CRITIQUE Seven Sisters (What happened to Monday?)

Seven Sisters

Critique du Film

Dans le genre des fictions dystopiques, Seven Sisters met à l'ordre du jour le grave problème de la surpopulation et du contrôle des naissances, thème particulièrement d'actualité pour l'avenir de notre planète. Néanmoins, il s'agit surtout d'un prétexte pour permettre à Tommy Wirkola (Hansel et Gretel), metteur en scène plutôt doué d'origine norvégienne, de livrer un thriller-film d'action aussi efficace que Noomi Rapace l'est pour courir et canarder dans tous les coins. Bonne petite série B qui présente certaines qualités qu'envieraient de grosses productions, Seven Sisters ne s'attarde pas sur d'éventuelles invraisemblances pour mieux nous faire vivre au rythme endiablé de ses protagonistes féminines.

Seven Sisters n'est peut-être pas inoubliable mais le scénario est assez astucieux pour masquer jusqu'au dernier moment la motivation essentielle de l'une des principales protagonistes, en lien avec le combat contre la politique eugéniste.

Car Noomi Rapace interprète chacune des septuplées, obligées de se terrer dans un appartement, en ne présentant au monde qu'une seule identité, celle de Karen Settman. Une identité pour sept personnes différentes. La performance d'actrice-transformiste exceptionnelle de Noomi Rapace équivaut dans le registre du film d'action à celle d'un Alec Guiness (Noblesse Oblige) ou d'un Peter Sellers (Docteur Folamour). Il lui en faut extrêmement peu pour caractériser chacune des sœurs, prénommée d'un jour de la semaine: Lundi est ainsi  l'ambitieuse femme d'affaires ; Mardi, la rousse un peu bohème ; Mercredi, l'athlète surpuissante ; Jeudi, le garçon manqué, la plus rebelle ; Vendredi, la geek spécialiste de l'informatique ; Samedi la blonde séductrice à la manière de Marilyn ; et enfin Dimanche, la ménagère-cuisinière.

S'il est au départ un peu difficile de reconnaître et de différencier les sept sœurs, le scénario permettra d'en évacuer assez rapidement deux, ce qui facilitera l'identification, d'autant plus que seules les plus dissemblables survivront. Apparemment Noomi Rapace paraît plus à l'aise dans le registre athlétique et sportif, assez proche de Lisbeth Salender, où elle peut démontrer tout le potentiel de son magnifique petit corps musclé, dans de superbes scènes d'action (la course folle de Mercredi et sa manière héroïque d'échapper à ses poursuivants). Néanmoins elle sait également convaincre dans une interprétation plus sensuelle (celle de Samedi, où son charme fait merveille). Tommy Wirkola n'exploite d'ailleurs pas forcément toutes les ressources de son sujet, en explorant les vertiges de l'identité. Mais il parvient à rendre étonnamment crédibles les réunions des sœurs jumelles, étant donné que la difficulté technique est multipliée par plus de trois par rapport aux frères Mantle, les protagonistes de Faux-Semblants de David Cronenberg.  On peut s'amuser à voir ce film comme une métaphore de ce qui prédomine dans une personnalité, lorsqu'elle est ainsi divisée en sept facettes. Progressivement le nombre des sœurs va diminuer car celles qui mourront seront les moins armées pour survivre. Selon le principe des Dix petits nègres d'Agatha Christie, il n'en restera essentiellement que deux. Le jeu scénaristique consistera à deviner lesquelles.

Même en manquant un peu de moyens pour rendre totalement crédible l'univers dystopique, Tommy Wirkola parvient à divertir et à rendre palpitant ce chassé-croisé entre des sœurs jumelles. Seven Sisters n'est peut-être pas inoubliable mais le scénario est assez astucieux pour masquer jusqu'au dernier moment la motivation essentielle de l'une des principales protagonistes, en lien avec le combat contre la politique eugéniste. Rien que pour cela, ainsi que surtout pour la prestation étincelante d'une Noomi Rapace dans tous ses états, au maximum de ses capacités, (on l'attend dans une future interprétation d'Amy Winehouse ou de Maria Callas où son talent hors norme devrait enfin être consacré au plus haut niveau), Seven Sisters vaut largement le détour.

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

David Speranski

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