame divertissant et assez touchant, qui confirme le talent de faiseur de Marc Webb. On attendra sans doute un peu pour qu'il retrouve un jour son talent d'auteur, s'il en est un, et la grâce de 500 jours ensemble.

Mary, une petite fille facétieuse et surdouée en mathématiques, (Mckenna Grace, la bien-nommée qui compte pour beaucoup dans le charme indéniable du film) est élevée par son oncle, Frank, après le suicide de sa mère qui partageait le même génie pour les chiffres et les équations compliquées. Le drame survient lorsque sa garde est réclamée par sa grand-mère, mère donc de la suicidée, qui voudrait éduquer sa petite-fille, de manière à la faire progresser comme surdouée et cultiver ses dons pour apporter de grandes trouvailles à l'humanité reconnaissante.

La première partie se concentre sur la vie de Mary à l'école. Marc Webb choisit de traiter cette vie de la surdouée, avec humour et sans gravité. Mary est certes un peu prétentieuse mais réussit grâce à son charme et son sourire (les atouts majeurs de Mckenna Grace, prototype de l'enfant-roi d'Hollywood) à séduire tous ses camarades et à se faire accepter par eux, sans trop de difficultés. Marc Webb a évité le poncif du rejet mais doit pour cela plonger tête baissée dans celui de l'enfant au charme irrésistible. Or, souvenons-nous, ce qui faisait la valeur de films comme Le Petit Homme de Jodie Foster (à peu près sur le même sujet), Les Quatre cent coups de Truffaut (sur un enfant rejeté) ou Rain Man (sur un autiste), c'est que les personnages, à rebours du cliché de l'air avenant, ne souriaient (presque) jamais. Dans ce type de sujets, un enfant qui sourit, c'est quasiment à la fois un pléonasme des deux termes et une contradiction par rapport au contexte.

C'est la deuxième partie qui révélera le drame sous-jacent à ce portrait de surdouée. Les deux plus proches parents survivants (la grand-mère et l'oncle) vont s'écorcher symboliquement sur la tombe de la mère disparue et iront même jusqu'au procès. On n'échappera pas alors au déballage de clichés opposant une instruction rigide à un soi-disant laisser-aller libertaire. Même si Marc Webb ne se montrera guère inventif quant à la forme de ce drame indé, contrairement au feu d'artifices de 500 jours ensemble, on lui saura gré d'avoir nuancé un peu les personnages, ne jetant vraiment ni la pierre à l'un ou à l'autre, "chacun sur Terre ayant ses raisons", (Renoir, La Règle du Jeu). Le point le plus intéressant du film réside en effet dans le personnage de la mère suicidée, qu'on ne verra qu'en photo, Marc Webb nous ayant épargné les flash-backs superflus. Cette présence en creux qui ne cesse d'influencer le comportement des autres personnages est sans aucun doute la meilleure idée du film, le reste se confondant en gamineries et platitudes.

Sans réellement convaincre de son talent retrouvé, Marc Webb se focalise surtout ici sur la direction d'acteurs qui est absolument exemplaire: Chris Evans qui révèle une dimension humaine insoupçonnée, Lindsay Duncan (vue dans la saison 3 des Leftovers), évitant de justesse le manichéisme, Jenny Slate, très séduisante et délaissant sa palette comique habituelle, et bien entendu Mckenna Grace dont on surveillera attentivement l'évolution, potentielle Natalie Portman ou Scarlett Johannson en herbe. Le style cinématographique n'est guère innovant, les thématiques intéressantes très vaguement effleurées (faut-il choisir son génie ou sa vie personnelle? L'éducation est-elle un entonnoir de savoirs ou un apprentissage de la vie?) mais il n'en reste pas moins que dans son genre, Mary est plutôt un mélodrame divertissant et assez touchant, qui confirme le talent de faiseur de Marc Webb. On attendra sans doute un peu pour qu'il retrouve un jour son talent d'auteur, s'il en est un, et la grâce de 500 jours ensemble.   

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Mary (Gifted)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 101 '
Sortie 13/09/2017 Reprise -
Réalisateur Marc Webb Compositeur Rob Simonsen
Casting Chris Evans - Jenny Slate - Lindsay Duncan - Octavia Spencer - Mckenna Grace
Synopsis Un homme sa bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d'un don hors du commun pour les mathématiques.

Par David Speranski