CRITIQUE My Cousin Rachel

My Cousin Rachel

Critique du Film

Daphné du Maurier est un peu une sorte de Jane Austen en plus perverse et gothique. On la connaît surtout par les adaptations qu'Alfred Hitchcock a pu faire de ses romans (surtout Rebecca, Les Oiseaux, La Taverne de la Jamaïque). Etrangement, le grand Alfred avait laissé de côté My Cousin Rachel qui aurait pourtant pu lui permettre de donner libre cours à ses tendances paranoïaques et névrotiques. Avec cette adaptation de Roger Michell, ce roman reprend ses lettres de noblesse, même si l'on peut ressentir une certaine déception devant une mise en scène qui relève davantage du savoir-faire que de l'inspiration.

En Angleterre, au début du XIXème siècle, Philip, un jeune noble anglais, apprend la mort mystérieuse de son cousin en Italie, survenue peu après son mariage secret avec la jeune et jolie veuve Rachel. Il n’a qu’une idée en tête : découvrir les véritables raisons de sa mort afin de le venger par tous les moyens. Mais la visite inattendue de cette nouvelle cousine va tout bouleverser.

Le savoir-faire d'artisan sans génie de Roger Michell parvient à remplir son office, en ménageant un suspense relativement efficace. Pour autant, My Cousin Rachel, s'il demeure un divertissement de bonne tenue, ne s'élève jamais aux hauteurs auxquelles un Hitchcock aurait pu le propulser.

Cette histoire avait finalement été adaptée par Henry Koster avec dans le rôle-titre Olivia De Haviland (Melanie dans Autant en emporte le vent, et accessoirement la sœur de Joan Fontaine, actrice hitcockienne) pour un film qui est tombé dans l'oubli. Alors que le point de vue du film de Koster résidait dans la culpabilité de Rachel, Roger Michell privilégie l'indétermination: "était-elle coupable? Était-elle innocente? " Ainsi commence le film et il ne se départira pas de cet entre-deux inconfortable et passionnant. Car le film permet par conséquent une double lecture des événements et en particulier du comportement de Rachel. Empoisonneuse sans scrupules ? Ou femme honnête? Le film balance sans cesse entre ces deux points de vue incertains, ce qui permet à Rachel Weisz d'exceller dans un rôle à double facette. En revanche, Sam Claflin, sympathique jeune premier, se révèle être à plus de 30 ans un peu âgé pour son personnage (Philip n'est censé avoir que 25 ans), ce qui nuit un peu à la crédibilité de l'histoire.

Néanmoins, le savoir-faire d'artisan sans génie de Roger Michell parvient à remplir son office, en ménageant un suspense relativement efficace. A la fin du film, il développe même mine de rien une piste passionnante : et si la véritable manipulatrice de l'histoire n'était pas celle que l'on croyait, mais plutôt la blonde Louise, interprétée avec malice par Holliday Grainger? Pour autant, My Cousin Rachel, s'il demeure un divertissement de bonne tenue, ne s'élève jamais aux hauteurs auxquelles un Hitchcock aurait pu le propulser (on pense beaucoup à Soupçons). Quand on oscille entre innocence et culpabilité (cf. aussi La Jeune fille et la mort de Roman Polanski), un véritable travail d'orfèvre est requis pour pouvoir laisser une impression profonde. Il faudra sans doute attendre la prochaine adaptation de My Cousin Rachel pour espérer que ce roman livre enfin le chef-d'œuvre cinématographique qu'il contient pourtant en germe.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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