CRITIQUE Baby Driver

Baby Driver

Critique du Film

Edgar Wright représente sans doute le parangon du cinéaste cool et Baby Driver en est une illustration. Mais que signifie à proprement parler un cinéaste cool? C'est a priori un cinéaste encore jeune, en prise avec les préoccupations, les loisirs, les modes de pensée et d'expression des adolescents/adulescents;  un cinéaste qui ne se prend pas au sérieux, évite les sujets d'actualité trop pesants, les dossiers à thèse, les pensums psychologiques, et préfère mettre en avant les hobbies de son public, la musique, le cinéma, les univers fictionnels ou fantasmatiques (gangsters, braquages, contrats de tueurs, etc.) Dans les années 90 et 2000, c'était Quentin Tarantino qui occupait cette place privilégiée. Aujourd'hui, Edgar Wright postule de manière évidente à cette fonction mais est-il vraiment de taille à l'occuper, comme l'était Tarantino?

Edgar Wright a un lot impressionnant d'idées à revendre, ce qui suffit à faire de Baby Driver un film extrêmement divertissant, continuellement inventif et parfois même virtuose dans sa gestion de la mise en scène, du montage et de la bande sonore.

"Après, il y aura nous, la musique et l'asphalte". Au détour d'un dialogue, s'annonce ainsi le programme des réjouissances proposées par Edgar Wright. Baby Driver est ainsi l'histoire d'un chauffeur surdoué, bizarrement nommé Baby, faisant continuellement marcher son Ipod (ou plutôt ses dizaines d'Ipods) dans ses écouteurs, et engagé régulièrement par un truand déguisé en homme d'affaires pour toutes les opérations de braquage qu'il projette. Néanmoins Baby a beaucoup de résidus d'honnêteté en lui et rêve de s'inventer une autre vie, avec une serveuse de cafétéria, Debora, dont il est tombé amoureux.  

Sur le fond, Edgar Wright n'invente pas grand'chose puisqu'il s'agit de la sempiternelle histoire des amants maudits, rebelles malgré eux, comme dans Les Amants de la nuitJ'ai le droit de vivreGun Crazy, La Balade Sauvage ou Bonnie et Clyde (nommément cité). Néanmoins, aujourd'hui les rebelles n'ont plus le cœur à se rebeller. Il est bien loin le temps où ils affrontaient la police comme dans Sugarland express ou appuyaient sur le champignon pour se jeter dans le vide, comme dans Thelma et Louise. Dorénavant les rebelles purgent leur peine et attendent sagement de sortir du pénitencier. Du point de vue du style général, il reprend beaucoup d'éléments de Tarantino (la cafétéria, l'hémoglobine, les dialogues pétaradants servis en particulier par un Jamie Foxx déchaîné, la bande originale composée de morceaux cultes du rock et de la soul des années 70-2000, etc.) Il s'en distingue surtout par un montage beaucoup plus cut et une moindre caractérisation dramatique des personnages, conduisant à une opposition finale trop schématique et presque caricaturale, répondant excessivement aux canons hollywoodiens.  

En revanche, dans le détail, Wright s'en donne à cœur joie. Le film fourmille avec bonheur d'idées : le nombre de chansons qui comporte le prénom des personnages, l'imitation de la chanson de Beck, Debra, par Debora, Baby qui communique avec son parrain noir par le langage des signes, les cassettes de mixage, l'utilisation des chansons de Queen, l'employée qui offre un bonbon au môme qui ne souhaite que dévaliser la banque, etc. Edgar Wright n'a sans doute pas beaucoup de fond à défendre (en tout cas ici, surtout par rapport à Scott Pilgrim, peut-être son film de référence) mais il a un lot impressionnant d'idées à revendre, ce qui suffit à faire de Baby Driver un film extrêmement divertissant, continuellement inventif et parfois même virtuose dans sa gestion de la mise en scène, du montage et de la bande sonore. Un pur plaisir de cinéma presque régressif, qui se passe très bien d'analyse et de psychologie.

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

David Speranski

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