CRITIQUE : Cars 3


Cars 3

Critique du Film d'Animation

En 2011, les studios Pixar offraient au grand public la première œuvre vraiment ratée de leur histoire. Cars 2, suite d’un premier opus déjà injustement mal-aimé, ne parvenait qu’à créer l’agacement avec sa sombre histoire d’espionnage et les gags menés par l’insupportable Martin. Pour son troisième volet, Cars était attendu au tournant, laissant craindre le pire après un faux pas commercial qui surfait ouvertement sur le succès de la saga auprès des plus jeunes. Réalisé par Brian Fee, à la tête ici de son premier film après avoir créé les story-boards de Wall-E et Ratatouille, Cars 3 réussit contre toute attente à sauver l’honneur de la trilogie, grâce à une animation dynamique et à une histoire touchante.

Sous la carrosserie rutilante se cache en réalité une volonté toute pixarienne de transmettre des valeurs importantes à nos petites têtes blondes et aux adultes ayant gardé leur âme d'enfant. 

Pour le retour des aventures de Flash McQueen, Brian Fee mise sur la vitesse et l’énergie, sans jamais tomber dans le trop-plein ou l’hystérie. Dès la première séquence, le montage se veut incisif et nous plonge au cœur de l’intrigue : la star des circuits continue de couler des jours heureux sur les pistes, entre victoires aisées et petites plaisanteries entre vétérans, lorsque la nouvelle génération de voitures de course vient changer la donne. Grâce à des péripéties toutes plus vivifiantes les unes que les autres, une action savamment dosée, un savoir-faire comique plutôt plaisant et une bande originale composée de reprises modernes de Glory Days de Bruce Springsteen et de Freeway of Love d’Aretha Franklin, Cars 3 s’impose d’emblée comme un divertissement familial de très bonne facture.

Avec beaucoup d’allure et une noirceur nouvelle – qui a d’ailleurs effrayé de nombreux parents à la vision de la bande-annonce -, la saga plonge en réalité dans les affres de la célébrité, pour nous conter les difficultés de Flash à poursuivre sa passion, alors que sa carrière touche à sa fin. Poussé vers la sortie par un certain Jackson Storm, « rookie » arrogant et féru de nouvelles technologies, il s’agira surtout pour notre héros de fouler les territoires de son passé, pour pouvoir envisager un avenir qui ne mettra pas son intégrité en péril. En évinçant subtilement les fioritures des deux premiers opus, à savoir l’histoire d’amour avec Sally et les pitreries désolantes du meilleur ami Martin, le film peut davantage se concentrer sur son protagoniste, suivre de près son introspection et peindre avec justesse ses remises en question.

Car sous la carrosserie rutilante se cache en réalité une volonté toute pixarienne, initiée par le grand patron John Lasseter, de transmettre des valeurs importantes à nos petites têtes blondes, public majoritaire des films d’animation, et aux adultes ayant gardé leur âme d'enfant. À travers les épreuves de Flash, les studios prônent d'abord le retour à la terre, en confrontant les nouvelles techniques des challengers, constituées de tapis roulants, de cours de fitness et de logiciels de réalité virtuelle, à l’entraînement classique de Flash, qui va traîner ses pneus dans la boue, le sable et l’ocre, pour se reconnecter aux véritables sensations de son sport. Une pointe de féminisme fait aussi surface grâce au personnage de Cruz Ramirez, jeune coach sportive qui trouvera finalement sa place dans un monde exclusivement masculin.

Avec beaucoup d'allure et une noirceur nouvelle, Cars 3 se concentre davantage sur son protagoniste, suivant de près son introspection et peignant avec justesse ses remises en question.

Même quand il s’agit de faire battre le cœur de bolides animés, Pixar n’oublie pas de verser dans l’émotion. Au sein de ce parcours initiatique mouvementé se dessine un hommage aux anciens, et notamment à Doc Hudson, qui fut champion et entraîneur de Flash McQueen. Avec nostalgie et humilité, Cars 3 souligne le rôle de la transmission dans le milieu du sport et nous dit l’importance de trouver, pour tout champion en devenir, un mentor digne de ce nom. Si les deux films n’ont rien à voir, il est pourtant possible de rapprocher Cars 3 de Creed : l’héritage de Rocky Balboa, tant l’émotion réussit à percer sous l’adrénaline et tant resplendit le passage de flambeau entre de jeunes rêveurs et des légendes vivantes, à qui il ne reste plus qu’à léguer leur savoir et leur sagesse.

Avec Cars 3, les studios Pixar se montrent une nouvelle fois aptes à faire vivre un univers foisonnant et parfaitement mis en images, agrémenté d’un propos sur un retour aux sources salvateur et sur un héritage qu’il s’agit de préserver. Après un deuxième opus catastrophique, force est de constater que la franchise s’est trouvé un parfait pilote en la personne de Brian Fee. Grâce à une animation soignée, un discours pertinent et un scénario qui fonctionne à merveille, le réalisateur a su faire remonter en selle une trilogie en perte de vitesse – mais aussi le studio, qui n’a pas réalisé un chef-d’œuvre depuis Vice-Versa en 2015. Loin derrière Toy Story 2 et 3 mais devançant largement Monstres Academy et Le Monde de Dory, Cars 3 rejoint même le rang des meilleurs films dérivés que Pixar ait produits. De quoi remonter sur le podium la tête haute.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film d'Animation Cars 3
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film d'Animation Genre Aventure - Comédie - Animation
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 02/08/2017 Reprise -
Réalisateur Brian Fee Compositeur Randy Newman
Casting Gilles Lellouche - Cécile de France - Guillaume Canet - Nicolas Duvauchelle - Samuel Le Bihan - Alice Pol
Synopsis Dépassé par une nouvelle génération de bolides ultra-rapides, le célèbre Flash McQueen se retrouve mis sur la touche d’un sport qu’il adore. Pour revenir dans la course et prouver, en souvenir de Doc Hudson, que le n° 95 a toujours sa place dans la Piston Cup, il devra faire preuve d’ingéniosité. L’aide d’une jeune mécanicienne pleine d’enthousiasme, Cruz Ramirez, qui rêve elle aussi de victoire, lui sera d’un précieux secours...

Par Emilie BOCHARD