CRITIQUE : La Tour Sombre (The Dark Tower)


La Tour Sombre

Critique du Film

Vous vous souvenez de Carrie, Shining, Christine, Dead Zone, Stand by me, Misery, Les Evadés, La Ligne verte, etc. , toutes ces belles adaptations cinématographiques des romans de Stephen King, plutôt réussies...Vous pouvez oublier tout cela avec La Tour Sombre, cette nouvelle adaptation du cycle de huit  romans que King lui-même considère comme "le Jupiter du système solaire de son imagination". Idris Elba a lui-même déclaré "j’ai toujours pensé que l’univers de La Tour Sombre avait le potentiel et la profondeur d’un Game of Thrones. Ces romans proposent un monde d’une richesse incroyable." Qu'en est-il à l'écran?

Il faut espérer que Stephen King, même avec tout son humour, n'ira pas voir cette adaptation de sa grande œuvre. Il vaudrait mieux pour lui, comme pour vous, l'éviter.

Le film n'a pas été proposé à la presse en projections, ce qui est plutôt mauvais signe. Mais après tout, Star Wars non plus...De plus, il peut paraître a priori suicidaire d'adapter plus de 5 000 pages et d'essayer de les condenser en seulement 120 pages de scénario et une heure et demie de projection. Néanmoins il faut toujours essayer de juger les adaptations de romans de manière intrinsèque, sans se préoccuper de la fidélité fallacieuse à la lettre mais en tenant compte de la cohérence interne de l'univers cinématographique.

Autant le dire tout de suite, La Tour Sombre s'approche de très près de ce qui pourrait caractériser un désastre. Les romans de Stephen King, en particulier ce cycle de romans, se distinguent en-dehors de la simple efficacité dramaturgique par une richesse des univers déployés et une densité existentielle à nulle autre pareille. Ici, tout s'est évaporé pour donner lieu à une série B de science-fiction qui passerait très bien en deuxième partie de soirée sur TF1 ou M6. Pour l'ambition narrative et l'épaisseur existentielle, en revanche, on repassera...

Passons sur le faux débat de l'incarnation du Pistolero Roland par Idris Elba. Même si les lecteurs imaginaient peut-être autrement Roland (par exemple avec des yeux bleus), Idris Elba demeure un formidable acteur qui n'a guère besoin de beaucoup de mots ou d'action pour exister simplement à l'écran. Une force tranquille qui en impose par son regard et sa carrure. Elba ne restitue peut-être pas la complexité du personnage du Pistolero mais en propose tout au moins la dimension mystérieuse, ce qui représente déjà beaucoup. En revanche, il n'est sans doute pas aidé par une rédaction schématique de scénario qui a tendance à transformer l'écheveau narratif de Stephen King en opposition manichéenne et bêtifiante à la Marvel Comics. Passons également sur le gamin, Jake Taylor, qui incarne sans génie mais sans faux pas Jake Chambers, l'allié de Roland.  Passons enfin sur les actrices manifestement engagées pour servir de potiches, Abbey Lee (Tirana, une alliée de l'Homme en noir) et Kathryn Winnick (infiniment meilleure dans Vikings qu'en mère de Jake Chambers). L'énorme déception de la distribution réside en fait surtout dans Matthew McConaughey, peu inspiré, qui interprète Randall Flagg, aka L'Homme en Noir, soit le Mal Absolu, sous toutes ses formes, en le réduisant à un méchant d'opérette, à peine digne de figurer dans une série B.

Malheureusement, ce n'est pas seulement sur le plan narratif ou de l'interprétation que le film pèche. Visuellement, il déçoit aussi beaucoup car il est filmé comme une mauvaise série télévisée des années 70, (même grain d'image ou presque), agrémenté d'effets spéciaux numériques assez hideux et injustifiables dans un projet de cette ampleur. Si l'on rajoute un montage parfois épileptique pour cacher le vide narratif, il reste peu de choses à sauver de cette adaptation bâclée de La Tour Sombre, hormis la présence toujours discrète et efficace d'Idris Elba.

Que s'est-il passé dans la tête de Nikolaj Arcel, metteur en scène impersonnel d'un Royal Affair plutôt réussi qui avait révélé en son temps Alicia Vikander qui a depuis fait bien du chemin? Une peur du matériau trop immense que représente La Tour Sombre? Une volonté de le caricaturer en film de divertissement du samedi soir, à voir entre potes, avec beaucoup de pop-corn? Une absence totale de point de vue sur cette histoire passionnante qui aurait permis de jongler avec tous les niveaux de pop culture? Il aurait certainement fallu le doigté d'un Damon Lindelof, autrefois pressenti pour l'adapter en série, ou la science de David Bénioff et D.B. Weiss, les showrunners de Game of Thrones, pour rester fidèles à l'esprit sinon à la lettre du cycle romanesque de Stephen King. Nikolaj Arcel ne possède ni ce doigté ni cette science, ce qui peut compromettre à court et moyen terme la suite de la franchise au cinéma, voire son adaptation en série. Il faut espérer que Stephen King, même avec tout son humour, n'ira pas voir cette adaptation de sa grande œuvre. Il vaudrait mieux pour lui, comme pour vous, l'éviter.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film La Tour Sombre (The Dark Tower)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Aventure - Fantastique
Version Cinéma Durée 95 '
Sortie 09/08/2017 Reprise -
Réalisateur Nikolaj Arcel Compositeur
Casting Idris Elba - Matthew McConaughey - Fran Kranz - Abbey Lee - Tom Taylor
Synopsis La Tour Sombre raconte le désire de se venger du mystérieux Homme en noir, le Pistolero Roland Deschain erre dans un monde ressemblant au Far West, à la recherche de la légendaire Tour Sombre, qu'il espère capable de sauver son monde qui se meurt.

Par David Speranski