CRITIQUE Nocturna, la nuit magique

Nocturna, la nuit magique

Critique du Film d'Animation

Dans le milieu du film d’animation, les grosses productions américaines et japonaises semblent avoir le monopole du box-office. Obnubilé par les films des grands studios tels que Disney, Dreamworks et Ghibli, le grand public oublie trop souvent que le reste du monde possède également un certain savoir-faire en matière de dessins animés. Les récentes productions françaises (Ma Vie de Courgette, La Tortue rouge,Tout en haut du monde), irlandaises (Le Chant de la mer), sud-américaines (Le Garçon et le monde) et espagnoles (Psiconautas) ont su donner un nouveau visage à l’animation mondiale en exploitant des sujets philosophiques et politiques à travers des univers tantôt poétiques tantôt réalistes. Dès la fin des années 1990 et le début des années 2000, de petites productions telles que Kirikou, Les Triplettes de Belleville, Persepolis ou encore Nocturna la nuit magique annonçaient déjà cet essor nouveau.

Visuellement, Nocturna prouve en effet qu’il n’a rien à envier aux mastodontes de l’animation et du cinéma. Rappelant la douceur onirique d’Hayao Miyazaki et l’imaginaire enfantin propre à Steven Spielberg (croisé récemment dans Le Bon Gros Géant), Nocturna s’adresse d’emblée aux âmes qui ont refusé de grandir. A travers des personnages fantastiques, des jeux d’ombres et de lumières dansant sur les murs et une animation parfois plus proche du cauchemar que du rêve, le film nous plonge dans le monde de la nuit pour mieux en révéler les secrets. Grâce à une ribambelle d’idées ingénieuses, le film explore avec malice le fonctionnement des ténèbres. Alors que tous les enfants sont profondément endormis, la mécanique de la nuit se met en marche : des chats veillent sur le sommeil des bambins, des petits lutins viennent découper le bas de leur couverture pour exposer leurs pieds au froid du soir, des « lumignons » éclairent les rues dans les réverbères et des « ébouriffeuses » se concertent pour donner à la tête qui repose sur l’oreiller la coiffure la plus affreuse qui soit.

D’un coup de baguette magique, les réalisateurs parviennent à transformer l’inquiétant en familier, en personnifiant les frayeurs enfantines par de petits personnages bienveillants et drolatiques et en faisant des étoiles autant d’infimes lueurs d’espoir.

De cette façon, Nocturna se montre aussi astucieux que Monstres et cie, dans l’invention d’un monde totalement fantasmé mais entièrement crédible. Par cet univers foisonnant qui donne vie aux êtres de la nuit, le film aide également les plus petits à surmonter leur peur du noir. Aux côtés du protagoniste Tim, petit orphelin rejeté par ses camarades et effrayé par les ombres nocturnes, le jeune spectateur pourra affronter ses angoisses et découvrir la nuit d’un nouvel œil. D’un coup de baguette magique, les réalisateurs Victor Maldonado et Adria Garcia parviennent à transformer l’inquiétant en familier, en personnifiant les frayeurs enfantines par de petits personnages bienveillants et drolatiques et en faisant des étoiles - que Tim, dans sa quête, doit sauver de l’extinction -, autant d’infimes lueurs d’espoir.

Malheureusement, bien que le film soit rempli de trouvailles enchanteresses et bénéficie d’un visuel convaincant, le scénario révèle quelques faiblesses. L’action finit par tourner en rond, les dialogues purement informatifs paraissent superflus et le dénouement prévisible peine à émerveiller pleinement. Derrière une esthétique fascinante, Nocturna fait montre d’une histoire bien trop enfantine et manque un peu d'envergure pour pouvoir, comme ses modèles inavoués, toucher le cœur des adultes tant par la forme que par le fond. Cependant, si le film n'est pas parfait sur tous les plans, l'on en ressort en se souvenant essentiellement de ses qualités : la beauté de son animation, le charme et la féerie de son univers, ainsi que l’inventivité dont il fait preuve dans sa vision de la nuit et des merveilles qu’il peint sous nos yeux. Aujourd'hui, Nocturna est peut-être à réserver aux plus jeunes, mais il prouvait bel et bien, il y a dix ans, que la capacité à stimuler l'imagination et à créer le rêve n'était pas une exclusivité japonaise ou américaine, mais pouvait aussi et surtout infuser au sein des productions européennes.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Emilie BOCHARD

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